Bozar : « The Power of Fantasy »

A l’occasion de la présidence polonaise de l’Union européenne, l’exposition d’art contemporain de Pologne au BOZAR révèle le dynamisme créatif d’artistes qui incitent à repenser les traditions et l’identité nationale de leur pays, aussi dans ses rapports à l’histoire juive.

Cet été, alors que l’artiste israélienne Yael Bartana représente la Pologne à la Biennale de Venise, The Power of Fantasy, « Le pouvoir de l’imagination », offre un panorama de la création contemporaine polonaise au Palais des Beaux-Arts. Fils rouges de cette exposition thématique, le fantastique et le magique, la folie et l’absurde, ainsi que ce rapport étroit à l’histoire et à la mémoire pour des artistes dont la carrière commence le plus souvent après la chute du communisme. L’exposition évoque les liens entre la pratique de ces créateurs contemporains et les travaux de grands précurseurs tels Bruno Schulz (1892-1942), dont les dessins de son chef-d’œuvre, Le Livre idolâtre, peuplés de femmes mystérieuses et dominatrices, révèlent le fascinant imaginaire érotique. L’héritage de cet écrivain et artiste juif ne cesse d’inspirer la création contemporaine polonaise.

Pour les artistes représentés, l’imagination ne sert pas à fuir le réel, mais permet un dialogue critique avec la vie quotidienne dans tous ses paradoxes et s’inscrit dans la continuité d’une tradition culturelle de dissidence politique face à l’oppression. L’art critique d’artistes réputés, tels Zbigniew Libera, Piotr Uklanski, Robert Kusmirowski, Wilhelm Sasnal, Artur Zmijewski ou Pawel Althamer, s’interroge sur la place de l’Histoire dans la conscience nationale et dialogue avec les grands traumatismes de la mémoire polonaise, en particulier la Shoah. Parfois déroutants, ces artistes nés après la disparition des Juifs en Pologne veulent explorer ce monde englouti dont ils ressentent l’absence au présent.

Déroutant

Remarqué à la Biennale de Venise (2005), à la Documenta (2007) et commissaire de la Biennale de Berlin en 2012, Artur Zmijewski privilégie la vidéo pour documenter le processus de ses œuvres qui traitent de sujets difficiles, en rapport au corps, aux handicaps, à la mémoire et ses cicatrices. Plusieurs projets touchent aux relations judéo-polonaises et à la guerre 39-45. Citons sa vidéo Berek (1999), projetée à l’exposition, déroutante partie de « touche-touche » entre des hommes et des femmes nus, de différents âges, filmés dans deux pièces nues, dont une ancienne chambre à gaz ! Dans Zeppelintribune(2002), visite d’un haut lieu du nazisme à Nuremberg, l’artiste s’interroge sur le pouvoir des symboles nazis.

Pielgrzymka, « Pèlerinage », filmé par Zmijewski et Pawel Althamer fin 2003, documente la participation de ces deux artistes à un pèlerinage polonais en Israël et capte les propos antijuifs des pèlerins et de leur prêtre alors qu’ils visitent les lieux saints du christianisme et l’Avenue des Justes à Yad Vashem. Dans Our Songbook, « Notre chansonnier » (2003), Zmijewski rencontre dans un home à Tel-Aviv des Juifs polonais qui ont quitté la Pologne avant la guerre et auxquels il demande de chanter des chansons polonaises de leur enfance. Il révèle ainsi comment ces citoyens israéliens préservent malgré eux la mémoire de l’hymne national polonais, fragment d’un discours qui, en Pologne,  constitue le lien identitaire par excellence.

Dans 80064 (2004), un projet polémique, Zmijewski propose à un Polonais, survivant d’Auschwitz, de faire restaurer son numéro matricule de prisonnier dans un studio de tatouages. Il filme les hésitations du vieillard qu’il réussit à convaincre de la nécessité de restaurer son tatouage, un patrimoine vivant, pour aider à préserver la mémoire des crimes nazis. Enfin, dans son long métrage Repetition (2005), l’artiste remet en scène l’expérience célèbre du psychologue Philip Zombardo (1971) visant à observer les relations du pouvoir et la genèse de la violence déshumanisante parmi un groupe de sujets qui jouent le rôle de prisonniers et de geôliers dans des conditions carcérales : victimes et bourreaux d’un test létal qui transforme le bon citoyen en tortionnaire.

Signalons aussi au BOZAR, une exposition retraçant la carrière de Roman Polanski en photos, documents d’archives et affiches de ses nombreux films. Enfin, le Centre d’Art Contemporain Wiels présente l’œuvre d’Alina Szapocznikow (1926-1973), artiste juive polonaise, que son œuvre sculptée très singulière situe entre le Surréalisme, le Nouveau Réalisme et le Pop Art.

Expositions d’Art polonais

The Power of Fantasy : Modern Art and Contemporary Art from Poland

jusqu’au 18.09.2011
Mar.-Dim. 10h à 18h (Je. 10h-21h)

Roman Polanski. Acteur et réalisateur

du 10.11.2011 au 08.01.2012

Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
Entrée gratuite – www.bozar.be

Alina Szapocznikow

10.09.2011-08.01.2012 – Ma.-Di. 11h-18h

Wiels, Av. Van Volxem 354, 1190 Bruxelles
www.wiels.org

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