Beaucoup de bruit pour pas grand-chose

Lancements de missiles, raids aériens, destructions, populations traumatisées, blessés, morts… A nouveau, la bande de Gaza et le sud d’Israël s’embrasent. Qui a commencé et pourquoi ?

Le plus terrible, c’est que cela n’a aucune importance. Dans les futurs livres d’histoire, les affrontements actuels n’auront même pas droit à une note personnalisée en bas de page. Ils seront englobés dans une phrase comme celle-ci :

« Dans les années qui suivirent l’opération “Plomb durci” de 2008-2009,  de nombreux incidents eurent lieu entre Israël et la bande de Gaza ». Juste un nouveau cycle de terreur : assassinats, tirs de roquettes, raids aériens, représailles contre les représailles, etc.  

Suivra, comme toujours, la discussion sur la poule et l’œuf. Qui est venu en premier cette fois-ci ? Et comme toujours, cela dépendra du moment où l’on commencera l’histoire. Si on reste dans le présent immédiat, ce sont sans conteste les Israéliens qui sont responsables.

C’est Tsahal qui a procédé à « l’élimination ciblée » de Zouheir Al-Qaïssi, le chef des Comités de résistance populaire (CRP), le 9 mars. Sauf que pour Israël, l’histoire commence au chapitre précédent.

Au 18 aout 2011 précisément, lorsque les hommes d’Al-Qaïssi ont tué huit Israéliens, dont six civils, dans un triple attentat près d’Eilat. Les Palestiniens rétorqueront que c’était en réaction au blocus de Gaza. Causé par la venue au pouvoir du Hamas, répliqueront les Israéliens. 

A ce train, on se retrouve vite en 1967, en 1948 ou avant. Même débat sur l’intérêt tactique ou stratégique de frapper à ce moment-ci. Pour tel éminent analyste, Israël, après le manque d’accord avec les Etats-Unis sur l’Iran, voulait mettre en évidence ses problèmes de sécurité.

Pour un autre, il s’agissait de faire réagir le Hamas (dont certains chefs avaient proclamé qu’ils resteraient neutres en cas de conflit entre Israël et l’Iran)  et donc de montrer que ce mouvement était toujours inféodé à Téhéran.

Tel autre estime que l’Etat juif a voulu montrer tant au Hamas qu’au Hezbollah libanais que, grâce au bouclier antimissile « Dôme de fer »,  le territoire israélien était désormais à l’abri de leurs menaces.

En face, d’autres analystes, tout aussi éminents, ne sont pas en reste : c’est le Hamas, pour aider l’Iran, qui a lâché la bride aux CRP, une organisation qu’ils contrôlent tous deux en sous-main. Et quel est l’intérêt de l’Iran en ce moment pour agir de la sorte?

De faire baisser la pression occidentale contre lui en détournant l’attention vers un autre front, dit l’un. C’est une façon d’empêcher la réconciliation entre Palestiniens, subodore un autre, tout en bloquant les velléités de reprise du dialogue de Mahmoud Abbas, le président de l’AP.

Un troisième suggère que c’est en réalité un « message » au pouvoir égyptien : n’essayez pas de vous opposer à la contrebande d’armes dans le Sinaï. Pas du tout, le vrai instigateur, c’est le président syrien Bachar Al Assad qui cherche à faire oublier ses propres crimes.

Quoi qu’il en soit, les instigateurs de ces évènements semblent avoir atteint leur but. A moins d’un toujours possible rebondissement, en ce 16 mars, la tension est considérablement retombée.

Si donc on en reste là, il n’y aura eu qu’un nombre limité de victimes : côté palestinien, 19 « combattants » ou « terroristes », six civils dont un vieillard et un enfant. Plus une trentaine de blessés. Côté israélien, quatre blessés, dont trois travailleurs thaïlandais.

Bref, c’est un cycle « de basse intensité », comme disent les militaires, un incident dénué de gravité. Il est bien sûr envisageable que les familles des victimes aient une autre opinion sur la question. Mais cela non plus n’a guère d’importance.

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