Carbonnade flamande et Diables rouges à Tel-Aviv !

Environ 200 Belges résidant en Israël et 300 autres débarqués du Plat pays pour l’occasion ont assisté hier soir au match Israël-Belgique, qui s’est soldé par la victoire des Diables rouges 1-0. L’occasion de découvrir sur le Port de Tel-Aviv la gastronomie belge… ou au moins l’idée qu’on s’en fait.

Le groupe de supporters belges était bien tricolore,  sympathique et bon enfant, mais peu visible au milieu des tribunes du stade Teddy de Jérusalem (34.500 places). A contrario, à Tel-Aviv, des centaines de Belges, d’ex-Belges, de nouveaux ou d’anciens immigrants, mais également d’Israéliens pur jus ont soutenu les Diables rouges dans différents cafés de la ville. Et surtout sur le vieux port où la « Belgian culinary week » organisée par un importateur de bières sous les auspices de l’ambassade battait son plein.

« Depuis que j’ai passé une après-midi à Bruges (prononcez « Brouj »)  en 2011, je suis tombée amoureuse de votre pays », assène Orly Santz, une directrice des ventes venue spécialement de Kfar Yona (20 kilomètres au nord de Tel-Aviv) avec quelques copines pour écluser des godets de Hoegarden en regardant les équipes israélienne et belge évoluer sur l’écran géant. « Le chocolat, les frites, c’est super chez vous. Et ce qu’il y a de bien avec les Belges, c’est qu’ils sont calmes. C’est pour ça qu’on les aime bien ». OK, merci Orly.

Les yeux scotchés sur le match, Dror Nemetz, un sabra dont les grands-parents ont fui Anvers peu avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, affirme qu’il « se sent un peu belge », même s’il n’a jamais mis les pieds dans ce pays. « Mes grands-parents m’ont raconté beaucoup d’histoire sur l’antisémitisme des années 1930 et je n’ai jamais eu l’envie d’aller voir la maison où ils ont vécu. D’ailleurs, je n’ai pas demandé la nationalité belge non plus », déclare-t-il. « Mais bon, il existe lien ténu. Si je soutiens l’équipe d’Israël,  je voudrais que les Diables rouges gagnent parce qu’ils sont d’un niveau nettement supérieur ».

Succès de la ‘belgian touch’

Officiellement, la « Belgian culinary week » a pour but de promouvoir « the best of Belgium », comme le proclame la campagne de publicité qui entoure l’évènement. Pourtant, en chicanant un peu, on pourrait estimer que le « fish and ships », le hamburger-frites, et la pita au poulet proposés comme « typiquement belges » par plusieurs différents stands ne représentent pas vraiment la cuisine noir-jaune-rouge. Et qu’exiger 5 euros pour une cinquantaine de frites tiédasses vendues dans un cône en carton revient à se fiche du monde.

Mais pourquoi insister puisque personne ne s’en plaint ? Au contraire, même. A en juger par les allées et venues, les Israéliens adorent. Il suffit de leur promettre des découvertes et des plats nouveaux pour qu’ils accourent. « En Israël, la « belgian touch » a véritablement pris son essor il y a une dizaine d’années lorsque l’affaire Sharon (la tentative de faire juger le Premier ministre Ariel Sharon à Bruxelles pour « crimes de guerre) s’est dégonflée », explique le critique culinaire Aron Letzinger. « C’est alors que l’on a vu apparaître plusieurs marques de bières, différentes sortes de chocolat et la « wafel belgi » (gaufre belge) que l’on a malheureusement tendance à mettre à toutes les sauces ». Quoi qu’il en soit, faute d’être connue pour autre chose, la Belgique s’est forgée un statut plus qu’honorable.

Retour au match. Face à l’écran géant, Michaël R., un ex-Anversois qui a effectué son alya à la fin de 2014, termine consciencieusement sa portion de carbonnade flamande (« Viande à la bière », dit-on à Tel-Aviv) en pestant contre le Diable rouge Vincent Kompany « qui accumule les fautes de jeu ». Diplômé d’une école commerciale et parlant parfaitement l’hébreu, le nouvel immigrant n’a pas eu beaucoup de mal à s’intégrer. Mais il reconnaît un léger trouble. « Même si j’ai longtemps rêvé de mon alya, cela me fait bizarre de voir cette équipe belge évoluer sur un terrain israélien. J’ai un pincement au coeur », dit-il. « D’un côté, je les supporte et de l’autre j’encourage les Israéliens. En fait, pour moi, le meilleur moment de cette rencontre, c’est lorsqu’elle n’avait pas encore commencé. Que l’on a joué la Hatikvah et la Brabançonne, et que l’on a hissé le drapeau des deux pays. Au moins, à ce moment-là, je n’avais pas besoin de choisir ».

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