Longtemps, le petit Arno a fait la fierté et l’espoir de la communauté juive de France. Avec des parents comme Serge et Beate Klarsfeld * et ses idées et son talent oratoire et son charme… Jusqu’où n’irait-il pas ? Et puis, il a rencontré Nicolas Sarkozy.
Comment ne pas apprécier Arno ? Ses parents l’avaient élevé dans la haine de l’extrême-droite et, dès l’adolescence, il était de toutes les manifestations anti racistes. Même pas trentenaire, avocat brillant, il avait déchaîné ses foudres oratoires lors des procès des « collabos » Paul Touvier et Maurice Papon.
Et puis, son sourire timide et ses cheveux ébouriffés. Et cette manie de se balader en « rollers » dans Paris. Trop trognon il était. Et ce n’est pas Carla Bruni qui fut sa compagne qui dira le contraire. Tout le monde trouvait Arno a-do-ra-ble.
Même ce politicien complètement à la dérive qu’il avait rencontré en 1999 en faisant du vélo avec Michel Drucker. Comment s’appelait-il déjà ? Ah oui : Nicolas Sarkozy. Le courant était bien passé entre eux. Mais Arno avait d’autres soucis à l’époque.
Son rapport au judaïsme par exemple. Arno était un homme conséquent, un peu trop même : il est sioniste donc il part en Israël. Il veut devenir citoyen donc, bien qu’il ait déjà 37 ans, il s’engage dans l’armée.
Plus exactement dans les garde-frontières. Et se retrouve à monter la garde aux check-points en Cisjordanie… Excès de zèle ou cohérence idéologique ? Quoi qu’il en soit, revenu en France en 2005, Arno se cherche du travail.
Car, d’une part, combien de temps peut-on être un jeune espoir ? Et, de l’autre, en définitive, le travail d’avocat, surtout loin des médias, ne l’intéresse guère. Heureusement, entre temps, son ami paria d’hier est devenu ministre de l’Intérieur.
Et chacun voit bien que Nicolas vise plus haut, beaucoup plus haut. Arno se trouve une nouvelle profession : fidèle de Sarkozy. Un boulot prenant mais pas trop fatiguant. Pour commencer, il reçoit commande d’une foultitude de rapports sur les sujets les plus divers.
Les bienfaits de la colonisation, les transports non-polluants, les délinquances des mineurs… Puis Arno commence à s’occuper de ce qui sa devenir son « créneau » : les étrangers en France. Les problèmes qu’ils posent, leur présence, leur régularisation, leur expulsion…
2007 : Sarko est élu Président. Dans la foulée, Arno essaie à devenir député à Paris. Malgré le raz-de-marée sarkoziste, il se ramasse lamentablement. L’élection, ce n’est pas trop son truc, à Arno. Heureusement, il reste les nominations.
« Les Roms ne sont pas envoyés à Auschwitz »
Le Premier ministre le nomme conseiller. Le Président le nomme chevalier de l’Ordre national du Mérite. Puis, en 2010, membre du Conseil d’Etat « au tour extérieur », c’est-à-dire sans autre qualification que les ordres « d’en Haut ».
Et, début septembre, toujours par décret présidentiel, le voilà nommé à la tête de » l’Office français de l’immigration et de l’intégration « (OFII). Un organisme chargé, un peu, de l’intégration des immigrés en France et, beaucoup, de leur reconduite à la frontière.
Le boulot, c’est d’expulser 30.000 sans-papiers par an. En période pré-électorale, c’est bien le moins. Arno a peut-être dirigé la Licra** dans les années 90 mais, en tant que président de l’OFII en 2011, il est partisan de méthodes « énergiques »contre les clandestins.
Expulsions, déchéance de la nationalité, « politique du chiffre »… Arno se déclare même défenseur de « l’héritage chrétien de la France » et partisan de reprendre « certains thèmes » du Front National.
Et puis après ? Pourquoi s’en prendre précisément à lui ? Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un petit arriviste fait son trou dans un des « fromages » de la République et vire à droite au passage. Peut-être parce qu’Arno n’est pas qu’un prénom. Il porte un nom aussi.
Un nom que les combats de ses parents, Beate et Serge Klarsfeld, ont rendu éminent et respectable. Et que l’on a un peu de mal à entendre le fils des « chasseurs de nazis » reprendre sans sourciller des idées proches de l’extrême droite.
On évoque devant lui le renvoi des illégaux Roms vers l’Europe centrale, la Roumanie, entre autres ? (Cette même Roumanie d’où sa famille paternelle a immigré vers la France avant la Seconde guerre…).
Réplique agacée d’Arno Klarsfeld : « Les Roms qui sont renvoyés en Roumanie, ne sont pas envoyés vers la mort, vers Auschwitz mais vers un pays où ils sont moins heureux qu’en France ». Ah, c’est sûr que s’ils ne vont pas à la chambre à gaz, il n’y a rien à dire.
En définitive, Arno ne sera sans doute pas un des ornements du judaïsme français. Pas grave. Lui-même préfèrera sans doute avoir une carrière digne des films de Claude Lelouch : «Itinéraire d’un enfant gâté », « L’aventure, c’est l’aventure ». Et, pour finir : « Tout ça… pour ça ! ».
* Serge et Beate Klarsfeld se sont battus la plus grande partie de leur vie pour faire passer en justice d’anciens nazis et collaborateurs.
** Licra : Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme
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