Boycott des universités israéliennes, qui y perdra?

Ce 30 avril 2013 à l’ULB, le Cercle BDS propose un « débat » intitulé « BDS contre l’apartheid israélien, quelles perspectives ? », avec une attention particulière portée au boycott académique. Une précision qui ne peut qu’inquiéter les défenseurs de la solution « deux peuples, deux Etats » et fervents opposants au boycott que nous sommes. Le milieu académique constituant un vivier de militants de gauche, qui considèrent l’occupation comme un obstacle majeur à la résolution du conflit.

« BDS », trois initiales pour « Boycott, Désinvestissement et Sanctions » : boycott des produits, sociétés, universités et artistes soutenant l’occupation, désinvestissement des entreprises belges qui investiraient dans l’occupation, et sanctions contre l’Etat israélien, bien sûr. C’est de ce vaste sujet dont débattront ce mardi 30 avril à l’ULB Michel Collon,  journaliste, essayiste et fondateur du collectif Investig’Action (« obsédé du complot » selon Caroline Fourest) et Omar Barghouti, académicien palestinien initiateur de BDS. « Tout autre interlocuteur qui s’était publiquement prononcé contre le boycott s’étant révélé indisponible », nous précise Joaquin Dafonseca du mouvement Intal (mouvement de solidarité international) qui fait partie des organisateurs avec le Cercle BDS reconnu par l’ULB depuis bientôt un an, et les traditionnels COMAC (jeunes du PTB) et JAC (jeunes anticapitalistes).

« Pourquoi et comment boycotter ? Que pouvons-nous faire en tant que citoyens ? » seront les questions abordées, avec celle-ci plus inquiétante encore : « Les universités belges peuvent-elles défendre la paix au Moyen-Orient tout en entretenant des relations avec des universités israéliennes ? »

Si le syndicat d’enseignants irlandais a voté à l’unanimité le boycott académique contre Israël lors de son congrès annuel du 4 avril 2013, les universités belges de leur côté poursuivent leurs échanges et partenariats scientifiques avec Israël et on ne peut que s’en réjouir. « L’absurdité de la mesure si elle est adoptée, c’est qu’elle frappe des chercheurs qui sont majoritairement favorables à la fin de l’occupation israélienne et à la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël », souligne Denis Charbit, professeur à l’Open University de Tel-Aviv. « Ils se trompent de cible, assurément », estime-t-il. « Au demeurant, il y a un aspect que l’on ne prend jamais en compte dans cette affaire et qu’illustre le cas irlandais. Si le boycott scientifique est mis à exécution, qui y perdra vraiment ? Israël ? Et si c’était plutôt l’Irlande? Je refuse, pour ma part, de mettre sur le même plan le boycott des produits en provenance des implantations, et non parce que je suis opposé à la colonisation. Si par boycott on entend des campagnes d’incitation à ne pas acheter des produits, cela signifie qu’on laisse, en dernière instance le consommateur libre, de décider d’acheter ou non le produit. Le boycott de la coopération scientifique n’offre pas une telle option : on n’invite plus de chercheurs israéliens, un point c’est tout ».

Deux poids, deux mesures 

Illégal en Israël, le boycott des produits des implantations est pratiqué d’une manière discrète par tous ceux qui entendent protester contre l’occupation. L’Union européenne s’apprête pour sa part à signaler par des étiquettes la provenance des produits, « ce qui constitue un boycott soft, alors qu’aucun gouvernement ou Parlement de quelque pays européen que ce soit envisage de boycotter les universités israéliennes », relève Denis Charbit. « Certains diront que ce distinguo subtil est risqué, qu’un boycott soft peut bien se prolonger en boycott général. Mais cet argument est aussi crédible que ceux qui avancent que tout est affaire de rapport de forces et que seul un boycott pourrait déterminer Israël à changer de politique, comme cela a été le cas pour l’apartheid. C’est ce précédent qui nourrit la revendication ».

Philosophe et professeur émérite de l’ULB, Guy Haarscher s’indigne du fait que « « les pro-BDS » considèrent tout Israélien, même partisan de La Paix Maintenant comme un collaborateur du système. La cible est donc mauvaise… et puis il y a le « deux poids, deux mesures », fait-il remarquer. « On fait des missions en Chine dont personne ne se plaint… au contraire, on s’en glorifie ». Denis Charbit nuance tout en arrivant à la même conclusion : « On peut distinguer ceux qui s’indignent d’une telle décision qui frappe Israël alors que la Syrie, la Chine ou l’Iran y échappent et ceux qui estiment qu’au regard de la poursuite de la colonisation en général et suite à la décision de reconnaître le collège académique d’Ariel comme université en particulier, nous le méritons bien. Mais le boycott ne fera nullement avancer la cause de la paix ».

Mardi 30 avril à 19h30 à l’ULB (local H2215), av. Paul Héger, 1050 Bruxelles.

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