Le 16 mars lors de la table ronde internationale organisée à l’occasion de l’inauguration du nouveau musée de Yad Vashem, le Premier ministre Guy Verhofstadt a exposé devant cette grande assemblée internationale le programme d’action belge contre l’intolérance et l’antisémitisme. La Belgique fera du 27 janvier une journée officielle de commémoration de la Shoa, et présente sa candidature comme membre de la Task Force for International Cooperation on Holocaust Education, Remembrance and Research, groupe d’action international, formé en 1998 et dont les Etats membres s’engagent à mettre en œuvre des politiques et des programmes nationaux d’éducation, de commémoration et de recherche sur la Shoa. Guy Verhofstadt a également présenté les excuses de la Belgique pour le rôle joué par certains fonctionnaires et administrations belges dans la déportation. Pour David Susskind, la déclaration du Premier ministre manifeste clairement la volonté gouvernementale d’assumer les responsabilités des autorités belges dans la déportation des Juifs de Belgique. Non seulement en instituant une commission d’enquête à ce sujet, mais aussi en menant une politique de transmission de la mémoire du génocide qui prévoit la rénovation du pavillon belge à Auschwitz et un nouvel aménagement du Musée juif de Malines. Elle veut aussi systématiser des initiatives destinées aux jeunes et inscrire l’histoire et la mémoire de la Shoa dans les programmes d’enseignement. Des fonctionnaires belges ont contribué à rendre les déportations possibles, mais nous ne pouvons pas oublier que le gouvernement belge, qui était à Londres, a fait parvenir clandestinement des fonds importants en Belgique pour aider les Juifs qui étaient cachés, et, en particulier, les enfants! Déposée par les sénateurs Alain Destexhe (MR) et Philippe Mahoux (PS), la proposition de résolution visant à établir les faits et les responsabilités éventuelles d’autorités belges dans la déportation et les persécutions des Juifs de Belgique au cours de la Seconde Guerre mondiale, a été adoptée le 30 janvier 2003 par la Commission des affaires institutionnelles au Sénat. Le projet de loi mandatant le CEGES (Centre d’Etudes et de Documentation Guerre et Société contemporaines) pour mener à bien une étude détaillée sur la question, a été voté par la Chambre des représentants, le 3 avril 2003. Olivier Maingain, président du FDF, est également l’auteur d’un projet de Commission d’enquête sur la question. Lorsque le rapport préliminaire du CEGES sera publié, une commission d’enquête parlementaire sera instaurée au Sénat avec la mission de mener un débat démocratique sur les responsabilités des autorités belges dans l’identification, les persécutions et les déportations des Juifs de Belgique, de faire des recommandations et propositions aux communautés sur les faits qu’il serait souhaitable de transmettre aux générations futures à travers l’enseignement secondaire afin de contribuer à la mémoire du génocide des Juifs de Belgique et à la prévention du génocide et des autres crimes contre l’Humanité. La photo du petit garçon en culottes courtes, casquette sur la tête, les mains en l’air, le canon d’un fusil pointé sur lui, auquel le Premier ministre a fait référence durant son intervention, est connue depuis le procès de Nuremberg. Cette image emblématique du sort des enfants juifs sous le nazisme vient de l’album photo du général SS Jürgen Stroop, chargé d’écraser la révolte juive en avril 1943. Un film documentaire (Tsvi Nussbaum : A Boy from Warsaw, 1990) décrit la vie de cet enfant au ghetto, le contexte de sa prise en photo, sa déportation, et enfin, sa libération à Bergen-Belsen, puis son émigration en Israël et aux USA. D’autres survivants se sont reconnus dans le «protagoniste» de cette image symbole. Comment s’en étonner? Car même si cet enfant a par miracle, survécu à la Shoa, toute sa vie a disparu à jamais. Face à la réalité d’un monde anéanti, cette image d’archive restera à jamais muette. Elle ne dira jamais l’anéantissement des enfants juifs capturés par les nazis ni la destruction de la vie juive en Pologne, le cœur du judaïsme européen, rayé à jamais de l’histoire de l’Humanité…
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