BHL entarté, une agression aux relents antisémites ?

Alors qu’il se trouvait en Belgique en mai dernier, où il prononçait une conférence consacrée à Baudelaire, Bernard-Henri Lévy a été victime d’une énième agression de la part de Noël Godin dit « l’entarteur ».*

Prétendument potache le procédé consiste à écraser une tarte à la crème sur le visage de la victime et à travers cette dernière de ridiculiser les « maîtres du monde » ou prétendus tels. Pour cette huitième attaque commise contre l’écrivain, Noël Godin se justifie par le fait que Bernard-Henri Lévy avait témoigné contre Siné lors du procès l’opposant à ses anciens camarades de « Charlie-Hebdo ».

Siné qui, rappelons-le, avait été écarté du journal satirique pour un article jugé antisémite. Or, jure Noël Godin, jamais Siné n’a tout au long de sa carrière versé dans le moindre antisémitisme, le témoignage de BHL apparaissant dans ces conditions comme celui d’un manipulateur usant de sature de « figure morale ». Le seul problème est que Siné a non seulement eu des propos antisémites dans le passé mais surtout a été condamné pour cela.

La revue La règle du jeu vient d’ailleurs d’en rappeler les passages les plus significatifs : « Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer, je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs…je veux que chaque Juif vive dans la peur sauf s’il est pro-palestinien. Qu’ils meurent ! » C’était dans les années 1980 sur les ondes d’une radio libre.

Et Noël Godin dans tout ça ? C’est pour sa part dans les rangs d’un mouvement néo-fasciste aujourd’hui disparu, Jeune-Europe, que Noël Godin a commencé son apprentissage politique si l’on peut dire. Jeune-Europe était dirigé par Jean Thirart, collaborateur avec l’Allemagne nazie pendant la guerre (il dirigeait une association à l’intitulé pour le moins explicite : Les amis du Grand Reich allemand) qui dans les années 1960 posa les bases d’une nouvelle doctrine fasciste pour l’Europe, préconisant l’alliance avec le monde arabe et l’apaisement avec la Russie soviétique.

Un passé remis en lumière il y a une quinzaine d’années entre autres par Luc Michel, héritier politique de Thiriart : « Godin[…] a suivi Jean Thiriart jusqu’à la fin des années 60, figurant parmi les meilleurs militants de l’Organisation à laquelle il est resté fidèle après le tournant de 1965[…] Thiriart, natif de Liège et bon bruxellois, aimait les grasses plaisanteries, la « zwanze » comme on dit à Bruxelles, et appréciait particulièrement les attentats pâtissiers de Godin, dont il gardait, à l’inverse de beaucoup d’autres, un excellent souvenir. Je me rappelle particulièrement d’une soirée de travail au domicile de Thiriart, ou entre deux discussions, nous avions eu le regard attiré par l’entartage de Bernard-Henri Lévy diffusée lors du journal télévisé. Je me rappelerai toujours le rire homérique qui nous avait secoué. On présente souvent à tort Godin comme un anarchiste. Il est en fait l’un de ces « anarques » que célébrait Ernst Jünger, et que Thiriart aimait tant. » (L’Europe communautaire n°18, décembre 1999).

Quelques lignes auxquelles celles et ceux qui aiment rire, pensant à une plaisanterie « innocente », devant le visage d’un homme enduit de crème, feraient bien de réfléchir.

*Article publié dans les Cahiers Bernard Lazare N°372-373

]]>