Bayreuth, son festival, son passé nazi

Ce texte est basé sur un article du site de France-Télévision* traitant de l’exposition « Les Voix étouffées » qui se tient en marge du Festival de Bayreuth et qui retrace le passé antisémite du célèbre festival.

Avant même d’avoir ouvert ses portes, ce 25 juillet 2012, le Festival a été confronté aux fantômes du passé : ses organisateurs ont refusé la présence du chanteur russe Evgueni Nikitine. Ce dernier était pressenti pour tenir le rôle principal du « Vaisseau fantôme » de Wagner.

Sauf que la presse a révélé qu’il portait des tatouages nazis. Le baryton s’est excusé en parlant d’une erreur de jeunesse. Mais les organisateurs n’ont rien voulu savoir. En partie, peut-être, à cause de l’exposition « Les Voix étouffées » présentée dans la ville jusqu’au 19 octobre.

Celle-ci retrace en effet les difficiles relations entre les artistes juifs et ce rendez-vous incontournable de la musique classique. Ainsi en fut-il de Lucian Horwitz, un des plus grands violonistes autrichiens du 20e siècle.

Né à Vienne en 1879, Horwitz avait joué dans l’orchestre philharmonique de Berlin et quelques-uns des plus grands ensembles autrichiens. Aussi était-il logique qu’il fasse partie des artistes triés sur le volet pour faire partie de celui du prestigieux orchestre du Festival.

Mais s’il figurait bien sur la liste des possibles remplaçants pour l’édition de 1924, Horwitz n’a jamais joué dans la fosse couverte de la fameuse « Festspielhaus ». Le chef d’orchestre de Bayreuth à l’époque, Karl Muck, avait mis son veto en raison de ses origines juives.

Horwitz poursuivit sa carrière à Vienne, jusqu’à l’annexion de l’Autriche par les nazis en 1938. Il fut déporté au camp de Theresienstadt, puis à Auschwitz où il mourut en 1944.

Le fondateur du festival créé en 1876, Richard Wagner, même s’il eut toujours d’excellents amis juifs, était un antisémite avéré. Tout comme sa veuve, Cosima, qui reprit le Festival après la mort de son mari en 1883.

Elle n’engageait des artistes juifs que lorsque aucune autre solution n’était possible. Et c’était toujours pour leur trouver des défauts. En 1882, Hermann Levi, chef d’orchestre du dernier opéra de Wagner, Parsifal, s’en plaignait déjà : « Je suis juif. Et quoi que je fasse, c’est à cette aune que je suis jugé. Ils trouvent toujours des objections ou des choses qui ne conviennent pas dans ce que je fais ». De même pour la prodigieuse  soprano Lilli Lehmann.

Wagner l’avait pourtant invitée à plusieurs reprises à interpréter ses héroïnes, mais pour Cosima, elle n’était qu’une « vieille grand-mère juive dénuée de tout talent d’actrice ou du moindre sentiment ».

La situation ne s’améliora certes pas avec la montée au pouvoir d’Hitler qui, comme on le sait, était un fervent admirateur de l’œuvre de Wagner. Il assistait régulièrement au Festival et était un ami personnel de la famille.

Surtout de Winifred Wagner, veuve du fils de Richard et Cosima Wagner. Celle-ci qui avait adhéré au parti nazi dès 1929, était si proche du dictateur qu’on leur prêta une liaison. Sur les dizaines de musiciens d’orchestre, membres du chœur ou solistes évoqués dans l’exposition, douze ont été tués par les nazis.

Ses organisatrices, Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, se sont engagées à ouvrir intégralement  les archives du festival aux historiens pour faire toute la lumière sur son passé nazi. En attendant, si vous passez à Bayreuth…

*http://www.francetv.fr/culturebox/le-festival-de-bayreuth-expose-les-voix-etouffees-dartistes-juifs-109201

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