Avi Keitelman : ‘L’art m’a sorti du ghetto’

Avi Keitelman et la Keitelman Gallery, c’est l’histoire d’une passion, qui se confond avec l’histoire familiale. Et quand le collectionneur ajoute à son amour de l’art son attachement à Israël, il est loin d’être le seul à en profiter.

Elle a déposé ses toiles il y a cinq ans au 44 de la rue Van Eyck, à quelques enjambées du Parc Tenbosch, à Ixelles, un quartier où plusieurs galeries d’art ont élu domicile. D’abord installée au Sablon, la Keitelman Gallery est aujourd’hui dirigée par Avi Keitelman, le neveu de Maurice. « Je baigne dans l’art depuis mon enfance », affirme celui qui collectionne avant d’être galeriste. « C’est mon oncle Maurice Keitelman qui a fondé la galerie il y a 33 ans et m’a tout appris. J’avais 14 ans quand il m’a emmené à New York à ma première vente publique chez Sotheby’s. S’il ne m’avait pas initié à l’art, je serais resté dans le ghetto d’Anvers… ».

Ce même Maurice Keitelman, dès les années 80, exposera du Basquiat, du Keith Haring, et les plus grands tagueurs américains. Il vend aussi, des impressionnistes et des peintres modernes, belges (Magritte, Delvaux, Ensor) et internationaux (Calder, Dubuffet, Miro, Picasso…). Après un break de quelques années, préférant se concentrer sur l’achat-vente et le conseil clients, la Keitelman Gallery a repris, en plus, son activité de galeriste. Comme elle le fait depuis près de vingt ans maintenant, elle participera du 13 au 23 mars 2015 à la European Fine Art Fair de Maastricht (TEFAF), la foire des arts et des antiquités la plus prestigieuse du monde. Quand on lui demande en quoi il se distingue des autres, Avi Keitelman répond franchement : « Nous sommes une des seules galeries en Belgique à montrer de l’art moderne international (Dubuffet, Arp, Kandinsky, Magritte…), des artistes historiques et plutôt coutumiers des musées. On expose, mais on soutient aussi de jeunes artistes en produisant leurs œuvres pour la galerie ou pour des créations muséales », souligne-t-il, « en essayant de faire entrer dans l’histoire des artistes moins connus, du moins chez nous. Ma force, c’est de faire dialoguer les artistes d’hier, d’aujourd’hui et de demain ». C’est le cas de ces artistes israéliens, tels que Nelly Agassi, exposée il y a deux ans au Musée d’Israël, Gal Weinstein, « l’un des plus grands artistes contemporains de ces dix dernières années », ou « la star mondiale du design », Ron Gilad.

Israélien de naissance, Avi Keitelman arrive très jeune à Anvers pour rejoindre sa famille maternelle venue de Pologne en 1948. Il sera scolarisé à l’école Tachkemoni et fréquentera l’Hanoah Hatzioni, avant de déménager à Bruxelles à l’âge de 19 ans. « Ma famille, dont 80% est aujourd’hui retournée vivre en Israël, rassemble toutes les tendances du judaïsme : des Belzer les plus orthodoxes aux Juifs qui, comme moi, considèrent plutôt le judaïsme comme quelque chose de culturel », confie-t-il. Cette volonté de ne pas se retrouver dans un ghetto ne l’empêche pas d’estimer toute l’importance de ses racines, et de fréquenter la communauté, « sans être communautaire », insiste celui qui a par ailleurs noué une relation toute particulière avec son pays d’origine, à travers… un Musée !

200 enfants belges au Musée d’Israël

Le Musée d’Israël est « un musée exceptionnel qui, avec près de 500.000 œuvres de l’Antiquité au Surréalisme, en passant par l’art tribal ou précolombien, peut sans fausse modestie se comparer au MOMA, au Metropolitan ou au Louvre ! Le lien avec ce lieu magnifique s’est fait très naturellement », explique Avi Keitelman. Avec sa femme Valérie, il préside ainsi depuis sept ans les Amis belges du Musée d’Israël, et soutient l’institution en organisant en Belgique des visites d’ateliers d’artistes, de musées ou de collections privées, dont les bénéfices lui reviennent. Le Musée vit en effet à 95% des dons. Depuis 2009, date du relancement de l’association, Avi Keitelman propose également aux écoles juives et mouvements de jeunesse qui partent en Israël une demi-journée de visite de l’institution. En 2014, quelque 200 enfants belges ont découvert le Musée d’Israël grâce à cette initiative.

Dans sa galerie, à Bruxelles, Avi Keitelman continue de chercher les artistes qui se font remarquer par leur personnalité et trace le chemin du futur dans l’histoire de l’art. Ainsi sa dernière exposition, « Endless », exposition de groupe d’une dizaine d’œuvres, met en avant la pratique obsessionnelle des artistes, depuis l’artiste israélien des années 60 exposé dans les plus grands musées américains, Jacob El Hanani, à l’Américaine Liza Lou, en passant par On Kawara, Allan McCollum ou Barbara Kruger.

Après la terrible actualité qui a frappé Charlie Hebdo, Avi Keitelman défend plus que jamais par ses expositions la liberté d’expression. Avec cette revendication comme un cri : « Une plume ne tue pas, une œuvre d’art non plus ! ». 

– EXPOSITION ENDLESS
Keitelman Gallery
jusqu’au 28 mars 2015,
44 rue Van Eyck,
1050 Bruxelles
– TEFAF – European Art Fair de Maastrichtdu 13 au 23 mars 2015
– Les amis belges du Musée d’Israël – Infos  www.Israelmuseum.be
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