Tout ce qui suit se passe à Jérusalem, cette ville où l’intolérance des ultra-orthodoxes contraint les femmes empruntant certaines lignes de bus à s’asseoir à l’arrière des véhicules. Une ségrégation qui rappelle le sort des Noirs dans les Etats du Sud jusqu’au milieu des années soixante.
Cette intolérance, longtemps acceptée par les autorités, n’a cessé de s’étendre : trottoirs réservés aux hommes lors de certaines fêtes, rues barrées au trafic automobile le soir de Shabbat, séparation croissante entre les femmes et les hommes comme lors de cette cérémonie officielle au cours de laquelle la lauréate d’une récompense académique attribuée par le Ministre de la Santé pour un ouvrage sur les maladies héréditaires, le professeur Hanna Maayan, s’est vu empêcher de s’installer à côté de son mari -séparation des sexes oblige- et a ensuite été informée que la tribune étant inaccessible aux femmes, elle ne pourrait prendre possession de son prix que par l’intermédiaire d’un collègue masculin admis à grimper à sa place.
« Au fou ! », est-on tenté de s’écrier. Mais quand cela va-t-il s’arrêter ? Pas demain, si l’on en juge par cette récente initiative révélatrice d’un état d’esprit qui, sous ses dehors high tech, me semble bien rétrograde. Il s’agit de la mise en service d’un nouveauréseau social appelé FaceGlat, terme inspiré de Facebook et de Glat (strictement casher) et articulé sur la séparation absolue des hommes et des femmes. Vous tapez www.faceglat.com, et ensuite c’est comme dans les vestiaires des salles de fitness et les piscines : cliquer à gauche, c’est réservé aux femmes; à droite c’est pour les hommes. Il suffit alors de fournir les indications d’usage et vous voilà intronisé(e) et assuré(e) de ne pas avoir à vous mélanger. Petits malins, ne pensez surtout pas à usurper le sexe que vous n’avez pas : des filtrages de détection auront sous peu la possibilité de vous exclure. Le même sort sera réservé aux photos… jugées indécentes.
Entre les bus casher et ce site internet, il y a tout de même une différence de degré, car la discrimination imposée aux passagères des bus est contraire au principe élémentaire de liberté et d’égalité. Elle humilie les femmes dont la dignité n’a pas été abolie par une religiosité anachronique qui exige la docilité devant l’homme.
Par contre, la participation à un réseau social internet réservé aux religieux ne me choque pas dès lors qu’elle s’effectue sur une base volontaire. Je suis certes troublé par ce besoin réducteur de séparation et je crains qu’il ne soit que le premier étage d’une fusée dont j’ignore la direction qu’elle prendra. Il reste à espérer que le fondateur de FaceGlat découvre un jour que son intérêt est d’accueillir sur son site des publicités bien ciblées. Ce jour-là, le commerce l’aura emporté sur la religion, comme c’est arrivé tant de fois à travers les siècles et les continents. Ce sera probablement moins dangereux pour les esprits et les comportements.
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