Bal brun à Vienne (suite)

Merci à M. Jacques Rosen pour ce mail défendant le bal de l’extrême droite tenu dans la capitale de l’Autriche ce 17 janvier 2012* : c’est  l’occasion de préciser plusieurs points non développés, faute de place. 

M. Rosen écrit : « Marine Le Pen a effectivement été invitée à Vienne vendredi par Hans Christian Strache, le leader du parti populiste autrichien FPO. Après avoir rencontré le 3eprésident du Parlement autrichien, Martin Graf, elle s’est rendue le soir au WKR Ball (Wiener Korporations Ball), le bal annuel des fraternités étudiantes viennoises.  Ce bal a lieu chaque année dans un palais viennois, le Hofburg, où se situe également le siège de la Présidence de la République autrichienne.

Voir dans ce bal un rassemblement néo-nazi est une insulte à tous les étudiants viennois. Que SOS Racisme et l’UEJF ignorent tout des fraternités, associations étudiantes qui existent aux Etats-Unis et dans certains pays européens, mais pas en France, ne leur donne pas le droit de les diffamer. Ces associations sont pour la plupart apolitiques, leur fonctionnement est démocratique, et elles ne sont pas secrètes. Theodore Herzl, Heinrich Heine et même Karl Marx en ont fait partie.

La coïncidence de date avec le jour de souvenir de la Shoah est évidemment fortuite, ce bal a lieu tous les ans le dernier vendredi de janvier. La date du 27 janvier a été fixée par l’ONU en 2005, elle ne correspond pas au jour de commémoration institué en Israël (Yom HaShoah). Instrumentaliser l’anniversaire de la libération d’Auschwitz à des fins de propagande en se réjouissant de cette coïncidence est ignoble.

Il se trouve que Kent Ekeroth (député suédois) et David Lazar (député autrichien FPO), tous deux d’origine juive, étaient eux aussi présents à ce bal. “Bal immonde pour nostalgiques du IIIe Reich”, vraiment ? Traiter Hans Christian Strache et Martin Graf de “représentants les plus durs et les plus violents de l’extrême droite européenne” relève également de l’insulte. Il suffit d’écouter les discours de Strache pour comprendre qu’il n’y a nulle trace d’antisémitisme. Strache a été invité officiellement en Israël en décembre 2010. Martin Graf a publiquement dénoncé le national-socialisme et l’antisémitisme en général, à plusieurs reprises.

Non, ce que l’on reproche à Strache et à Graf, c’est d’avoir purgé l’ex-parti de Haider de ses éléments antisémites, d’en avoir fait un réel parti de gouvernement, et surtout d’être à 28% d’intentions de vote dans les sondages: exactement ce que Marine Le Pen est en train de faire ici même. Tant de mensonges dans si peu de lignes ! Cela est malheureusement devenu la marque de fabrique de nos charmantes et agréables associations soi-disant “anti-racistes” et d’extrême gauche.

Mieux vaudrait pour elles qu’elles fassent leur “coming-out”, et qu’elles assument clairement leur mission de propagande et de terrorisme intellectuel, aux frais, bien entendu, du contribuable. »

De quelques bricoles négligées par M. Rosen

-Le fait que le bal ait eu lieu à la Hofburg où siège aussi le Président autrichien n’a aucune signification. C’est une compagnie privée (la Wiener Kongresszentrum Hofburg Betriebsges m.b.H.) qui gère les lieux et les loue à qui en veut.

-Certes, c’est à l’Université qu’on entre dans les « fraternités » qui organisent ce bal mais on en reste membre à vie. Et il faudrait être vraiment attardé pour se trouver encore à la faculté à l’âge qu’avaient la plupart des participants. Ce n’était pas une simple soirée estudiantine.

-Certaines de ces associations étudiantes (Burschenschaften) ont effectivement été tolérantes et ouvertes… au 19e siècle. Au 20e, elles se sont ralliées en masse au nazisme et, pour la plupart, en ont conservé l’idéologie -rhabillée pour être décente- jusqu’à aujourd’hui.

Prenons la corporation Olympia dont un des organisateurs du bal, M. Martin Graf (par ailleurs, 3e   Président du Parlement autrichien), s’honore d’être membre : en 1987, elle proposait de décerner le Nobel de la Paix à Rudolf Hess, l’ancien bras droit de Hitler. 

Et en 2005 encore, elle organisait une conférence avec un négationniste de quelque renom : David Irving. Pour l’anecdote, après  sa prise de parole, ce brave homme fut arrêté par la police autrichienne, jugé et condamné à un an de prison.

-De fait, deux Juifs au moins étaient invités à ce bal. Tous deux d’extrême droite, ce qui est bien leur droit. Le Front National a aussi ses Juifs de service plus un bon Arabe et un gentil Noir. M. Le Pen a même une employée philippine, paraît-il.

Cela les dédouane-t-il de leur racisme ? Cela rend-il leurs idées plus légitimes ? Après tout, il y a aussi des Juifs qui écrasent des jeunes filles et détalent. Cela justifie-t-il le délit de fuite des chauffards ? 

-Un mot sur H.-Ch. Strache, successeur de Jorg Haider à la tête du parti d’extrême droit FPO : comme la plupart des dirigeants d’extrême-droite en Europe, les principales victimes de ses attaques racistes sont, pour le moment, les musulmans.

Si des Juifs sont assez naïfs pour croire qu’ils ne sont pas en deuxième ligne, grand bien leur fasse. Et si les mêmes sont rassurées par le voyage de tous ces leaders en Israël en 2010, ils devraient savoir qu’il n’avait rien « d’officiel ».

-Ces gens, dont M. Strache, ont été invités et reçus par des députés du parti d’extrême droite Israël Beteinou qui partagent leur haine des Arabes et de la démocratie. C’est regrettable pour l’image de l’Etat juif, mais cela non plus ne vaut pas brevet de civisme.

-Quant à la conclusion de M. Rosen, elle n’était pas vraiment nécessaire. Chacun avait compris d’où il parlait. C’est son droit à lui aussi. S’il fallait empêcher tous les canards boiteux de danser…

* « Marine Le Pen : stop ou encore ? » http://www.cclj.be/article/3/2766

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