On ne les connaissait pas et pourtant les voici devenus des amis, des proches que l’on pleure. Eux : deux Israéliens, une Française que la mort a réunis dans l’entrée du Musée Juif de Bruxelles. La quatrième victime, un jeune Belge, est toujours dans « un état très critique ».
Ils n’avaient en commun que d’être dans ce lieu, le Musée Juif de Bruxelles, et même pas pour les mêmes raisons : eux, Myriam et Emmanuel Riva (53 et 54 ans) venaient de Tel Aviv où ils étaient employés au Ministère des Finances.
Ils y avaient laissé leurs deux filles de 16 et 15 ans, le temps de quelques vacances, le temps de découvrir Bruxelles, capitale de l’Europe et sa mémoire juive. Lui, Alexandre Strens, 24 ans, y travaillait, quoique depuis quelques mois à peine.
Selon une proche, lui qui avait un père kabyle et une mère juive, était « très attaché à la culture juive ». D’après ses collègues de travail, c’était aussi « un garçon plein de vie, toujours souriant ».
Elle, la Française se nommait, semble-t-il*, Dominique Chabrier. Elle avait 67 ans et faisait la navette entre son appartement d’Uccle et le sud de la France. Quand elle était ici, cette personne tranquille, discrète, travaillait de temps en temps comme bénévole au Musée.
Et puis, il y a eu cette belle journée de printemps, ce 24 mai 2014, à 16h. Et ce type «de corpulence moyenne, se déplaçant avec souplesse », selon la police, est arrivé rue des Minimes, au cœur de Bruxelles.
Le visage dissimulé sous une casquette et des lunettes de soleil, il était venu dans ce lieu juif, pour assassiner des Juifs. Alors, il est entré, il a sorti une kalachnikov d’un sac noir. Il a tiré, il a tué puis il s’est enfui.
Par terre, gisaient trois cadavres et Alexandre, une balle dans la tête, qui agonise toujours. Trois vies disparues en un instant et, comme chaque fois que l’on tue des innocents, ces questions qui tournent en boucle, ces idées qui brisent le cœur :
Qui ? Pourquoi ? Dans quel but ? Un néo-nazi qui espère accélérer l’avènement d’un IVe Reich ? Un émule de Mohammed Merah, le tueur de Toulouse, pour aider la cause de la Palestine ? Un cinglé, un illuminé, un abruti ? Tout cela à la fois ?
La police le retrouvera, tôt ou tard, ici ou ailleurs. Elle l’arrêtera ou le tuera s’il se défend. A son procès, pour se justifier, il marmonnera d’interminables explications, comme Carlos -le chacal- ou tant d’autres dont on ne sait même plus qu’ils pourrissent en prison.
Mais leurs victimes n’en ressusciteront pas pour autant. Leurs proches resteront brisés. Et cela aurait pu être –ce pourrait être une autre fois- vous, moi, un être que vous aimez. Peur, incompréhension, colère….
Voilà pourquoi, comme plus de 1500 personnes, on s’est retrouvé ce dimanche 25 mai à la cérémonie d’hommage organisée par le CCOJB** devant le Musée. Besoin de ne pas être seul, de partager, d’exorciser. De défier le mal aussi.
Ce fut un triste mais réconfortant moment. Avec des rituels familiers et apaisants : saluer dans la foule ceux qu’on connaissait, entonner le kaddish, la prière des morts, allumer une bougie, fredonner l’Hatikvah et la Brabançonne…
Un regret cependant: on aurait aimé que tout le monde entende les discours qui furent à la fois émouvants et de haute tenue et pas seulement ceux qui étaient proches des orateurs. N’aurait-on pu prévoir un micro, deux haut-parleurs voire un simple mégaphone ?
Mais qu’importe, on a vu, et cela aussi était consolant, que la plupart de nos gouvernants, 1er Ministre en tête, étaient venus, en amis, partager ce moment de peine et d’angoisse. De même que l’ensemble du pays.
Car, du Roi Philippe à la femme anonyme qui a déposé les premières fleurs devant la porte du Musée, en passant par la totalité des partis démocratiques sont venus soutiens, salut et fraternité.
De Bruxelles, de Wallonie comme de Flandre : là, les six principaux partis –NVA comprise- ont condamné « cette terrible attaque » et mis fin en avance à leur campagne électorale. De même dans le reste du monde :
De José Manuel Barroso, président de la Commission européenne au pape François, en visite à Jérusalem en passant par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon, messages de soutien et d’indignation ont afflué. C’est pourquoi on regrette, sans s’en étonner, les propos du 1er Ministre israélien.
B. Netanyahou a cru devoir dénoncer « certains Européens qui s’empressent de condamner toute construction israélienne à Jérusalem-Est, mais qui ne se pressent pas de condamner, ou s’ils le font de façon très mineure, le meurtre de Juifs ici ou en Europe »
Pourtant lorsque, fin avril, le chroniqueur Aymeric Caron***, avait évoqué à propos du meurtre d’Ilan Halimi, les enfants palestiniens tués par Tsahal, tout le monde lui était tombé dessus –et à juste titre- pour un rapprochement aussi absurde qu’indécent…
D’Israël, on préfèrera donc retenir les condoléances du Président Pérès aux familles touchées et à la communauté juive toute entière et son appel aux dirigeants européens à agir sans hésitation contre toute forme d’antisémitisme.
*On n’a pu recouper ces informations qui ne proviennent que d’une source unique
**CCOJB : Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique, l’équivalent du CRIF en France
*** Dans l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier sur France 2
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