Bons baisers de Téhéran

Un nouveau documentaire israélien se penche sur les relations entre Jérusalem et l’Iran du temps du Shah Reza Palhavi et les spectateurs n’en sortent pas indemnes.

Il y a à peine trente-cinq ans, les Israéliens étaient chez eux en Iran. Les deux pays avaient conclu une alliance politico-militaire stratégique, les grandes entreprises de travaux publics raflaient les chantiers commandés par le Shah Reza Palhavi, l’armée impériale se fournissait auprès des  industries spécialisées israéliennes et des dizaines de milliers d’expatriés faisaient fortune à Téhéran avant de rentrer dans l’Etat hébreu pour acheter des appartements avec les économies accumulées en quelques mois.

Tout  cela semble évidemment incroyable aujourd’hui, mais à l’époque, l’ambassade d’Israël à Téhéran était fréquentée par le gratin du régime, y compris des membres de la famille du Shah, et les Israéliens étaient tellement nombreux à travailler dans ce pays lointain qu’il avait fallu ouvrir une école spéciale pour leurs enfants.

C’est cette histoire mal connue que raconte le réalisateur Dan Shadur dans son film Before the revolution, un travail fortement remarqué durant Docaviv, le festival du film documentaire de Tel-Aviv qui vient de fermer ses portes jusqu’à l’année prochaine.

Pépinière de talents inconnus, Docaviv a notamment propulsé The Gatekeepers et Five broken cameras sur la scène internationale. En 2013, Before the revolution, qui vient d’être présenté à Toronto, semble destiné à suivre le même chemin.

Né en Iran, de parents israéliens en poste à Téhéran pendant quelques années, Shadur a vécu l’aventure de l’intérieur. Pas longtemps cependant, puisqu’il est revenu à Tel-Aviv  avec sa mère en 1978, lorsque le régime du Shah a commencé à vaciller.

Basé sur le témoignage d’Israéliens interviewés face caméra et sur des extraits de films 8mm réalisés à l’époque, Before the revolution n’est pas un documentaire nostalgique s’apitoyant sur « le bon vieux temps ». Il montre au contraire que les Israéliens envoyés en Iran par leur entreprise ou par leur administration étaient complètement déconnectés de la réalité locale. Qu’ils ne croisaient jamais les Iraniens de souche à part leurs domestiques et les officiels dans les réceptions.

De l’ex-agent de sécurité de l’ambassade à l’ancien chef de la station du Mossad à Téhéran (alors la plus importante de la région), de l’homme d’affaires opportuniste au conseiller agricole venu monnayer ses connaissances en matière d’irrigation, la plupart des intervenants reconnaissent que Jérusalem a probablement eu tort de soutenir un régime aussi corrompu que celui du Shah. De jeter les bases de son industrie nucléaire -la première centrale iranienne a été construite avec l’aide israélienne-, de coopérer dans la fabrication de missiles, et de « conseiller » la Savak, la sinistre police politique qui faisait régner la terreur dans la population au nom de la lutte anticommuniste et anti-islamiste.

Certes, Before the revolution n’est pas un pamphlet politique. C’est avant tout un film profondément humain. Mais au fil des confessions des uns et des autres, Shadur , qui procède par petites touches intimistes, nous aide à mieux comprendre pourquoi Israël -le « petit Satan »- est tellement détesté aujourd’hui en Iran.

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