Auschwitz dans l’art contemporain

Au Musée d’art contemporain de Cracovie, l’exposition Poland-Israel-Germany : The Experience of Auschwitz évoque la présence du lieu de mémoire emblématique de la Shoah dans la création plastique contemporaine.

Quand les derniers témoins de la barbarie nazie disparaîtront, Auschwitz deviendra-t-il le haut lieu du « tourisme de l’horreur » ? L’art contemporain peut-il contribuer au nécessaire travail de mémoire et à l’enseignement de l’histoire du génocide juif ? Pour inciter le public à questionner de tels thèmes d’actualité, les commissaires de l’expo The Experience of Auschwitz, Jürgen Kaumkötter et Delfina Jałowik, ont sélectionné les créations d’une vingtaine d’artistes contemporains polonais, israéliens et allemands.

L’exposition du MOCAK (Musée d’art contemporain de Cracovie) comporte aussi un volet historique, avec des œuvres réalisées dans les ghettos ou dans l’univers concentrationnaire. Dans son livre La mort n’a pas le dernier mot (Der Tod hat nicht das letzte Wort. Kunst in der Katastrophe 1933-1945), accompagnant cette exposition inaugurée au Bundestag à Berlin le 27 janvier 2015 pour le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Jürgen Kaumkötter invite le public à ne pas réduire « l’art des camps » au simple statut de documentation historique, mais bien à l’intégrer à notre « musée imaginaire » de l’art universel.

L’art contemporain est souvent l’objet de controverses et l’exposition du MOCAK n’a pas manqué de susciter la polémique, en particulier autour d’une vidéo de l’artiste polonais Artur Zmijewski montrant des couples nus jouant au jeu du loup dans un lieu clos, identifié par l’auteur comme l’ancien crématoire d’un camp de concentration nazi. L’exposition montre aussi des photos de la série KZL Lego (1996) de Zbigniew Libera, autre œuvre souvent jugée scandaleuse. L’art contemporain, souvent de nature transgressive, ne cesse de questionner et de redéfinir les limites du visible. Et, à divers titres, la plupart des œuvres montrées dans cette exposition peuvent susciter l’étonnement, la stupéfaction, l’émoi ou même la colère de certains visiteurs, en particulier lorsqu’elles touchent aux phénomènes de massification et de commercialisation liés au tourisme de la mémoire. Le site d’Auschwitz-Birkenau est un des lieux les plus visités de Pologne. L’afflux de visiteurs produit inévitablement des effets dérangeants, en un lieu si chargé d’émotions et d’histoire, malgré tous les efforts fournis par les autorités pour garantir l’intégrité de ce haut lieu de la mémoire juive et éviter qu’il ne devienne peu à peu un « Disneyland trash ».

Art et résilience

La vidéo de Jane Korman Dancing in Auschwitz (2010) est une véritable « performance familiale » sur la chanson de Gloria Gaynor  I will survive, dansée à Dachau, Terezin, Birkenau, Lodz… par l’auteur, ses enfants et son père, survivant de la Shoah, pour célébrer la vie et affirmer la capacité humaine de vaincre la barbarie. Cette vidéo emblématique illustre la résilience des victimes de la Shoah et propose une vision insolite du « devoir de mémoire » destinée aux jeunes générations. Parmi les œuvres montrées au MOCAK figurent aussi des planches originales de la BD Deuxième génération (2012) de Michel Kichka, invité pour une « performance de dessin » à l’inauguration de cette exposition le 15 mai dernier, lors de la Nuit des Musées. Et cet été, une autre exposition temporaire du MOCAK, plus « classique », présentait les « Dix portraits de Juifs du vingtième siècle » par Andy Warhol, captivante série de personnalités emblématiques de l’histoire juive moderne (Sarah Bernhardt, Louis Brandeis, Buber, Einstein, Freud, Gershwin, Kafka, les Marx Brothers, Golda Meir, Gertrude Stein) représentées par le maître du Pop Art américain.

Au Centre culturel international de Cracovie, l’exposition Makom présentait jusqu’au 20 septembre 2015 l’œuvre du célèbre artiste plasticien et architecte israélien Dani Karavan, auteur entre autres du monument en mémoire de Walter Benjamin à Portbou et du mémorial berlinois aux Sinti et Rom européens assassinés par les nazis.

Expositions

Poland-Israel-Germany : The Experience of Auschwitz

Museum of Contemporary Art in Krakow, ul.Lipowa 4, 30-702

Jusqu’au 31 octobre 2015 (ma.-di. 11h-19h)

Infos : www.mocak.pl

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