Les défenseurs de l’homme accusé du massacre du Musée juif de Bruxelles, envisagent-ils une « défense de rupture »à la façon de Jacques Vergès* ? Cela pourrait être un souci pour M. Nemmouche : s’il en tirait gloire et profit, l’avocat français ne gagnait quasi jamais ses procès…
Arrivé en Belgique, Mehdi Nemmouche, suspecté d’avoir assassiné 4 personnes au Musée Juif de Bruxelles, a bien sûr, changé d’avocat. Probablement sans regrets : la défense de son principal conseiller français, Me Pepiezep a été pour le moins calamiteuse. A propos de sa remise aux autorités belges, par exemple :
Après l’avoir acceptée « en principe », le défenseur de Nemmouche l’a refusée avant de l’accepter en hâte à nouveau. Sauf qu’il n’avait le choix en fait : il n’avait pas déposé à temps le pourvoi nécessaire… Chez nous, le terroriste présumé n’a pas choisi n’importe qui comme conseils.
Selon le toujours intéressant site ResistanceS.Be**, le 1er, d’entre eux, Me Sébastien Courtoy a surtout fait carrière en défendant des membres de l’extrême-droite comme Georges-Pierre Tonnelier ou le « Front National rénové ».
Tout comme le second, Me Henri Laquay, qui a d’ailleurs figuré sur une liste FN. Une histoire de famille puisque son père a été conseillé juridique et conseiller communal (à Koekelberg) de ce parti.
Tous deux ont aussi défendu, ensemble ou chacun de leur côté, diverses organisation ou personnes accusée d’intégrisme islamique : des membres des « chebabs » somaliens, des inculpés accusés d’envoyer de jeunes belges en Syrie, etc.
On ne s’étonnera donc pas de les retrouver comme avocats de l’ex-député Laurent Louis (à qui ils n’ont d’ailleurs pu éviter une condamnation à 8 mois de prison avec sursis en juin dernier)
Tout cela n’a bien entendu rien d’illégal : chacun a le droit d’être défendu et de choisir qui il veut pour ce faire. De même que les avocats –non commis d’office- décident en toute liberté du choix de leurs clients.
Rien ne leur interdit non plus d’être les défenseurs belges de l’agitateur antisémite Dieudonné. Ni d’être des adeptes de « la quenelle » comme le montre la photo ci-dessus( aussi reprise de RésistanceS). Ni même d’avoir reçu une des « Quenelle d’or » distribuée par le sinistre pitre.
Néanmoins, ce choix de la part de M. Nemmouche est, au minimum, révélateur d’un état d’esprit. Comme l’aurait été à l’inverse, sa décision d’être défendu par un avocat spécialiste des Droits de l’Homme, par exemple.
« Mettre Bruxelles à feu et à sang »
Tout comme la manière que les deux hommes semblent avoir choisie pour défendre leur client : durant son 1er interrogatoire (qui a duré 3h30) M. Nemmouche a refusé de répondre aux questions des enquêteurs.
Comme en France, où son avocat s’était contenté d’affirmer « qu’il exerçait son droit au silence ». Plus imaginatifs, les avocats belges se plaignent de fuites dans la presse organisées par des policiers et assurent qu’il ne dira rien avant « l’écartement de ces enquêteurs »
Dit autrement, puisque le secret de l’instruction n’est pas respecté, l’accusé le fait régner en ne disant rien…. Rebelote avec la reconstitution envisagée au Musée juif. Il n’y participera pas. Toujours ces maudites fuites : « mon client n’a pas confiance » (Me Courtoy)
Voilà qui commence à ressembler à une de ces « défenses de rupture » rendues célèbres par l’avocat français Jacques Vergès: en théorie, il s’agit de rejeter la légitimité de l’institution judiciaire afin de transférer l’affaire sur le terrain politique. En pratique, cela consiste surtout à multiplier les obstructions et les déclarations aux médias.
Si Mehdi Nemmouche est d’accord avec cette stratégie, il devrait peut être se souvenir que Me Vergès, qui connu la gloire et la fortune en défendant des nazis, des terroristes ou des tueurs de masses*, n’a quasi jamais gagné aucun de ses grands procès.
A moins que, perdu pour perdu, M. Nemmouche ne veuille, avec l’accord de ses défenseurs, devenir le martyr d’une cause qui autorise l’assassinat de quatre civils innocents pourvu qu’ils soient juifs ?
Car le dossier de l’accusation n’est pas négligeable : la kalachnikov et le revolver saisis dans ses bagages ressemblent fort à ceux de l’attaque. Il y a une vidéo dans son appareil photo qui montre les armes en question.
On entend une voix qui ressemble à la sienne affirmer qu’il est l’auteur de l’attentat et qu’il veut « mettre Bruxelles à feu et à sang ». Sans parler de son séjour de deux mois à Molenbeek, pour, peut-on penser, préparer l’attentat.
Certes, tant l’analyse balistique que celle de la vidéo peuvent l’innocenter. Il y a peut être aussi une autre raison à son séjour dans la capitale. On le saura bientôt. C’est cela, bien plus que son silence ou les stratégies de ses avocats, qui décidera de son sort…
PS. : Un sourire (ou un soupir) à la vue de ce titre dans le quotidien « Nord Eclair »*** (30/7) : « Un agent israélien veille désormais sur Nemmouche ». Lecture faite, on comprend le quoi du qu’est-ce :
L’article commence par la confirmation d’un scoop : Nemmouche sera bien incarcéré à Mons. Et là bas, il sera sous la surveillance d’un gardien « qui affiche fièrement son appartenance religieuse » mais qui assure néanmoins « qu’il se comportera de manière professionnelle ».
Décryptage : le journaliste (ou le stagiaire) a confondu « israélien » et « israélite », terme qu’il voulait sans doute utiliser pour éviter le trop connoté « juif ». Mais il se protège de tout antisémitisme en précisant que l’homme n’abusera pas de son pouvoir. De toute façon, Nemmouche a été envoyé à la prison de Bruges, alors…
*Jacques Vergès a été, entre autres, l’avocat de Klaus Barbie, Carlos, les membres d’Action Directe, Anis Naccache, Milosevic…
** Dont on ne saurait trop conseiller la lecture pour qui veut des informations fiables sur l’extrême-droite : http://www.resistances.be/dieudonne06.html
*** « Nord Eclair » fait partie de la société de presse « Sudpresse » qui appartient au groupe Rossel qui édite par ailleurs « Le Soir »
]]>