Depuis son lancement il y a dix ans, le mouvement « Boycott, désinvestissements, sanctions » (BDS) ne cesse prendre de l’ampleur. Les Palestiniens ne font pourtant pas forcément tous bloc derrière l’initiative de leur compatriote Omar Barghouti, un natif du Qatar qui a initié cette campagne mondiale de boycott contre Israël le 9 juillet 2005, avec le soutien de 17I ONG palestiniennes.
Le résident palestinien de Jérusalem-Est Bassam Eid fait partie de ceux qui s’opposent vigoureusement au mouvement international de boycott anti-israélien. Ironie du sort, cet activiste engagé dans la défense des droits de l’homme a fait connaître sa position alors qu’il séjournait voilà peu en Afrique du Sud, pour y donner plusieurs conférences. En déclarant qu’à ses yeux, « l’Etat d’Israël n’est pas un régime d’Apartheid », il a littéralement stupéfié son auditoire. Largement repris par les médias sud-africains, ses propos ont même contraint la mission palestinienne de Pretoria à publier une déclaration indiquant que Bassam Eid « ne représentait pas les Palestiniens » et que l’ambassadeur palestinien « attachait une grande importance au mouvement BDS ».
« C’est vrai, je suis un drôle d’oiseau », a confié Bassam Eid au quotidien israélien Yediot Aharonot, dans la foulée de cette mini-tempête médiatique. « Mais tout ce que j’affirme est basé sur des faits ». Une certitude, le parcours de cet activiste atypique donne à réfléchir. Né en 1958 dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem, Bassam Eid a grandi dans le camp de réfugiés de Shuafat, au nord-est de la Ville sainte, avant de s’établir à Beit Hanina, dans la partie orientale. A la fin des années 80, il se rapproche des fondateurs de l’ONG israélienne B’Tselem, et travaille pour l’organisation pendant sept ans.
A l’issue de cette expérience, il décide de fonder sa propre association baptisée Palestinian Human rights monitoring group. Si l’organisation B’Tselem vise à alerter le public et les dirigeants israéliens sur les violations des droits de l’homme (ndlr : impliquant l’armée israélienne) dans les territoires palestiniens, cet organisme a une autre vocation. Sa particularité est de traquer les abus perpétués par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et par le Hamas, dans la Bande de Gaza.
Le triste exemple de SodaStream
« Alors qu’Israël compte de nombreuses organisations œuvrant pour les droits de l’homme, il n’y a en avait pratiquement aucune dans les territoires administrés par l’Autorité Palestinienne », fait valoir Bassam Eid. Lors des premières années de son existence, son organisation a d’ailleurs bénéficié d’un financement important de pays européens, qui lui a permis d’embaucher des chercheurs sur le terrain. Mais il y a cinq ans, cette source budgétaire s’est tarie, et l’organisation a été mise en sommeil.
« Ces dernières années, l’Europe considère qu’Israël est le principal obstacle à la paix, et non pas l’Autorité palestinienne », décrypte l’intéressé qui n’a pas pour autant cédé aux sirènes de l’appel au boycott. « Je suis hostile au boycott, car il finira par nuire aux Palestiniens eux-mêmes ». Bassam Eid en veut pour preuve l’exemple de la société israélienne SodaStream. Sous la pression de BDS, ce fabricant de boissons gazéifiées a fini par fermer son usine de Mishor Adoumim, une zone industrielle située près d’un bloc de colonies juives en Cisjordanie.
Résultat : les employés palestiniens de l’usine se sont retrouvés sans emploi et contraints d’accepter des salaires quatre fois moins élevés aux abords de Ramallah. Tandis que BDS a pris pour cible la nouvelle usine de SodaStream bâtie dans le Néguev au motif qu’elle légitimerait la politique d’expropriation des… Bédouins. Reste que pour Bassam Eid, la véritable solution est ailleurs. « Ce n’est pas la menace du boycott qui forcera Israël à conclure un accord de paix », souligne-t-il. « Le monde doit faire comprendre à Israël ce qu’il a à gagner en mettant fin à l’occupation, plutôt que de relayer les appels au boycott qui ne feront qu’éloigner un peu plus le rêve d’un Etat Palestinien ».
]]>