Bachar al Assad : « A la première balle qui s’abat sur la Syrie… »

L’image est curieuse mais parlante : tout autour d’Israël, des chaudrons bouillonnent. Tous susceptibles de déborder.  Pour l’heure, ceux d’Egypte, du  Liban, de Jordanie chauffent doucement. Celui de Gaza gicle en permanence. Et puis, il y a la Syrie…

 
Sept mois que les Syriens manifestent*. Sept mois que le pouvoir syrien tue son propre peuple : déjà  3.000 personnes – dont 200 enfants- selon l’ONU. Sept mois aussi qu’il perd petit à petit tous ses amis et ses alliés, à la notable exception de l’Iran.
 
Acculé, le  président syrien Bachar Al-Assad multiplie les menaces contre ses ennemis, soit une bonne partie de la planète.  Dans une récente interview  au Sunday Telegraph,  il les menace d’un « séisme qui ébranlerait le Moyen Orient ».

Il avait été encore plus clair lors d’un entretien avec Ahmet Davitoglu, le Ministre turc des Affaires Etrangères** : « A la première balle qui s’abat sur la Syrie, six heures après, j’aurai embrasé le Moyen-Orient, fait chuter des régimes et allumé le feu près des puits de pétrole du Golfe. »

Et comment ?  « Je transporterai des centaines de missiles sur les plateaux du Golan pour les lancer sur Tel-Aviv. En même temps, nous demanderons au Hezbollah d’ouvrir un brasier contre Israël et à Hamas de perpétrer des opérations sans précédent, tout cela lors des trois premières heures. »

« Dans les trois heures suivantes, l’Iran lancera des frappes contre les navires de guerre américains dans les eaux du Golfe, alors que les chiites du Golfe s’attaqueront à de grandes cibles occidentales, et tueront des Américains et des Européens partout dans le monde »

Assad fait-il vraiment l’impasse sur le destin de son pays  dans les six heures qui suivraient les six premières ?  Ou s’agit-il encore de cette rhétorique exaltée qu’on reproche souvent aux dirigeants arabes ? Simple coup de bluff  d’un joueur  au bord du gouffre ?

On ne sait mais ce qui est clair, c’est qu’il a fait glisser une contestation démocratique vers un affrontement  entre communautés, voire une guerre civile.  Par sa répression sans pitié, le Président Assad s’est définitivement mis à dos 16 millions sont sunnites… sur 23 millions de Syriens,

Car depuis que son père, Hafez al Assad, s’est emparé du pouvoir  en 1970, c’est la minorité alaouite (3 millions), une secte dissidente du chiisme qui dirige le pays. Voici un demi-siècle qu’ils trustent tous les postes de pouvoir, l’armée et, bien sûr, les services de sécurité.

« Bon pour Israël »?

Jusqu’il y a peu, c’était, il est vrai, avec le soutien des autres minorités. Mais là encore,  les massacres aveugles sont en passe de détacher des Alaouites tant les chrétiens grecs-orthodoxes, (2,5 millions) que les  2 millions de Kurdes ou les  Druzes et es Arméniens.

La communauté alaouite, même si elle n’est pas toute entière derrière le clan Assad, se retrouve seule face à tous. Une situation explosive, surtout si l’armée se divise, comme cela commence à  être le cas. L’ombre d’une guerre civile se profile.

Ce qui entraînerait à coup sûr de plus ou moins discrètes interventions  étrangères. Au risque de voir s’affronter par Syriens interposés, un « axe chiite »  (Syrie-Iran-Hezbollah), contre  Turquie, Arabie Saoudite,  Émirats du Golfe, etc. regroupés en une « alliance sunnite ».

A court voire moyen  terme, tout cela devrait être « bon pour Israël ». Tant que les pays du Machrek s’affrontent,  ils ne sont pas en mesure de se lancer dans une aventure militaire contre l’Etat juif.  Reste le risque d’un « dérapage »  plus ou moins contrôlé.

Un incident de trop à Gaza. Un nouvel affrontement avec le Hezbollah.  Bachar al Assad, comme Nasser en 1967, se laissant griser par sa propre  rhétorique… Et comme à l’époque,  tous les chaudrons commenceraient à déborder  les uns après les autres.

*http://www.cclj.be/article/3/2362

**http://www.gnet.tn/revue-de-presse-internationale/bachar-al-assad-six-heures-me-suffisent-pour-embraser-le-moyen-orient/id-menu-957.html

 

 

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