Asaf Avidan : le futur du rock israélien !

Né à Jérusalem, à 32 ans Asaf Avidan est le premier artiste israélien à décrocher un hit planétaire depuis Ofra Haza en 88 avec « The Reckoning Song/ One Day ». On songe aussi à Esther Ofarim et son « Cinderella Rockefella »… en 68. Mais Asaf se distingue surtout par sa voix de soprano que l’on compare souvent à celle de… Janis Joplin ! Son brillant nouvel album « Different Pulses » sortira fin janvier. Rencontre avec l’un des artistes israéliens les plus prometteurs de 2013.

Vous chantez en anglais, mais vous êtes né en Israël.

J’ai grandi à Jérusalem, car mes parents étaient  diplomates. Mais avec eux, j’ai aussi vécu assez longtemps en Jamaïque, où j’ai appris l’anglais.

Le ministère des Affaires étrangères est basé à Jérusalem, c’est aussi pour cette raison que vous viviez à Jérusalem ! Et non pas parce que vous étiez religieux ?

A l’époque, la ville n’étais pas autant peuplée de religieux. Aujourd’hui, ceux-ci sont majoritaires, ce qui n’était pas le cas lorsque j’y vivais. Je présume qu’ils font plus de gamins que les non religieux ! Mais à cause d’eux justement, voilà cinq ans j’ai quitté Jérusalem pour Tel-Aviv, car je me sentais presque comme un étranger dans ma propre ville natale.

Jérusalem ne peut laisser indifférent. Elle a forcément eu un impact sur votre musique ?

Je n’en sais trop rien, mais le fait que je sois quelqu’un d’aussi mélancolique a sans doute un rapport avec cette ville où j’ai grandi; mais je ne dirais pas qu’on peut entendre battre le cœur de Jérusalem dans ma musique, car je ne sais pas vraiment ce que cela signifie. J’ignore si l’on peut prendre cinq musiciens nés à Jérusalem et prétendre qu’ils sonnent un peu de la même manière. Même si tu grandis au même endroit, chacun a sa propre manière d’absorber son environnement. Il est vrai que je suis quelqu’un d’hyper sensible…

Vous parliez de sortir d’Israël, réalisez vous que vous êtes le premier artiste de là-bas à décrocher un tube planétaire ?

Je comprends ce que vous voulez dire, mais d’abord j’essaye de ne pas trop y penser et, d’autre part, j’ai ce sentiment ambigu sur le fait que la version de ma chanson qui remporte autant de succès est un remix. Lorsque ma propre version d’une de mes chansons sera un hit, alors peut-être finalement je finirai par en tirer une véritable fierté.

D’accord, mais même si votre version est plus acoustique et moins dansante, cela reste tout de même  votre voix, votre chanson, et c’est un succès !

Je le réalise bien, mais ce que je veux dire c’est que j’en suis à moitié fier, pas intégralement fier ! Cela m’est difficile de m’en réjouir totalement à cause du fait que tout n’est pas de moi.

Savez-vous combien d’artistes israéliens aimeraient être à votre place ?

Je ne me catégorise pas en tant qu’artiste israélien, je ne chante pas en hébreu, par exemple. La plupart des chanteurs israéliens lorsqu’ils jouent à l’étranger se produisent pour un public essentiellement juif, alors que ce n’est pas du tout mon cas. Et c’est vrai qu’avec cette étiquette « israélienne », tu as un public acquis d’avance. Donc, lorsque vous me demandez de mesurer mon succès par rapport aux artistes israéliens, moi je trouve surtout que je n’ai pas autant de succès qu’Adele ou que Radiohead, par exemple. Peu importe d’où on vient, nous sommes des artistes et c’est pour moi la seule échelle de mesure qui compte vraiment.

Néanmoins, vous évoquez Gomorrhe et la Palestine dans votre dernier album ?

Le terme Palestine, je l’utilise de la même manière que dans les vieilles chansons américaines, où l’on trouve cette notion presque mythologique « d’aller vers le sud » à la manière mexicaine, là où l’ordre ne règne pas et où il n’y a pas de loi, de l’autre coté du Rio Grande ! Ce coté un peu sauvage. Venant d’Israël, c’est presque un pays mythique. Donc je ne peux pas vraiment dire que j’évoque la Palestine réelle lorsque je parle de Palestine. L’idée dans la chanson est plutôt une fuite de la réalité que je connais pour m’aventurer dans un monde qui échappe aux règles auxquelles je suis habitué.

Et Gomorrhe… ça existe. C’est un panneau planté sur un rivage désert de la Mer Morte…

Tout à fait, c’est le sel de la femme de Loth, comme dans la Bible. Mais en fait, pour moi, la manière de voir les lieux est presque métaphysique. Ce n’est pas tant leur présence physique, mais l’idée que l’on s’en fait. Ainsi, Gomorrhe, en tant que cité du péché, est un symbole.  Dans cette chanson, je mentionne aussi Loth justement, qui est comme chacun sait le neveu d’Abraham qui fera tout pour le sauver de la colère divine. J’aime cette idée de Sodome et Gomorrhe, ces villes de débauche et de péché, où il y a néanmoins toujours au moins un être qui vaille le coup d’être sauvé.

Il y aurait donc de l’espoir ?

Je crois que si je devais définir un schéma qui se répèterait dans mon travail… même « Different Pulses », le titre de mon album, est extrait de la chanson du même titre où je chante : « j’ai tenté de repousser les couleurs à travers un prisme pour qu’elles redeviennent blanches / Pour synchroniser nos pulsations différentes à travers une aveuglante lueur ». Je dis ensuite : « si l’amour n’est pas la clef, alors j’espère trouver un lieu où il peut l’être. » En fait, je sais bien au fond de moi que je ne vais pas être heureux à cause de ce que je suis.

Mais vous ne pouvez vous empêcher d’essayer…

Je ne peux pas m’empêcher d’essayer encore et encore. Et dans toutes mes chansons, on retrouve ce schéma, même dans « One Day », a un peu de ça en elle. C’est un thème constant chez moi ! Il y a toujours un peu de cette image : on vient d’ouvrir la « Boite de Pandore » et tous ces monstres en sont sortis pour ne laisser que l’espoir blotti tout au fond.

CD : Asaf Avidan, « Different Pulses ». Sortie fin janvier 2013.

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