Voilà un article qui aurait dû être rédigé depuis longtemps. Depuis le mois de mars, en fait, lorsque le peuple syrien a commencé à se révolter contre la dictature. Ce qui nous a retenu ? La crainte d’être contreproductif.
Huit mois que cela dure. Semaine après semaine, jour après jour, les Syriens manifestent contre leur dictateur. Contre le clan qui les opprime depuis 51 ans. A chaque fois qu’ils descendent dans la rue, ils sont battus, arrêtés, tués. Et ils recommencent le lendemain.
Les assassins au pouvoir ont utilisé les chars, l’artillerie, les canons de la marine même contre leur propre peuple. Et les manifestations se poursuivent. Il y a 2.900 morts, déjà. A ce qu’on sait. Beaucoup plus de blessés. Davantage encore de gens emprisonnés, torturés, assassinés.
Et tout cela dans une certaine indifférence des gouvernements. On se hâte lentement de réagir. Les protestations sont molles. En fait, la Turquie est quasi la seule à avoir eu une attitude honorable dans cette affaire.
Si critiquable que soit parfois sa politique par ailleurs, ce pays s’est fermement distancié de son ancienne alliée et n’a cessé de condamner sa politique de répression. Elle a accueilli les opposants syriens. Mais, même la Turquie n’a pas été au delà des gesticulations.
C’est que, bien sûr, la Syrie n’est pas la Lybie. Elle est incommensurablement plus puissante : elle possède des soutiens, comme la Russie et la Chine, qui la protègent à l’ONU. Et elle peut tabler sur l’appui de cette autre puissance régionale qu’est l’Iran.
D’autre part, les Occidentaux sont échaudés. Ils ont déjà affronté la Syrie au Liban. Et ils sont repartis, la queue entre les pattes, après de lourdes pertes… Vu d’Europe, c’est bien loin pour mener une guerre. Quant aux Etats-Unis, ils n’ont ni l’envie ni les moyens d’attaquer un autre pays arabe…
Oh, les raisons de ne rien faire ne manquent pas ! Ainsi, que le disait à peu près Blaise Pascal : « la raison a des raisons que le cœur ne connait pas ». Et sur ce site aussi, on s’est tu. Non par indifférence ou parce que ce ne serait pas notre « créneau ».
Les droits de l’homme, la lutte contre la tyrannie sont le cœur même de nos combats. Mais, se disait-on, la dernière chose dont ces gens héroïques ont besoin, c’est d’être soutenus par des Juifs, amis d’Israël, qui plus est.
Tous ensemble ! Tous ensemble !
On imagine déjà la lourde machine à propagande du clan Assad bramant contre « les voyous soutenus par les sionistes », ou beuglant au complot juif … Il serait alors futile de rétorquer que cela n’a rien à voir.
Qu’on défend nos frères humains de Syrie au nom de principes universels. Qu’on fait de même pour nos frères d’Afrique, d’Asie, de partout où des hommes se battent pour leurs droits.
On pourrait même préciser qu’en tant que sionistes, on n’a vraiment rien à gagner dans cette affaire. Lorsque les Syriens retrouveront leur liberté, l’histoire comme la géographie leur imposeront la même politique face à Israël
Mais à quoi bon ? Voilà longtemps que le pouvoir syrien est enfermé dans son autisme. Alors pourquoi prendre des gants ? Pourquoi ne pas s’exprimer ? Et ausis, pourquoi ne pas interpeller nos amis qui défendent la liberté dans notre pays ?
Car, on ne vous entend guère non plus, vous tous, universitaires engagés et intellectuels indignés. Et pourtant, il y a une dictature sanglante, là, qui, depuis des mois, massacre sa population parce qu’elle manifeste pacifiquement.
Alors, où êtes-vous ? Où sont les « cartes blanches », les pétitions, les interpellations au Parlement ? Quelque chose vous gêne-t-il ? Pas le fait que ce soient des Arabes qui tuent des Arabes, tout de même ?
Depuis la Tunisie, l’Egypte, le Yémen, etc., ce n’est plus là chose nouvelle. Est-ce parce que cette dictature là est anti-américaine et anti-israélienne ? Un tel raisonnement serait indigne de vous, de nous, des combats passés.
Bougeons donc. Maintenant. Chaque jour qui passe, des hommes meurent pour que vous les remarquiez. Allez, un appel collectif des organisations, des associations, des groupements, des unions, des communautés….
Pour une grande manifestation de solidarité avec le peuple syrien en lutte ! De la gare du Nord à la gare du Midi en passant par le Parlement européen ! Tous ensemble ! Tous ensemble ! On y sera aussi. Mais discrètement. Pour ne pas gêner.
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