Hier, 17 novembre, le gouvernement de Benjamin Netanyahou a pris une résolution des plus sages. Il a décidé d’évacuer une des dernières parcelles du territoire libanais qu’il occupe (*), le village de Ghajar. Voilà qui doit réjouir les habitants, se dit-on. Pas du tout. Au même moment, ces derniers manifestaient pour protester contre cette décision.
Impossible de comprendre cette réaction sans un brin de géographie et un zeste d’histoire. Ghajar est un petit village (2.000 hab.) du Golan syrien, situé à une dizaine de mètres de la frontière entre Israël et le Liban. Jusqu’en 1967, il était si prospère qu’il s’est étendu vers le nord, en territoire libanais, ce qui, à l’époque, ne dérange personne. Arrive la guerre des Six- Jours : Israël s’empare du Golan et l’annexe en 1981. La partie sud de Ghajar devient donc israélienne, le nord restant au Liban.
C’aurait pu être gênant mais – on n’ose écrire « fort heureusement »- en 1982, Israël occupe le sud-Liban et le village reste donc unifié jusqu’en 2.000. A cette date, Israël effectue un retrait unilatéral de la région. L’ONU, chargée de tracer la frontière internationale entre les deux pays la fait, non sans logique, passer par la rue principale du village. Qui se retrouve ainsi coupé en deux.
Mais, durant quelques années, cette frontière reste « poreuse » : les habitants la traversent à leur guise. Arrive 2006, Israël, en conflit avec le Hezbollah, envahit à nouveau le Liban puis s’en retire après un mois de combat. Sauf du nord de Ghajar. L’Etat juif n’entend pas que ce point stratégique tombe aux mains de son ennemi chiite. Après de longues négociations, on aboutit à l’accord qu’Israël vient d’entériner : Ghajar-nord passe sous contrôle des Casques bleus de l’ONU.
Tout le monde est donc content. Sauf les habitants. D’une part, ils craignent des représailles : nombre d’entre eux ont pris la nationalité israélienne. Ensuite, ls sont alaouites, une secte dissidente (et honnie) du chiisme, la branche de l’islam à laquelle appartient précisément le Hezbollah. Et enfin, ils se considèrent toujours comme syriens. Si un jour, Jérusalem restituait le Golan à Damas, ils réintégreraient leur mère patrie…
C’est donc dans l’espoir de redevenir syriens que les habitants de Ghajar manifestent pour rester israéliens et non libanais…. Et dire que, dans les années 40, De Gaulle trouvait l’Orient « compliqué » ….
* Il y toujours la zone « des fermes de Chebaa » dont la situation est encore plus complexe.
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