Ces musulmans qui ont sauvé des Juifs

Alors qu’un certain nombre de Juifs sont tentés de rejoindre l’extrême-droite pour combattre « l’ennemi commun » arabo-musulman, une exposition londonienne vient rappeler que nombre d’entre eux ont risqué leur vie pour sauver des Juifs.

Pour beaucoup, c’est une évidence : les musulmans en général et les Arabes en particulier étaient du côté des nazis durant la 2ème guerre mondiale. Les exemples ne manquent pas. Parmi les plus connus, on trouve l’irakien Rachid Ali al-Gillani.

Le 2 avril 1941, cet ancien Premier Ministre renversa le régime pro-britannique de son pays pour rejoindre le camp allemand. Les Anglais réagirent immédiatement par la force et Rachid Ali vaincu se réfugia à Berlin.

Il y a aussi Anouar El Sadate. Alors jeune officier, le futur président égyptien entra en contact avec les nazis qui, mi- 1942 semblaient en passe de conquérir son pays. Ce qui lui valut d’ailleurs d’être brièvement arrêté à la fin de l’année  pour « espionnage au profit de l’Axe »

Ils avaient choisi Hitler non par antisémitisme mais pour lutter contre la domination britannique dans la région.  Ce n’est pas le cas du plus connu des Arabes pro-nazis : Hadj Amine El Husseini, le Grand Mufti de Jérusalem.

Antisémite forcené, celui qui fut de 1921 et 1949, le principal dirigeant des Arabes de Palestine gagna Berlin fin 1941 afin de participer de son mieux à la « solution finale » qu’il appelait de ses vœux.

C’est à son instigation et avec de jeunes Bosniaques recrutés par ses soins, que les nazis créèrent en mai 1942  la seule division SS musulmane : la 13ème « Handschar ». C’est d’ailleurs aussi la seule qui se mutina et fut dissoute quelques mois plus tard.   

Mais tout cela n’est qu’une partie de l’histoire. C’est ce que montre une exposition qui se tient à Londres depuis le 17 avril. Elle retrace l’histoire de 70 musulmans à qui le mémorial Yad Vashem vient de décerner le titre de « Juste ».

Ce qui permet de rappeler des faits bien trop peu connus. Par exemple que, à l’inverse d’Hadj Amine, près de 10.000 Arabes palestiniens s’engagèrent dans l’armée britannique. Et qu’il y eut bien d’Arabes qui combattirent avec les Alliés du côté nazi.

Autre cas : les FTP (Francs-Tireurs et Partisans) communistes français. On sait que, à Paris, ce mouvement de résistance était composé en bonne partie de combattants immigrés,  surtout Arméniens et Juifs, comme ceux du groupe Manoukian.

« Comme nos enfants »

Par contre, on connait trop peu les Francs-Tireurs et Partisans algériens, surnommés « le groupe kabyle » qui risquèrent eux aussi leur vie pour la France. Ou, qu’après la grande rafle de Juifs de juillet 1942, ils diffusèrent un tract en tamazight*, « Comme nos enfants ».

Il disait  « Hier, à l’aube, les juifs de Paris ont été arrêtés, les vieillards, les femmes comme les enfants, en exil comme nous, ouvriers comme nous, ce sont nos frères et leurs enfants sont nos enfants ».

Et concluait « Si quelqu’un d’entre vous rencontre un de ces enfants, il doit lui donner asile et protection, le temps que le malheur passe. ». Et c’est ce qu’ils firent, eux, communistes et athées avec Si Kaddour Benghabrit, le très croyant recteur de la Grande Mosquée de Paris. 

Encore une histoire trop ignorée malgré un film récent  («  Les hommes libres »**) : de 1942 à 1944, la Mosquée logea, outre des parachutistes anglais, des Juifs en fuite, surtout des enfants, le temps de leur procurer des papiers et de leur faire gagner la zone libre.

Selon les témoignages, la Mosquée abrita entre 500 et 1500 Juifs et leur fournit des papiers algériens ou des attestations de foi musulmanes.  Et faute de place, on ne peut que citer le rôle du Bey de Tunis, des diplomates turcs, des Albanais…

De quoi mettre à mal la légende des « musulmans-tous-nazis » de même que les généralisations anti Arabes que l’extrême droite multiplie ces derniers temps et que tendent à reprendre bien trop de Juifs.

Non qu’il n’y ait pas aujourd’hui d’antisémitisme chez les Maghrébins de France ou de Belgique. Ou qu’il n’y en ait pas eu durant l’Occupation. Mais il y a aussi eu des « Justes » reconnus ou non par le Yad Vashem.

Des hommes qui, au nom de leurs idées, de leur foi ou simplement de leur conscience, ont pris des risques considérables pour des étrangers parce qu’ils étaient persécutés. Il serait bien que ceux de notre communauté qui veulent hurler avec les loups s’en rappellent.

Après tout, mieux que quiconque, nous devrions savoir à quoi peuvent mener les généralisations contre un groupe humain…

* Tamazight : langue berbère

**Les Hommes libres : réalisé par  Ismaël Ferroukhi (2011)

 

 

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