Benjamin Netanyahou : une victoire en trompe l’œil

Et ce sont les violents qui l’emporteront. Les sondages se suivent et se ressemblent : Kadima, l’actuel premier parti du Parlement s’effondre de 28 à 2 sièges et c’est la coalition droite-extrême droite-ultrareligieux qui va emporter les prochaines élections.

 

Sauf bouleversement majeur, les jeux sont faits : sur les 120 députés de la Knesset,  la liste Likoud-Israël Beiteinu devrait obtenir entre 35 et 39 sièges. C’est moins que les 43 qu’ils avaient séparément, mais plus qu’assez pour être le pivot du prochain gouvernement. 

En conservant les mêmes alliés, B. Netanyahou devrait se trouver à la tête d’une majorité de 67 à 72 députés : 13 pour le Shass, 6 pour le Judaisme Unifié de la Torah (ultra-orthodoxes) et 12/13 pour Maison juive (sioniste religieux).

Si elle est avérée, cette victoire sera due en bonne part à ce que le quotidien Maariv appelle « la guerre des égos » au centre gauche. Faute d’avoir forgé une alliance qui aurait pu susciter une dynamique victorieuse, les partis de cette tendance ne devraient atteindre que de 52 à 54 sièges.  

Le Parti travailliste de Shelly Yachimovich est crédité de 17/20 sièges (8 actuellement). Quant aux nouveaux partis de Tzipi Livni (HaTnuah) et de Yair Lapid (Yesh Atid), ils pourront se féliciter de leur entrée au Parlement, l’une avec 8-10 députés et l’autre avec 9-11 élus.

C’est joli… pour une opposition. Le grand vainqueur sera donc sans conteste l’actuel Premier ministre, Benjamin Netanyahou, qui se succèdera ainsi à lui-même. Une première depuis Itzhak Shamir (1986-1992).

Mais la victoire de B. Netanyahou risque aussi de marquer le début de sa chute : aujourd’hui (demain) vainqueur sur le terrain, le Premier ministre est d’ores et déjà idéologiquement dépassé par ses extrêmes droites.

« Un Premier ministre fort pour un Israël fort »

Non que M. Netanyahou puisse faire figure de modéré, loin de là. Reste que la pratique du pouvoir l’a au moins mis en contact avec la réalité. Certes, il ne se prive pas de faire fi des pressions d’une planète de plus en plus hostile à sa politique. Mais, du moins, en connait-il l’existence et la puissance.  

Ce ne semble pas être le cas de ceux qui piétinent déjà pour lui succéder. Y compris au sein du Likoud, son propre parti : lors de la désignation des candidats députés de ce parti, fin novembre, c’est l’aile dure, pro-colons, qui s’est emparée de la quasi-totalité des 15 premières places, celles où l’on est assuré d’être élu.

Ce sont donc des députés pour qui la conservation et la colonisation de la Cisjordanie passent avant tout le reste qui vont à présent faire la loi -au sens littéral- au prochain Parlement. Avec l’appui de partis tout aussi coupés des réalités qu’eux.

Le but de tous ces gens est, comme dit Moshé Feiglin le chef de l’ultra-droite du Likoud de « faire du pays des Juifs un pays juif » en « transférant » les non-Juifs hors de Cisjordanie. Et nul ne saurait s’y opposer : ni le reste du monde, ni même le gouvernement israélien.

A leurs yeux, les soldats de Tsahal ont le droit -et même le devoir- de désobéir à quiconque leur ordonnerait de détruire ou évacuer une colonie. B. Netanyahou a manifesté son désaccord en prônant le respect des institutions. Résultat : Maison juive a encore grimpé dans les sondages…

Le Premier ministre a senti le vent du boulet et décidé de mettre en portique la célébre citation de Jean Cocteau* : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ».

Ainsi s’expliquent les récentes rafales d’annonces de nouvelles constructions en Cisjordanie et à Jérusalem… On le voit, question démagogie électorale, tous ces petits jeunes ont encore beaucoup à apprendre de celui dont le slogan est : « Un Premier ministre fort pour un Israël fort ».

D’autant qu’annoncer n’est pas bâtir et, une fois réélu, B. Netanyahou pourra se donner les gants de proposer le gel de l’une ou l’autre proposition d’implantation  pour montrer à tous sa volonté de négocier…

Telle est donc la coupe amère que la population d’Israël va devoir boire jusqu’à la lie ces prochaines années. Seule lueur d’espoir : l’incapacité de ces formations à l’idéologie dépassée et irréaliste de diriger un pays moderne.

Comme les « néo-conservateurs » américains de l’époque G.W. Bush ou les exaltés du Tea Party actuel, l’extrême droite israélienne laïque ou religieuse devrait se fracasser contre le principe de réalité et susciter ainsi le rejet des électeurs qu’ils ont égarés.

Reste à espérer qu’il ne faudra pas, comme dans le cas des Etats-Unis, une ou plusieurs guerres pour qu’elle fasse la démonstration de son incompétence…

*Jean Cocteau : Les Mariés de la Tour Eiffel

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