Bernard Dan : ‘Le garçon du Rwanda’

Le lundi 31 mars 2014 à 12h30, Bernard Dan viendra présenter au CCLJ son deuxième roman Le garçon du Rwanda (éd. de l’Aube), lançant par la même occasion la semaine de commémoration du 20e anniversaire du génocide des Tutsi. Rencontre avec ce neuropédiatre-écrivain qui ne nous a certainement pas encore tout dit.

La recherche des racines et le questionnement des origines, comme dans votre premier roman Le livre de Joseph (qui vient d’être réédité dans la collection « Aube Poche »), constituent la base de ce deuxième roman. Est-ce aussi une quête personnelle?
Dans une certaine mesure, vous avez raison, Le garçon du Rwanda présente la suite de la quête initiée dans mon premier roman. Dans Le livre de Joseph, le narrateur était seul, avec les bribes de sa culture, sa vanité et son humour, et il s’efforçait d’inventer un sens à sa vie. Ici, ils sont deux et ils apprennent à se raconter. Ils veulent trouver où ils en sont, alors qu’ils ne savent pas vraiment d’où ils viennent. Ce qui arrive alors à mes personnages dans Le garçon du Rwanda, c’est qu’ils vont croiser leurs chemins et poursuivre leur route ensemble.

La rencontre entre Camille ‘Samembe’ et Esther est une histoire d’amitié, mais aussi celle de deux solitudes. La solitude des rescapés ? Vos voyages au Rwanda vous ont-ils ouvert les yeux sur cette réalité?
C’est la solitude de chacun et c’est en effet surtout celle des rescapés. La solitude porte en elle le terrible, mais aussi l’espoir de tous les possibles. Comment peuvent-ils vivre sans comprendre, partager sans être compris, parler par le silence, puis au travers du silence ? C’est ce que j’ai commencé à apprendre au Rwanda. Quand j’ai vu le lac Kivu pour la première fois, un ami rwandais m’a dit qu’il avait peur que le lac explose. C’est parce qu’il se charge insidieusement de petites bulles de méthane et tout pourrait sauter soudainement. C’est une terrible métaphore. On ne peut prévenir la catastrophe qu’en créant des ponts. Esther et Camille sont guidés par leur rencontre, par leur amitié. Je conçois l’amitié comme Esther dans son poème : « Amitié / comme un pont déposé /entre deux qui sont un / double ».

Comme Jean-Paul avait su mettre à profit le fait d’être bloqué dans un aéroport à Varsovie (Le livre de Joseph), dans Le garçon du Rwanda, votre héroïne se retrouve contrainte à passer plusieurs nuits dans un laboratoire du sommeil. Et elle aussi parvient à en tirer le meilleur. La résilience est-elle selon vous un réflexe ou un devoir ?
Pour moi, c’est une piste, un chemin pour dépasser ce qui est trop grand, trop lourd. Mes personnages semblent y accéder naturellement, mais ils portent un message pour le lecteur, celui de toujours rebondir et de pouvoir sauter plus loin. Esther aime les philosophies, et notamment le Tao : à chaque confrontation, elle absorbe l’énergie et reste constante, mais plus forte malgré sa maladie. Pour Esther, comme pour Jean-Paul, il n’est pas question de se laisser enfermer. Alors elle reprend les contes de son enfance et les continue avec sa propre voix et sa propre vie. C’est par le conte aussi que Camille parvient à évoquer pour elle le Rwanda. Leur secret, c’est peut-être le temps : tant celui offert à Jean-Paul par la grève à Varsovie, que celui que se ménage Camille en travaillant la nuit et la lucidité de l’insomnie imposée à Esther.

Le temps est d’ailleurs très maîtrisé dans vos romans, comme si la vie ne laissait finalement que peu de place aux hasards…
Au contraire, je pense que tout survient absolument au hasard. Mais si la vie peut être liberté et appropriation de son chemin, alors on peut articuler ce qu’on perçoit en y instillant son propre sens, à sa guise. C’est comme ça que je vis et c’est ainsi que j’écris.

Découvrez le programme complet de la semaine de commémoration organisée du 31 mars au 4 avril au CCLJ.

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