Attentat au Musée juif de Belgique : où en est-on?

Que s’est-il passé depuis ce 24 mai qui a vu un tueur abattre quatre personnes dans le Musée Juif de Bruxelles, suscitant l’indignation et l’émotion générales ?

Près d’un mois après l’attentat du Musée, les quatres victimes, Myriam et Emmanuel Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens ont été inhumées. Une chasse à l’homme a été lancée dans toute l’Europe pour retrouver le tueur sur qui courraient toutes sortes d’hypothèses.

Médias et spécialistes hésitaient entre la piste d’un « loup solitaire » à la Mohamed Merah, le tueur de Toulouse ou celle d’un tueur professionnel, membre d’un réseau bien organisé. On évoquait aussi la piste iranienne ou celle du Hezbollah.

De leur côté, les complotistes y voyaient la main de la CIA, du Mossad et des Illuminati et de leurs habituels complices, les Juifs et les Francs-Maçons. Et puis, le 30 mai, les douaniers français arrêtèrent un certain Mehdi Nemmouche, à Marseille.

Dans ses bagages, la police trouva un revolver, une Kalachnikov similaire à celle utilisée lors de l’attentat et de nombreuses munitions, à quoi s’ajoutait une caméra « GoPro » semblable à celle utilisée par le tueur.

Plus un appareil photo contenant une vidéo dans laquelle une voix semblable à celle du suspect, revendiquait les meurtres du Musée. La justice a ensuite enquêté sur M. Nemmouche, établissant les faits suivants :

Délinquant multirécidiviste (il a été condamné à sept reprises, notamment pour braquage), il aurait versé dans le radicalisme religieux durant sa dernière incarcération, de 2007 à fin 2012. Et, à peine libéré, il serait parti « mener le djihad » en Syrie.

Là, il aurait combattu du début 2013 à mars 2014 dans la plus fanatique des organisations djihadistes : « l’Etat islamique d’Irak et du Levant » (EIIL). Néanmoins, en dépit de tout cela, il convient de rappeler que, pour l’heure, Mehdi Nemmouche est toujours présumé innocent.

C’est au demeurant ce que tente, non sans mal, de démontrer son avocat, Me Apolin Pepiezep. Sa ligne de défense est que Nemmouche aurait « seulement » volé les sacs contenant les armes et le reste dans une voiture à Bruxelles et qu’il les aurait gardées pour les vendre à Marseille.

On s’étonne d’ailleurs de ne pas avoir lu une réaction de Tarik -« il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles »- Ramadan* nous expliquant qu’en réalité, c’est le Mossad qui a caché les armes dans les bagages du malheureux. 

« Un magnifique geste d’ouverture »

Quoi qu’il en soit, si l’avocat accepte l’inculpation pour « détention illégale d’armes », il estime que « rien ne démontre aujourd’hui qu’il est l’auteur des faits d’assassinat ». D’où sans doute les variations sur l’extradition** de Nemmouche vers la Belgique.

Après avoir déclaré que son client « ne s’y opposera pas en principe », l’avocat a argué : « il est français, il a été interpellé en France, l’une des victimes est française ». Nemmouche devrait donc être jugé en France.

Puis, Me Pepiezep en est revenu à un « oui, mais » : son client accepterait le transfert en Belgique, à condition qu’on lui certifie qu’il ne sera pas, par la suite, extradé « vers un pays tiers ». (Entendez, vers Israël dont deux des victimes étaient citoyennes).

Du coup, la Cour d’appel de Versailles (Yvelines) a reporté sa décision au 26 juin. Mais il semble bien que les deux hommes aient, quoi qu’il en soit, décidé de jouer la montre. Si donc la Cour rejetait leurs arguments, l’avocat formerait alors un pourvoi en cassation.

Certes, en cas de nouveau jugement défavorable, Me Pepiezep pourrait alors aller devant la Cour européenne des Droits de l’Homme, mais cela ne suspendrait pas la procédure d’extradition. 

D’ici là, on peut espérer que tant les armes que la vidéo auront « parlé », dans un sens ou un autre. Après avoir été grièvement blessé, Alexandre Strens, la quatrième victime, qui était dans le coma depuis l’attentat, est mort ce 6 juin. Il avait 25 ans.

Le 9 du même mois, des imams français se sont recueillis avec des membres de la communauté juive devant le Musée. Un « magnifique geste d’ouverture », comme l’a qualifié son président, Philippe Blondin.

Mais qui en a cependant amené d’aucuns à se demander « s’il n’y avait pas d’imams en Belgique » ? C’est une question.

Par ailleurs, depuis le lundi 16, le personnel a été autorisé par la Justice à revenir travailler au Musée qui se trouve dorénavant, sous la protection de la police fédérale. On ignore encore à quelle date le public y sera à nouveau admis.

Une date à retenir enfin : la semaine prochaine, le mardi 24 juin à 15h30, l’équipe du Musée juif de Belgique souhaite rendre hommage à Myriam et Emmanuel Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens par une minute de silence et un allumage de bougies.

Le 26 mai, T. Ramadan affirmait : « Les deux touristes [israéliens] visés à Bruxelles travaillaient pour les services secrets israéliens (…) S’agit-il d’antisémitisme ou de manœuvre de diversion quant aux vrais motifs et aux exécutants ? Il faut cesser de nous prendre pour des imbéciles ».

** Au sens juridique, le transfert de Nemmouche en Belgique n’est pas une extradition. C’est l’application d’un mandat d’arrêt européen, qui, depuis 2002, autorise les Etats à extrader leurs nationaux vers leurs partenaires européens.

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