Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de tout juste 6 ans, une blondinette de bientôt 3 ans.
Le ptit gars : « Oh, trop de bol, des pin’s d’Israël ! »
Ce matin, en partant pour l’école, le ptit gars a découvert sur la table les pin’s aux couleurs d’Israël que nous avions rapportés des célébrations de Yom Haatzmaout. « Oh, trop de bol, je peux tous les mettre sur mon cartable pour les montrer aux copains ? »
Je me suis vue embarrassée : « Euh… tu veux vraiment les prendre tous les quatre, t’es sûr ? Un suffit, non ? Et puis, tu risques de les perdre, ce serait dommage… ».
Ce n’est pas la première fois que cela arrive, et certainement pas la dernière. Plus petit déjà, en plein supermarché, le ptit gars haranguait la foule de joyeux « Shalom ». Si bien que la blondinette a rapidement pris exemple, en se mettant à chanter à tue-tête des « Hag Pourim, Hag Pourim », partout et à toute période de l’année.
La semaine dernière, le ptit gars nous a confié organiser à la récré des cours d’hébreu pour ses amis -lui debout, eux assis en cercle-, visiblement très intéressés de savoir ce qui pouvait se cacher derrière « Efo tapouah ? » (où est la pomme ?), « Efo banana ? » (où est la banane ?), ou carrément « Efo tapouah ve banana ? » (où est la pomme et la banane ?), dit très vite, pour les plus forts. Je l’ai même surpris en voiture expliquer à un copain que ces « drôles de gens » en noir et blanc qu’on voie marcher le samedi, chapeau et payess au vent, s’appellent « des Juifs religieux ». Le copain, 6 ans lui aussi, a paru perplexe.
Mais comment leur dire, au vu de leur enthousiasme, que certains peut-être, plus grands, n’apprécieront pas ? Faut-il s’en soucier d’ailleurs, ou compter sur le philosémitisme des plus intelligents ? Comment faire entendre à des enfants qu’il ne fait pas bon crier partout qu’ils sont juifs, qu’ils parlent hébreu et pire, qu’ils aiment Israël ? Sans même dire que leur père est israélien et qu’ils passent l’essentiel de leurs vacances au kibboutz… Est-ce cela le Juif honteux, auquel on se voudrait tellement de ne pas ressembler ?
La situation là-bas ne nous aide pas, mais c’est ici que l’on vit, ici que les regards se posent. Et à nous que l’on demande bien souvent de justifier les violences d’un conflit qui s’éternise. Difficile donc de jouer l’aveugle, de ne pas y penser, et de ne pas prévenir les plus jeunes. Même s’ils risquent de ne pas comprendre, et qu’au mieux, on s’emmêlera les pinceaux à essayer de leur expliquer l’inexplicable.
Alors, avant qu’ils grandissent davantage, on se dit qu’on va peut-être encore les laisser crier « Shalom », qu’on va les laisser chanter « Pourim » et brandir leurs drapeaux d’Israël. Tant mieux si ça plait, et tant pis si cela ne plait pas.
Encore un de ces sujets de discussion que l’on se doit de remettre à plus tard.
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