Où le 1er Ministre israélien démontre une fois de plus sa prodigieuse capacité à marcher sur place pour faire croire qu’il avance
Grande nouvelle : Benjamin Netanyahou a suspendu les appels d’offres pour la construction de nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie, répondant ainsi à une demande du Secrétaire d’Etat américain, John Kerry
Celui-ci avait réclamé des « gestes positifs » des Israéliens et des Palestiniens afin de relancer le processus de paix interrompu depuis fin 2010. Les Palestiniens ont promis de « geler » leurs démarches pour faire passer devant la justice internationale des dirigeants israéliens.
Et, de son côté, B. Netanyahou a donc accepté cette suspension jusque fin juin. L’enthousiasme a été immédiat chez les partisans du 1er Ministre. Le nouveau Bibi est arrivé, Bibi le sage, Bibi, le faiseur de paix. Et, bien entendu, sur cette terre de miracles, cela aussi est possible.
Sauf que le calme de l’extrême-droite est venu tempérer cet optimisme : les colons de Cisjordanie n’ont pas jeté feu et flammes et le très droitier parti Maison juive n’a même pas menacé de quitter sur le champ le gouvernement.
C’est qu’ils ont bien compris à quel point ce geste est dénué d’importance. Dans le temps d’abord puisqu’il prendra fin dans un mois et demi. Et dans les faits : la suspension ne vaut que pour les futurs projets de colonisation.
Les appels d’offres déjà acceptés ne sont pas concernés et les constructions en cours se poursuivent en toute tranquillité. A preuve, deux jours après l’annonce de ce geste, le gouvernement a autorisé l’édification de 296 logements dans la colonie de Beit El, près de Ramallah.
Admettons cependant que toute cette bonne volonté aboutisse et que les négociations de paix reprennent. Les colons et leurs amis n’auraient pas encore de quoi s’inquiéter le moins du monde tant les blocages sont énormes.
Ils viennent tous du côté palestinien, clame la droite : au début de son 1er mandat, B. Netanyahou avait déjà accepté un moratoire similaire mais Mahmoud Abbas n’avait pas accepté de reprendre les pourparlers
Il réclamait un gel total de la colonisation et une négociation basée sur les lignes d’armistice d’avant juin 1967. Des conditions qui, toujours selon la droite montraient bien que les Palestiniens ne voulaient pas vraiment la paix.
Des années de « pilpoul » en vue
Posons que, là encore, on franchisse cet obstacle, ce serait pour passer des pré-conditions palestiniennes aux exigences israéliennes. Son gouvernement a depuis longtemps averti que, dans tous les cas de figure, Israël annexera les grands blocs de colonies situés près de la « ligne verte »
Et que, quoi qu’il arrive, il maintiendra une présence militaire le long du Jourdain. Et que jamais Jérusalem ne sera divisée. Rien qu’avec cela, il y a de quoi négocier durant 10 ans (ou briser les négociations bien avant)
Et c’est loin d’être tout. B. Netanyahou exige aussi que les Palestiniens reconnaissent Israël comme l’Etat-nation du peuple juif. « C’est la racine du conflit » a-t-il encore affirmé ce 2 mai.
Là encore, cette exigence, qui transformerait les Arabes israéliens en citoyens de seconde zone, promet un « pilpoul » interminable. Resterait aussi la question de la « barrière de sécurité qui annexe, de facto, 10% de la Cisjordanie. Et celle de la présence de colons israéliens dans le futur Etat de Palestine.
Imaginons que les dirigeants de l’Autorité Palestinienne se résignent à un accord sur de telles bases et vivent même assez longtemps pour le signer, ce ne serait pas fini pour autant. Début mai, le 1er Ministre a affirmé qu’un tel traité devrait être soumis à référendum.
Ce qui, avec les colons battant leurs tambours de guerre, risque d’être, hum, ric-rac. Mais, poursuivons dans l’optimisme : il est adopté. L’extrême-droite qui se retrouverait alors vraiment au pied du mur, n’hésiterait pas à remettre en question la démocratie, y compris par la force.
Mais tous ces scénarii catastrophes ne se produiront pas. Bibi le Sage en préfère un autre : poursuivre si bien la colonisation qu’Israël devienne un Etat binational à majorité arabe. En attendant, il veut éviter de trop se mettre les Etats-Unis à dos.
Pour ne pas être rendu responsable de l’échec d’une reprise de négociations qu’il entend bien, de toute façon, voir échouer, il a donc posé un geste. C’est sans conteste, un pas. Un tout petit pas vers nulle part.
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