Balle au centre ?

A l’heure où je vous écris, il semblerait que la nomination de Jozef De Witte  à sa propre succession ne serait pas acquise, du moins à long terme.

Tout porte à croire que le gouvernement Di Ripo prolongera le directeur du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre racisme (CECLR) pour une période d’environ six mois, jusqu’à la création d’un nouveau centre interfédéral. Sans vouloir polémiquer outre mesure, l’idée d’un possible départ de ce Bekende Vlaming ne peut que rassurer tous ceux qui, du nord au sud de notre pays, attendent d’un centre antiraciste qu’il s’occupât aussi de l’antisémitisme.

L’obstination de notre homme à ne pas considérer l’antisionisme (radical s’entend) comme un nouvel avatar de l’antisémitisme est déjà étonnant en soi; sa mollesse à l’endroit des manifestations d’antisémitisme « ordinaire » est, pour le moins, carrément inacceptable. Combien de fois, en effet, le Centre ne s’est-il pas refusé à poursuivre l’auteur, ici d’une insulte, là, d’un écrit violemment antisémite, faute « d’incitation flagrante à la haine, à la violence ou à la discrimination » ?Cette attitude laisse pantois ! Ce n’est pas sans raison que le premier directeur du CECLR, le Père Johan Leman, s’est autorisé, dans une tribune adressée au Morgenà stigmatiser l’action de son successeur : « En ce qui concerne ce genre de sujets délicats, je pense qu’on ne peut tolérer aucune forme de “petit racisme”, en tout cas si la loi donne au Centre un mandat pour lutter contre le racisme. Ce petit racisme court le risque de répandre son venin petit à petit ». M. De Witte ne sait-il pas que les mots comme les images racistes préparent au pire, bref au crime, comme l’a très bien rappelé la toute récente formation pour enseignants organisée, par la cellule Démocratie ou Barbarie (DOB) ?

Qu’elle soit suspecte ou non, cette aboulie interroge sur l’utilité d’un Centre surpris à propager, sans nul doute bien malgré lui, des ragots antisémites. Le 8 décembre 2011, en effet, lors d’une formation pour policiers fédéraux, l’intervenante du jour en vint à des propos peu amènes à l’égard des Juifs : ces gens-là, leur asséna-t-elle, « peuvent tout se permettre, car ils ont de l’argent et une puissance financière, mais aussi parce qu’ils nous culpabilisent pour l’Holocauste alors que la Belgique n’a rien à voir avec cela ». Ce qui est choquant dans cette affaire n’est pas tant le racisme ordinaire de la formatrice, que le souci de sa hiérarchie de la couvrir ad absurdum. Défendant l’idée que « notre Mme Jourdain » n’avait aucune intention antisémite, ils préférèrent accuser le commissaire de police, auteur du signalement raciste, de « malhonnêteté et malveillance ». Le monde à l’envers.

Bref, Jozef De Witte pourrait bel et bien quitter dans quelques mois cette institution fédérale. Autant pour marquer le coup que pour l’honneur, Michael Freilich, le directeur de Joods actueel, a fait acte de candidature à la grande frayeur de tous ceux qui, sous couvert d’antisionisme, renouent avec les antiennes antisémites. Tétanisés par la perspective d’être poursuivis (non sans à propos) pour racisme, ces adorateurs de Dieudonné en appellent à la mobilisation générale contre le risque de « confiscation de la parole pro-palestinienne en Belgique ».Que ces droits-de-l’hommistes à géométrievariable (les a-t-on jamais vu appeler à manifester contre le moindre dictateur arabe ?), que ces obsédés du Grand Complot sioniste se rassurent, les Juifs de Belgique se satisferaient déjà d’un Centre les protégeant contre l’antisémitisme ordinaire. Qu’on se le dise… 

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