La redécouverte timide de Barcelone-la-Juive
L’éveil de la communauté juive de Barcelone est récent. Sous l’égide de quelques membres de la communauté plus entreprenants que d’autres, celle-ci retrouve peu à peu le chemin de son passé. Dominique Tomasov Blinder est l’une des instigatrices de cette redécouverte. De son Buenos Aires natal, elle part pour New York où elle travaille pendant près de 12 ans, puis s’installe définitivement à Barcelone en 1991. Architecte de profession, elle a monté Urban Cultours, à partir de « rien », grâce à sa passion pour l’architecture et pour sa nouvelle ville d’accueil, stimulée par la promesse faite à sa mère de ne pas briser la chaîne du souvenir. Depuis 1997, elle conduit allègrement les touristes à travers le Call, le vieux quartier juif de Barcelone, leur relatant les us et coutumes d’un judaïsme d’antan.
Peu à peu, les Espagnols en viennent eux aussi à s’intéresser à ce pan de leur histoire. Les autorités ont récemment décidé d’œuvrer en faveur de la « réhabilitation » de la culture juive au sein de la ville. Toutefois, le développement de ce type de projets ne se fait pas sans difficulté. L’argent vient peut-être de la communauté juive mais la gestion des projets est espagnole. Mais les différentes instances politiques qui en ont la charge ne parviennent pas à concilier leurs points de vue, confie Dominique Tomasov Blinder. En clair, la multiplication des autorités politiques, c’est-à-dire, la ville de Barcelone, la Région de la Catalogne et le gouvernement fédéral ne réussissent pas à tomber d’accord sur la nature des projets qu’il conviendrait de développer.
A titre d’exemple, épinglons le programme « d’interprétation » de l’histoire juive qui est en préparation. La communauté juive se demande pourquoi les autorités espagnoles ont jugé nécessaire de parler « d’interprétation » de l’histoire juive alors que la communauté est bien vivante et connaît le détail de son passé. C’est exhiber les Juifs comme des dinosaures, s’indigne Dominique Tomasov Blinder. En outre, le programme sera géré par les autorités publiques et des licenciés en management culturel. Ce sont eux qui définiront le contenu du programme. La communauté juive ne pourra participer, ni de près, ni de loin, à son élaboration. Pour Dominique Tomasov Blinder, ceci est inacceptable. Cela équivaudrait à instaurer une histoire officielle des Juifs de Barcelone qui ne serait pas conforme à la mémoire que celle-ci a conservée.
« Et le buisson ardent ne se consuma jamais… » Cependant, le sort de la communauté juive de Barcelone n’est pas à plaindre et pourrait même faire des envieux ailleurs dans le pays. Elle tire avantage de l’internationalisation de la ville, chère aux Catalans. Barcelone est en outre la seule ville d’Espagne qui dispose de deux synagogues en activité. L’une d’elle, Atid (« futur » en hébreu) est la première d’Espagne à s’être affiliée à la WUPJ (World Union for Progressive Judaism). Ariel Edery, son jeune rabbin d’origine argentine, gère les affaires courantes et essaie d’ouvrir sa communauté sur le monde.
Dans le Call, Dominique Tomasov Blinder étudie les traces, ténues mais tenaces, de la communauté juive du Moyen-Age. A l’époque, des pierres -déjà taillées, donc facilitant la tâche des ouvriers- du cimetière juif furent dérobées et utilisées pour construire des édifices jouxtant l’imposante cathédrale de Barcelone. Sans en être préalablement avertis, les touristes ne peuvent apercevoir les inscriptions en hébreu érodées par le temps qui figurent sur quelques pierres des murs de certaines églises.
La communauté juive est là et bien là, elle l’a toujours été. Elle est à l’Espagne ce que les vieilles pierres taillées par les Juifs sont à la grandeur de la ville de Barcelone.
Un peu d’histoire…
Au commencement
Dès l’an 70, soit après la destruction du Second Temple à Jérusalem, des milliers de Juifs fuient vers l’Europe, l’Asie et l’Afrique du Nord. Certains s’arrêteront à Barcelone.
Le glorieux XIIIe siècle
Le XIIIe siècle est connu pour avoir été une période florissante et prospère pour les Juifs vivant dans ce qui est aujourd’hui l’Espagne. Le quartier juif de Barcelone était alors constitué de 4.000 âmes, soit près de 15 % de la population de la ville. Les Juifs faisaient le lien entre les cultures orientale et occidentale. Ils ont contribué à transmettre au public les derniers travaux des philosophes arabes. En dépit de cette période dorée, les Juifs furent souvent maltraités par les populations catholiques. En 1391 eurent lieu les premiers massacres, préludes aux évènements dramatiques que l’on connaît.
1492 : Conversion, expulsion ou… mort
A cette époque déjà, les conversions n’étaient pas chose nouvelle. Les Juifs fraîchement convertis étaient placés sous les auspices de citoyens catholiques qui leur prêtaient leurs noms. L’Inquisition n’a donc été que le dénouement d’une pratique répandue depuis plus d’un siècle. En 1492, l’ordre final fut donné, Ferdinand de Castille et Isabelle d’Aragon expulsèrent tous les Juifs hors d’Espagne ou les exécutèrent.
Aujourd’hui
Petit à petit, les Juifs ont commencé à revenir du Maroc et plus tard, d’Amérique du Sud. A l’heure actuelle, on en dénombre plus ou moins 18.000 dans le pays.
Pour plus d’informations :
http://www.urbancultours.com ou info@urbancultours.com
Visites guidées en anglais, en français, en hébreu et en espagnol. Visite de Gérone, du cimetière de Montjuïc, de Tarragone et de la communauté juive de Majorque sur demande.
Pour vous joindre à la congrégation Atid et y célébrer le Shabbat ou pour une simple rencontre.
http://www.atid.freeservers.com