Le projet de loi de B. Netanyahou tendant à remplacer « « Israël, État juif et démocratique » par « Israël, État-nation du peuple juif » ne changera rien pour les Juifs du pays. Il ne sera d’ailleurs jamais adopté par la Knesset et chacun, y compris lui, le sait.
Qui ne connait la très rebattue différence entre un homme d’État et un politicien (le 1er songe à la prochaine génération, le second à la prochaine élection) ? On pourrait compléter la réponse en ajoutant que le second est prêt à tout pour conforter son pouvoir.
A cette aune, Benjamin Netanyahou est sans nul doute le meilleur politicien du pays, voire de l’univers. Car, avec sa proposition de loi tendant à modifier la définition de l’État d’Israël, il rafle avec aisance aux Français leur titre envié de « droite la plus bête du monde »
Pour rappel, ce « projet de loi sur la nationalité » entend remplacer au travers d’une « Loi fondamentale»*, les termes de la Déclaration d’Indépendance de 1948 : « Israël est un État juif et démocratique » par « Israël est l’État-nation du peuple juif. »
Dans la foulée, le texte réserve les « droits nationaux » aux seuls Juifs. (L’hymne national, le drapeau, doivent être juifs, la loi du Retour est réservée aux Juifs Et les jours fériés seront ceux des fêtes juives.
D’autre part, le système juridique devra être inspiré par la « halakha », la loi religieuse juive. Quant à l’arabe –parlé par 20% de la population- il cesse d’être une des deux langues officielles du pays tout en conservant un « statut spécial ».
Bien entendu, sauf à être un mauvais Israélien (un gauchiste, un mauvais Juif, voire un traître empli de haine de soi), nul ne peut douter que ce projet a été déposé par le 1er Ministre dans le seul et unique intérêt supérieur du peuple et de l’État d’Israël.
C’est donc ce que sont les membres de tous les partis de gauche qui sont vent debout contre le projet. Ainsi que six des 22 ministres du gouvernement actuel, ceux de Hatnua (Tzipi Livni et de Yesh Atid (Yair Lapid), qui ont refusé de le voter.
Et le Conseiller juridique du gouvernement, Yehouda Weinstein qui estime que le texte « affaiblit le caractère démocratique d’Israël ». Et même Reuven Rivlin, le président de l’État, « likoudnik » de toujours, mais à l’ancienne mode, celle où l’on était de droite ET démocrate.
Quoi qu’il en soit, R. Rivlin s’interrogé publiquement : « Nous devons nous demander sérieusement quel est l’intérêt de cette loi ». En voilà une question qu’elle est bonne. A preuve, elle est reprise par le quotidien (de droite lui aussi) Yediot Aharonot :
«Pourquoi avons-nous besoin de cette loi ? Est-ce qu’Israël souffre d’un déni de reconnaissance de son caractère ? « La résolution de l’ONU sur la partition de la Palestine (1947) utilise à 29 reprises le terme « État juif »
Comme si Israël manquait d’ennemis
Tout comme la Déclaration d’Indépendance de 1948 qui proclame « la fondation de l’État juif dans le pays d’Israël ». Et toutes les initiatives de paix reconnaissent Israël comme l’État-nation du peuple juif
De la même façon, l’hymne du pays, son drapeau, les jours fériés sont déjà juifs depuis la création de l’État. Si la «Loi du Retour » était applicable à des non-Juifs, cela se saurait. Les seuls réels changement sont donc l’arabe ne serait plus une langue officielle.
Et que l’adjectif « démocratique » ne serait plus au même niveau que « juif » pour qualifier l’État d’Israël. Pourquoi alors lancer ce débat alors que Jérusalem est sous tension et qu’aucun des dangers menaçant le pays n’a disparu ?
Il semble bien que ce soit parce que le seul intérêt supérieur que connaisse B. Netanyahou, c’est le sien. Des élections internes vont bientôt avoir lieu au Likoud et ce projet de loi lui permet de donner des gages à l’extrême-droite de plus en plus puissante dans son parti.
De même, le 1er Ministre l’utilise-t-il afin de récupérer un électorat de plus en plus séduit par les positions ultranationaliste de Naftali Bennett (Maison Juive) et de séduire les ultra-orthodoxes qui rêvent de mettre davantage de judaïsme (religieux) dans l’État
Car, selon nombre de commentateurs israéliens, la coalition actuelle est au bord de l’implosion et des élections anticipées pourraient avoir lieu dès l’an prochain. Que B. Netanyahou entend gagner à tout prix. Dans l’intérêt supérieur d’Israël, cela va de soi.
Moyennant quoi, il est prêt à se voir décrié une fois de plus par ceux qui sont encore ses « alliés », États-Unis en tête. Et à laisser l’image du pays se dégrader un peu plus. Sauf dans quelques dictatures, remplacer « démocratie » par « nation » risque peu d’être populaire.
Peu lui importe aussi de fâcher les laïcs à dos avec cette obligation pour la justice de recourir, en dernier ressort à la loi juive, qui pourrait bien, à terme, accroître incommensurablement le pouvoir des tribunaux rabbiniques.
Ou encore de se mettre à dos la minorité arabe du pays, 20% de la population tout de même. Déjà, ceux-ci sont tiraillés entre leur État et leur peuple. Ceci étant, même s’ils se considèrent toujours (à raison) comme encore discriminés, leur situation s’est tout de même améliorée ces dernières années.
Mais si on explique à ces Arabes que sous peu , les Juifs israéliens seront plus égaux qu’eux, ils pourraient bien se détourner définitivement d’un Etat qui les considère officiellement comme inférieurs. Comme si le pays manquait d’ennemis…
Et ces minorités qui, comme les 120.000 Druzes du pays, se battent pour Israël depuis la guerre d’Indépendance ? Bonne question de Yaïr Lapid : « Qu’allons nous dire à la famille de Zidan Saif **? Que nous faisons passer une loi qui va les transformer en citoyens de 2ème classe ? »
Dernier point : ce projet de loi n’aboutira jamais. Il sera enterré ou tellement modifié qu’il n’aura plus rien à voir avec son sens initial. Tout le monde, y compris le 1er Ministre, le sait. C’est juste de la gesticulation, le niveau zéro de la politique.
Jouer avec la Constitution, piétiner les valeurs du pays, accroître le nombre de mécontents, réduire celui des fidèles, tout cela pour conserver le pouvoir… Allons, personne, même en France, n’arrive à la cheville de Bibi 1er, Roi des politiciens
*Onze « Lois fondamentales servent pour l’heure de Constitution à l’État d’Israël
** Zidan Saif : policier druze tué dans la dernière attaque terroriste contre une synagogue de Jérusalem en protégeant les fidèles juifs
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