Le garçon devient Bar-Mitzva à 13 ans et un jour. Il est dès lors tenu d’observer les 613 commandements de la Loi juive. La conséquence immédiate de ce passage au statut d’adulte responsable est l’entrée dans le Miniane, le quorum des hommes adultes nécessaire pour accomplir un office religieux.
C’est la raison pour laquelle on organise à la synagogue une cérémonie religieuse, pour marquer cette entrée dans le Miniane. Cette cérémonie n’est d’ailleurs pas codifiée par la Halakhah. Selon les communautés, le garçon peut conduire l’office, lire tout ou partie de la Paracha (section hebdomadaire de la Torah), le Maftir (derniers versets de la Parachah) ou la Haftarah (conclusions issues des Prophètes lues après la Torah). Il s’agit de célébrer la place pleine et entière que prend le garçon de 13 ans au sein de la communauté des adultes.
Au regard de la tradition juive, le garçon devient un adulte. Ce principe est néanmoins tempéré par certaines exceptions. Devant un tribunal rabbinique, la loi prévoit qu’il faut atteindre l’âge de 20 ans pour être témoin en matière de biens immeubles. On considère que des connaissances et une expérience suffisante doivent être requises pour témoigner dans ce type d’affaires. Peut-on se marier une fois que l’on devient Bar-Mitzva ? En principe, un garçon de 13 ans peut se marier, mais le Talmud recommande toutefois aux hommes de se marier à 18 ans, du moins entre 16 et 24 ans.
Ce passage au statut d’adulte vaut également pour les filles, mais c’est à l’âge de 12 ans et un jour qu’elles deviennent Bat-Mitzva et que les commandements s’imposent à elles. Bien que la tradition juive ne prévoie aucune cérémonie pour marquer cette étape de la vie d’une femme, les courants libéraux, réformés et Massorti organisent des cérémonies de Bat-Mitzva largement calquées sur celle du Bar-Mitzva. La question de cette cérémonie suscite encore de nombreux débats au sein du judaïsme orthodoxe.
Pour certains rabbins, ce passage à l’âge adulte est interpellant, car l’individu se voit du jour au lendemain soumis à un nombre considérable d’obligations. On parle même du joug des commandements (Ol Mitzvot). Ne s’agit-il pas de l’aboutissement d’un processus de responsabilisation ? « Certes, mais il y a malgré tout des lois qui restreignent la liberté de l’individu indépendamment des rapports avec son prochain », réagit le rabbin David Meyer, professeur de littérature rabbinique. « Ainsi, les lois de la prière apportent des restrictions à la liberté de l’individu sans que cela implique des relations avec autrui. Il faut donc s’interroger sur ce paradoxe de l’âge adulte célébré comme l’ouverture des possibilités, alors que simultanément on voit sa liberté limitée par un nombre considérable d’obligations ». Cela pose donc la question de savoir si l’adulte peut lui-même placer des limites au joug de la loi pour maintenir sa liberté. « On ne peut résoudre ce dilemme qu’en forgeant une réflexion sur une théologie de la transgression de la loi. Quand je m’adressais au Bar-Mitzva à l’issue de la cérémonie à la synagogue, je ne l’obligeais pas à tout respecter ni à venir à la synagogue à chaque Shabbat. En revanche, je lui demandais de bien réfléchir sur les lois qu’il observerait et sur celles qu’il ne respecterait pas », précise David Meyer.
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