Auschwitz est en Pologne, c’est-à-dire nulle part

Comme dans la pièce Ubu roi d’Alfred Jarry, le ministre polonais de la Culture voudrait qu’Auschwitz se situe sinon nulle part, du moins ailleurs. En tous cas, pas en Pologne.

 Peut être est-ce un mauvais procès que nous intentons là à Bogdan Zdrojewski, le ministre polonais de la Culture. Mais quoi, même 70 ans après la Seconde Guerre mondiale, nombre de Juifs ne peuvent s’empêcher de considérer tout ce qui vient de Varsovie avec une ombrageuse suspicion.

 A notre décharge, l’inverse est souvent aussi vrai. Des deux côtés, pour reprendre la célèbre formule de l’historien allemand Ernst Nolte, il y a encore et toujours « ce passé qui ne veut pas passer ».

 De quoi s’agit-il en l’occurrence ? La Pologne voudrait que son nom ne soit plus associé aux camps de concentration et d’extermination, notamment sur Internet. Elle demande donc aux musées d’Auschwitz ou de Majdanek de remplacer le « pl » qui termine leur adresse par « eu » ou « org ».

Dans le même ordre d’idées, les Polonais avaient déjà obtenu que l’UNESCO parle désormais officiellement du « camp de concentration et d’extermination nazi allemand d’Auschwitz-Birkenau ». L’idée générale est de rappeler que si la plupart des camps étaient situés sur leur territoire, la responsabilité en revenait aux seuls Allemands.

C’est bien sûr exact. Tout comme le fait que Hitler et sa clique haïssaient presque autant les Polonais (et les Slaves en général) que les Juifs. Et que trois millions de Polonais ont été massacrés par les Allemands.

Mais est-ce là tout ? La Pologne peut-elle refaire le coup de l’Autriche qui est parvenue après la guerre à se faire passer pour une vierge innocente violée par les chars allemands alors qu’elle était plus que consentante ?

Quant à la Pologne… Qui, sans mentir, peut négliger qu’elle fut virulemment antisémite avant, pendant et après le conflit ? Certes, des Polonais ont sauvé des Juifs. Nombre d’entre eux ont souffert du nazisme. Mais combien d’autres ont participé au génocide ? Ou en ont profité ? Ou l’ont accueilli avec satisfaction ?

« Européaniser » les camps de la mort

Dans un passé récent, il y a déjà eu une volonté de « poloniser »  les camps de la mort en les christianisant par des croix ou en y plaçant des carmélites. Veut-on, à présent, les exclure de Pologne en les européanisant ? 

Garder leurs musées et les millions de touristes qui s’y rendent mais comme des lieux « neutres », situés là par le hasard de la géographie ou de l’histoire… Comme Disneyland, en quelque sorte : il n’a pas été construit près de Paris parce que c’était la France, mais parce que l’endroit était idéal pour y venir de toute l’Europe.

Ceci étant, on ne dira pas que M. Bogdan Zdrojewski a agi par antijudaïsme. Il n’est pas membre du parti ultra-catholique « Droit et Justice » et de sa « Radio Marija » dont la haine des Juifs dérange jusqu’au Vatican. C’est un démocrate-chrétien, libéral et pro-européen.

Et pourtant… Comment ne pas humer dans cette idée, à tout le moins inconsidérée, des relents nauséabonds ? Tout comme certains là-bas verront dans cet article une nouvelle manifestation du complot juif mondial dirigé contre eux. Non, le passé n’est pas près de passer…

 

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