Bernard- Henri Lévy : Erdogan a « fumé la moquette »

L’écrivain a assez vertement répondu* dans une interview au journal d’opposition turc Cumhuriyet, aux accusations du 1er Ministre Erdogan à son égard (: http://www.cclj.be/article/3/4696 ).  Extraits.

 

 

Pourquoi pensez-vous qu’Erdogan a donné votre nom et vous a tenu responsable du renversement de pouvoir en Egypte?

Erdogan délire. En France, dans mon pays, on dirait qu’il a  « pété un câble ». Ou qu’il a « fumé la moquette ». Oui, franchement, tout le monde, en France, aux Etats-Unis, se tord de rire….

Avez-vous un tel pouvoir ? Y a-t-il un homme au monde qui ait le pouvoir de changer le gouvernement d’un autre pays?

Bien sûr que non ! Et c’est bien ce qui rend cette affaire grotesque. Schéma classique. On est face à un phénomène qu’on ne comprend pas. On perd un peu les pédales. On perd, aussi, un poulain, les Frères Musulmans, sur lequel on misait de grandes ambitions.

Et hop ! Dans l’affolement, on cherche une cause simple. C’est-à-dire diabolique. Et dans le genre «causalité diabolique» on n’a encore jamais trouvé mieux que les inusables «Protocoles des Sages de Sion » Tout cela est lamentable.

On dit, tout de même, qu’Israël soutient le pouvoir militaire…
Peut-être. Je n’en sais rien. Mais Israël c’est Israël. Et moi c’est moi. Et l’attaque stupide d’Erdogan est venue le jour même où paraissait, dans divers journaux d’Europe et hors d’Europe, un éditorial où je disais combien j’étais horrifié par le bain de sang dont le Caire venait d’être le théâtre…

Vous avez néanmoins dit, dans cette conférence avec la ministre israélienne Tzipi Livni, que vous étiez opposé à l’accession au pouvoir, en Egypte, des Frères Musulmans.
J’ai dit qu’un grand peuple (et le peuple égyptien est un grand peuple…) doit avoir un autre choix que, d’un côté, le retour des généraux de Moubarak et, de l’autre, la revanche des barbus islamistes, obscurantistes, haïsseurs des femmes et de toutes les libertés. C’est ma position personnelle. Et c’est celle du meilleur de la société égyptienne d’aujourd’hui. (…)

Quel fut votre principal message pendant cette conférence?
Que les démocraties n’avaient pas à avoir peur des printemps arabes. Israël étant une démocratie, le message s’adressait donc aussi à lui.. C’est toujours une bonne nouvelle, pour un pays libre, de voir d’autres peuples, des peuples voisins, reprendre pour leur propre compte le flambeau de la liberté.

Membre depuis 40 ans de ce qu’on appelle le «camp de la paix», partisan d’un Etat palestinien à côté d’un Israël en sécurité, je disais : «n’ayez pas peur ; saisissez cette chance historique que vous offrent les printemps arabes…»

Avez-vous dit que «les Frères musulmans ne devraient pas être autorisés à gouverner, même en cas de victoire aux élections»?
J’ai dit qu’il était clair, vu leur idéologie, qu’ils confisqueraient le pouvoir à des fins idéologiques ; qu’ils établiraient, pas à pas, un Etat religieux totalitaire ; qu’ils noyauteraient l’Etat et l’administration ; bref, qu’ils aboliraient cette démocratie naissante qui leur avait permis de s’emparer du pouvoir.

Comment le saviez-vous ?
Parce qu’ils ne s’en cachaient pas. Les élections, la démocratie, n’étaient, pour eux, qu’une étape, un pur moyen d’accéder au pouvoir. Comme toujours chez les Frères Musulmans. Comme toujours chez les islamistes.

Les élections sont-elles indispensables à la démocratie ? Qu’est-ce qui est indispensable à la démocratie ?

Il n’y a pas de démocratie, bien sûr, sans élections. Mais je vous le répète : la démocratie c’est, aussi, l’instauration d’une société ouverte et plurielle, le respect de la liberté individuelle, celui de la liberté de pensée, de la liberté religieuse, de la liberté des mœurs. C’est, last but not least, le respect par le parti au pouvoir de l’opposition et des minorités. Vous voyez, dans ce que je viens d’énumérer, quelque chose qui serait cher aux Frères Musulmans ? (…)
 

Y a-t-il une relation entre votre judaïsme et votre antipathie pour les Frères Musulmans?

Je suis juif, oui. Profondément juif. Mais, au risque de vous décevoir, je ne crois pas que ce soit là l’origine de mon antipathie. Vous connaissez l’histoire des frères Musulmans ? Ils naissent, en 1928, comme une sorte de version arabe du nazisme.

On croit souvent que le nazisme fut une affaire exclusivement européenne. C’est faux. Il y eut aussi un nazisme arabe – et qui fut incarné, à l’époque, par les premiers Frères Musulmans, ceux d’al-Banna

De l’eau a coulé sous les ponts, bien sûr. Et les Frères Musulmans d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Mais, pour moi, c’est une raison suffisante pour me méfier d’eux.(…)
 

Avez-vous un lien avec les services d’intelligence israéliens ?

C’est une blague ? Ou vous êtes sérieux ?

*http://laregledujeu.org/2013/08/26/13942/reponse-de-bernard-henri-levy-a-recep-tayyip-erdogan/

Dossier

– Introduction : Le Moyen Orient en trois complots et deux conspirations : http://www.cclj.be/article/3/4697

 – Comment Erdogan a découvert la main d’Israël… et de B -H.L. dans la chute de Morsi : http://www.cclj.be/article/3/4696

-Bernard- Henri Lévy : Erdogan a « fumé la moquette » :  http://www.cclj.be/article/3/4695

– Syrie : Comment Shimon Pérès veut créer la « Grande Sion » : http://www.cclj.be/article/3/4693

 – Thierry Meyssan : des attaques chimiques ? Quelles attaques chimiques ? :  http://www.cclj.be/article/3/4692

« Baltaguiyya » : le mot qui a permis à Tarik Ramadan de découvre un complot :  http://www.cclj.be/article/3/4691

– L’agenda caché d’Israël : « pax britanica », « pax americana », « pax judaïca » : http://www.cclj.be/article/3/4690

 

 

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