Attention au ‘Mot en C’ !

C’est une variante  de l’ancestral « On ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu » : « On ne critique pas les colonies devant la droite dure israélienne ». D’aucune façon. Jamais. Sinon….

Sinon, on subit le même sort que le socialiste allemand Martin Schulz, en  visite en Israël, cette semaine. Pourtant,  Jérusalem avait  mis les petits plats dans les grands pour le recevoir : c’est le  président du Parlement européen et un ami de l’Etat juif.

Cette amitié, M. Schulz l’a encore montrée durant son discours devant la Knesset (12/2) : il expliqué que c’était un honneur pour lui de parler  « au cœur de la démocratie israélienne, symbole d’espoir pour le peuple juif ».

Ensuite, il a tenu « bien que né après 1945 », à assumer « la responsabilité  des massacres perpétrés au nom de ma nation ». Et sur les crises de l’heure, il souligné les nombreux points d’accord entre  l’UE et d’Israël.

Par exemple, sur le nucléaire iranien, il a déclaré que « ce n’était pas seulement une menace pour Israël mais pour le monde entier ». Mot pour mot, la position israélienne. De même à propos du débat au sein de l’UE sur l’étiquetage des produits des colonies :

L’ami allemand, a estimé « à titre personnel »,  que ce n’était une bonne idée. En entendant le « C Word », le Mot en « C », la droite dure a haussé un sourcil. Puis les deux lorsque M. Schulz a déclaré que ces colonies étaient « un obstacle à une solution pacifique »

Et elle a explosé lorsque l’homme a révélé son vrai visage, celui d’un antisémite semblable à ses nazis de parents. N’a-t-il pas osé demander aux députés s’il était exact que les colons de Cisjordanie avaient droit à 4 fois plus d’eau que les autochtones palestiniens ?

A ces mots, les députes du parti pro colon Maison Juive ont quitté la salle comme un seul homme, lequel a lancé « Honte à vous » au traître en sortant. Peu après, leur président (et  ministre de l’Economie) Nafatali Bennett, a publié une déclaration.

Il y exigeait des excuses de M. Schulz  pour ses propos et concluait : « Je n’accepte pas cette leçon de morale trompeuse faite au peuple d’Israël et à la Knesset israélienne. Et je l’accepte encore moins en allemand ». « In cauda venenum », comme disent les intellos…

De son côté, le 1er Ministre, dans un langage à peine plus diplomatique, a  reproché au Président du Parlement européen d’avoir « utilisé des chiffres inexacts *».  Ainsi en va-t-il  chaque fois que le principe de réalité fait irruption dans le monde imaginaire  de la droite dure.

Un univers merveilleux dans lequel  tous les peuples de la planète se réjouissent  de ce que la  Judée-Samarie  (dont les Arabes ont disparu) ait enfin  réintégré le Grand Israël et attendent avec les Juifs le retour du Messie prévu pour le prochain weekend.

Et, comme on le sait, il ne faut jamais réveiller un somnambule, surtout s’il marche à reculons. Qui s’y risque connaît le sort de M. Schulz. Ou de John Kerry, peu auparavant. Encore un imprudent, celui-là.

Pour quelques maisons de plus

Ne s’est-il pas permis, au prétexte d’être le chef de la diplomatie des Etats-Unis, de réclamer à Israël des concessions dans les négociations  avec les Palestiniens ? Oh, le Ministre  Uri Ariel (Logement) l’a vite remis à sa place : « Vous n’êtes pas un médiateur honnête». lui a-t-il lancé.

Quand au Ministre de la Défense, Moshe Ya’alon , la dégelée qu’il à mis à ce Kerry, mes amis ! « « Il  n’a rien à m’apprendre sur le conflit avec les Palestiniens !» a-t-il asséné en concluant : « Son plan de sécurité ne vaut même pas le papier sur lequel il a été écrit. »

Là aussi, B. Netanyahu est intervenu. Il s’est excusé du ton de son ministre (mais pas de ses propos) avant de s’en prendre lui-même à une diplomatie européenne décidément incorrigible.  Cela, c’était mi-janvier :

Le gouvernement  venait d’annoncer la construction de 1.800 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, une affaire de politique intérieure donc. Et pourtant, qu’ont fait les ministres des Affaires Etrangères de Grande-Bretagne, de France, d’Italie et d’Espagne ?

Ils ont convoqué leurs ambassadeurs israéliens respectifs pour émettre des protestations ! Ah, le 1er Ministre qui se trouvait justement au Forum Economique de Davos ne leur a pas envoyé dire : « L’UE convoque nos ambassadeurs en raison de la construction de quelques maisons ? »

Comment lui donner tort ? C’est par dizaine de milliers qu’Israël a construit des logements illégaux dans les territoires occupés alors pourquoi s’énerver pour ceux là ? Idem pour ceux qui dans l’Etat juif –et dans le gouvernement lui-même -s’inquiètent de la suite des négociations.

Comme le Ministre des Finances Yaïr Lapid qui vient de publier un rapport sur les conséquences en cas d’échec et le boycott éventuel qu’il  pourrait entraîner : l’Etat juif  perdrait immédiatement 4 milliards € et 10.000 emplois.

Plus 2 milliards € chaque année suivante.  Jusqu’aux  grands patrons israéliens qui s’en inquiètent et demandent à « Bibi » de faire la paix. Mais les amis des colons balayent tout cela : boycott, chmoycott,  « Israël peut résister à tout ».

Y compris sans doute  à la fin de l’alliance avec les Etats-Unis, son seul –et dernier-  ami  ou des échanges avec l’Europe, son 2ème partenaire économique.  Mais chut, pas de bruit,  et surtout ne prononcez pas le « Mot en C », la droite israélienne (et juive) rêve…

* Les autorités israéliennes affirment qu’en 2011 (derniers chiffres connus)  la proportion était de 150 litres/j pour un colon et de 140 pour un Palestinien. Une enquête de l’ONU pour la même année donnait le chiffre de 70 l/j pour les Palestiniens  et de 300 l/j pour les colons.

 

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