Ca va, Yaïr ?

Fin janvier, un journal norvégien révélait la liaison du second fils de Benjamin Netanyahou avec une jeune Norvégienne, actuellement étudiante en Israël. Lors du Forum économique de Davos, le Premier ministre israélien s’en était même vanté auprès de son homologue norvégien.

Ce fait divers sans importance aurait pu aider à l’amélioration de l’image désastreuse d’Israël dans les pays scandinaves, n’étaient-ce les réactions insensées de certains gardiens de la foi. Je ne vous le cacherai pas plus longtemps,

la petite amie de Yaïr n’est ni plus ni moins qu’une Shikse (non-Juive). C’est ainsi que des membres de partis religieux et de l’extrême droite nationaliste se sont cru autorisés à demander au Premier ministre de forcer son fils à rompre sa liaison. Ainsi de Nissim Zeev, un membre du parti religieux Shass qui, dans une interview au Jerusalem Post, indiqua que M. Netanyahou devait faire preuve d’une responsabilité nationale en tant que Premier ministre : « Tout Juif qui désire maintenir ses racines veut voir son fils marier une fille juive…

Il n’y a pas pénurie de belles filles juives, qui ont réussi, sans semer dans les champs d’autrui. C’est un gros problème. Je parie que cela le peine ». Ainsi encore de Benzi Gopstein, le directeur d’une ONG ultra-religieuse (Lehava) qui n’hésita pas, pour sa part, à invoquer la Shoah : « Votre père doit se retourner dans sa tombe pour les actions de son fils, à cause de qui l’hérédité ne se transmettra pas et qui va disparaître par l’un de ses petits-enfants, pour avoir épousé une non-Juive. Vos petits-enfants, comme vous le savez, ne seront pas juifs. Leur nom sera peut-être Netanyahou,

mais Netanyahou le non-Juif. Sur le plan national, cela signifie que le fils du Premier ministre d’Israël, de l’Etat du peuple juif, va rejoindre les six millions (de Juifs disparus de la Shoah) ». A croire l’agence Associated Press,

il y eut jusqu’au beau-frère de Benjamin Netanyahou de se joindre au concert de critiques : « Yaïr devrait savoir que s’il fait un truc pareil, s’il ne met pas fin à la relation, eh bien… il crache sur la tombe de sa grand-mère et de son grand-père qui l’aimaient tant ». On appréciera la finesse des propos.

Pour ma part, ces diatribes xénophobes me font penser à l’affaire Bérénice, du nom de cette princesse asmonéenne qui fut, voilà près de 2.000 ans, répudiée par l’empereur Titus à la demande du peuple de Rome, du fait de ses origines juives. Le hic est que cette fois-ci, les infâmes ne sont plus les Romains, mais les Juifs, comme quoi, toute religion devient nocive dès qu’elle devient hégémonique. On se souviendra de certains commentaires suscités par le mariage, en 2010, de Chelsea Clinton avec un jeune Juif américain. Ce mariage fut alors qualifié par le quotidien ultra-orthodoxe Yated Ne’eman de « Shoah spirituelle ». « Nous n’étions pas censés aborder cet événement familial privé s’il n’y avait pas eu ce petit “détail” : le marié est juif. Bill Clinton n’a pas été dérangé par ce minuscule “détail”. En ce qui le concerne, il n’y a aucune différence entre un Juif et un chrétien. Le problème est que sa nouvelle belle-famille n’a pas été dérangée non plus. Au contraire, ils semblaient assez satisfaits que leur cher fils devienne le beau-fils de l’ancien président des Etats-Unis ». Qu’on le veuille ou non, le propos est négationniste !

Reste que le pire n’est pas (encore) à craindre. Il semble, en effet, que la majeure partie de la population israélienne se soit plutôt amusée des foudres déclenchées au sein des milieux les plus radicaux. Yaïr Netanyahou aurait même reçu plusieurs messages le félicitant d’avoir « trouvé l’amour » en Norvège.

Pour sa part, le quotidien populaire Maariv a été jusqu’à dénoncer « le voyeurisme et l’hypocrisie » des médias ultra-orthodoxes : « En Israël comme dans la Diaspora, nous sommes confrontés à un vrai problème d’assi-milation et de mariages mixtes, mais il ne doit en aucun cas être ramené aux choix personnels d’un individu, et ce quelle que soit sa notoriété ». Israël reste heureusement un Etat laïque : la souveraineté appartient toujours à ses citoyens, pas (encore) à ses gardiens de la fois. Reste que l’affaire Netanyahou ne soulève pas moins de sérieuses questions. Si les deux tourtereaux décidaient de sauter le pas, ils ne pourront toujours pas se marier en Israël. L’Etat d’Israël, tout laïque qu’il soit, exclut toute possibilité de mariage civil. Et si tant est que la belle Norvégienne décidait de se convertir, à l’instar de la seconde épouse de Netanyahou père, on ne peut que lui souhaiter bon courage. Le processus est long et douloureux. Quand donc notre rabbinat acceptera-t-il d’infléchir sa position et de revenir aux lois qui eurent cours jusqu’au Moyen-Age ? L’ouverture vers l’Autre n’est pas le problème, mais la solution. Il y va de la survie du peuple juif et donc d’Israël. Qu’attend le soi-disant parti laïque de Yaïr Lapid ? 

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