C’est la 2ème génération de colons et leur violence raciste effraye jusqu’au gouvernement israélien. Pas au point de les sanctionner toutefois. Attend-il qu’ils tuent ?
Ils sont certainement le symptôme le plus visible de la « maladie de l’occupation », ce cancer qui ronge la démocratie israélienne. « Ils», ce sont d’abord les « jeunes des collines », comme ils s’appellent.
Moins qu’une milice, bien plus qu’une bande : un noyau dur de 2 ou 300 membres et environ 1500 sympathisants. Jeunes. Très jeunes, entre 14 et 18 ans et entre 20 et 30 pour les leaders. C’est la 2ème génération de colons, nés et élevés dans les colonies de Cisjordanie.
Leur éducation s’est faite dans les yéshivot (écoles) de rabbins ultranationalistes. Un de leurs livres de chevet, c’est « La Torah du Roi » Un ouvrage rédigé en 2009 par deux rabbins à demi cinglés.
Lesquels, entre deux propos racistes à l’encontre de l’ensemble de la population mondiale, y prônent, entre autres, de tu rtous les non-Juifs, y compris les enfants, « s’ils constituent un danger, même futur, pour les Juifs »
Pour l’instant, les « jeunes de collines » n’en sont pas là. Ils se satisfont de ce qu’ils appellent le « Prix à payer » : à chaque action jugée hostile, ils taguent les murs, crèvent des pneus, incendient des oliviers, brûlent des voitures, jettent des pierres, tapent sur tout ce qui bouge.
Contre les Arabes qu’ils veulent chasser, Contre les Chrétiens, ces singes dont ils vandalisent les sépultures. Contre des mosquées ou des églises. Contre les Juifs pacifistes, ces traîtres. Mais aussi contre les soldats de Tsahal coupables d’avoir fait évacuer une colonie sauvage.
Depuis 2011, leurs attaques se sont étendues de la Cisjordanie au territoire israélien lui-même. Une quinzaine en 2012 un peu partout dans le pays. Ce qui a donné des idées à une partie de la jeunesse israélienne qui s’est lancée dans ce qu’il faut bien nommer des « ratonnades »
Ainsi en aout 2012, à Jérusalem-Ouest, sept adolescents israéliens s’en prennent à trois Palestiniens en criant « Mort aux Arabes » et se livrent à ce que la police décrira comme un « lynchage ». Sans qu’aucun de la cinquantaine de gens présents n’intervienne.
Le même jour, près de Bethléem, en Cisjordanie, les « jeunes des collines » mettent le feu à un tai collectif palestinien : six blessés dont deux enfants. Il y a quelques jours, à nouveau à Jérusalem, trois Palestiniennes dont une dame âgée, ont été battues.
91% des plaintes classées sans suite
Voici deux jours à peine, dans un village d’Israël, plus de 30 voitures ont été vandalisées et des tags haineux peints sur les murs. Et pas n’importe quel village : celui d’Abou Gosh, le symbole même de la coexistence entre Juifs et Arabes.
Un des rares dont la population a choisi de rester du côté d’Israël durant la guerre d’Indépendance. Les habitants sont devenus israéliens et se considéraient comme tout à fait intégrés. Jusqu’à avant-hier.
Chacun de ces actes racistes fait scandale, la presse se fâche. Le président Pères fait part de sa honte et de son humiliation. L’opposition dénonce la mollesse de la police et de la justice. La majorité n’est pas en reste qui évoque : « de jeunes anarchistes isolés qui ne reflètent en rien le mouvement des colonies »
Tout comme certains leaders religieux qui condamnent de petits groupes d’irresponsables « rejetés par l’immense majorité du mouvement religieux nationaliste ». Sans oublier le gouvernement, 1er Ministre en tête.
Ah ça, on ne peut pas dire que B. Netanyahou approuve ! Bien au contraire, ces dernières années, il n’a cessé de condamner ces actes « contraires au judaïsme, aux valeurs de notre peuple et de notre État ».
Il a ainsi dénoncé ces « actes de hooliganisme contre les Palestiniens, sans aucune provocation ou justification » Et hier, il a déclaré avec fermeté : « Nous rejetons avec dégoût ces phénomènes et nous allons utiliser tous les moyens juridiques pour y mettre fin »
C’est clair : personne ne prendra jamais le 1er Ministre en défaut d’éloquence. Au niveau des actes, par contre, le doute est permis : depuis 2009, le nombre d’attaques « prix à payer » a augmenté de 150%. Mais 91 % des plaintes déposées ont été classées sans suite.
Ces derniers mois, la police a ouvert 788 enquêtes contre les « jeunes des collines », procédé à 276 arrestations qui ont abouti à 154 inculpations. Une dizaine à peine a mené à un procès et les accusés s’en sont tirés avec des amendes ou des peines avec sursis.
Pourtant, le très efficace Shin Beth a connaissance de l’identité de la quasi-totalité de ces jeunes. Mais il ne peut les transmettre à la police que si leurs actions sont qualifiées « d’actes de terreur » et leur organisation de « terroriste »
C’est ce qu’ont réclamé, voici peu, tant le Procureur General de l’Etat, le chef du Shin Bet que Tzipi Livni, la ministre de la Justice. Et qu’a refusé catégoriquement B. Netanyahou qui préfère parler « d’organisations illégales », ce qui n’engage à rien.
C’est que les discours sont une chose et la participation de l’extrême droite nationale religieuse à la coalition gouvernementale en est une autre. Et qu’en attendant cette paix dont le 1er Ministre parle aussi avec beaucoup d’éloquence, il continue à coloniser à tour de bras…
Difficile de ne pas se demander, comme une journaliste du Yediot Aharonot s’il faudra attendre que l’extrême droite commette un attentat sanglant pour que le gouvernement réagisse enfin ? Il se peut d’ailleurs que cela ne soit pas bien long.
Car, toujours selon le Shin Bet, la dérive terroriste de ces jeunes colons s’accélère. Ils se seraient regroupés en cellules clandestines et dresseraient des listes de cibles potentielles, arabes et juives, à « éliminer ». Pour « protéger l’âme juive » bien entendu.
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