Cet oligarque juif qui veut être président de l’Ukraine

Décidément, l’Ukraine ne quitte pas l’actualité juive*. Voici à présent que Vadim Rabinovich, milliardaire et citoyen israélien, pose sa candidature au pouvoir suprême à Kiev …

Malgré la situation, hum, complexe, de l’Ukraine, sa présidence attire beaucoup de gens. Pas moins de 46 candidats se présenteront le 25 mai prochain aux suffrages des électeurs. Beaucoup sont folkloriques comme le Darth Vador présenté par le Parti Ukrainien d’Internet.

En réalité, seuls deux d’entre eux semblent en mesure de l’emporter : l’ex Premier ministre Ioulia Timochenko et  le milliardaire Petro Porochenko, en tête des sondages en ce moment. A moins que Vadim Rabinovich… 

Un nom que connaissent bien ceux qui s’intéressent au judaïsme ukrainien et européen et qui ne seront pas surpris au demeurant par l’annonce de sa candidature. Car Vadim Rabinovich, 61 ans et un des hommes les plus riches du pays, a un solide tropisme pour les présidences.

Mais comme il n’est pas le seul, V. Rabinovich évite en général de perdre son temps en affrontant la concurrence. A la place, il achète ou crée son propre organisme dont il devient, tout à fait naturellement, le chef.

Ainsi, en Ukraine même, plutôt que de briguer la direction de la « Fédération  des Organisations juives d’Ukraine », a-t-il, en 1999, créé à coup de millions de dollars un « Congrès juif pan-ukrainien ». Dont il est le président.

Dans un autre domaine, V Rabinovich a acheté en 2007 le prestigieux club de football « FC Arsenal Kiev ». Et en est devenu président jusqu’à ce que ce dernier fasse faillite en octobre 2013. Et bien sûr, personne n’a oublié la fondation du « Parlement Juif européen » (PJE).

Pour le créer, le milliardaire avait en 2011 invité les Juifs de « 54 pays européens » à voter par Internet pour en choisir les 120 membres parmi un millier de candidats. Dont un bon nombre postulaient à l’insu de leur plein gré, comme le footballeur  David Beckham  ou l’acteur Sacha Baron Cohen

Choisis par « 400.000 » électeurs, les heureux élus du PJE se réunirent en mai 2012 et se donnèrent comme vice-Président… Vadim Rabinovich. Après quoi le bidule cessa, semble-t-il, toute activité. Bref, « une vaste fumisterie », comme la qualifia à l’époque Roger Cukierman, ancien et actuel président du CRIF.

On peut sans doute attribuer cette passion des titres aux difficiles débuts de carrière du milliardaire. Car, en 1980, alors que l’Ukraine faisait encore partie de l’URSS,  il avait été arrêté, condamné à 14 ans de prison et déchu de sa nationalité.

La petite entreprise d’importation de meubles qu’il possédait alors servait de couverture à divers trafics avec les Etats-Unis. Finalement, il ne fit que 7 ans et partit en Israël, pays dont il devint citoyen.  Il revint en Ukraine en 1991, juste avant la chute de l’URSS.

Un « oligarque sulfureux »

Il sut alors acheter au bon moment et à bas prix quelques joyaux communistes avant de se lancer dans le commerce de métaux. Sa fortune était faite. « L’oligarque sulfureux » comme disait alors la presse, était devenu un des hommes les importants de la République d’Ukraine.

Bien entendu, sa condamnation fut annulée par le nouveau pouvoir et sa nationalité lui fut restituée. Ce qui n’empêche pas, aujourd’hui encore, les Etats-Unis de lui interdire l’accès à leur territoire…

Une fois riche, vers 1995, Rabinovich commença une carrière de philanthrope. Ce qu’il explique volontiers en racontant : « A cette époque, j’ai découvert une chose qui s’appelle la Torah. Et  cela m’a conduit dans toutes sortes de nouvelles directions. »

De fait, en Ukraine comme en Israël, sa corne d’abondance sait couler à flots. Entre autres vers les personnalités politiques de son choix, très à droite. Mais aussi dans le domaine culturel.

Ainsi a-t-il versé 2,5 millions € pour la reconstruction de la synagogue Hurva de Jérusalem, bâtie en 1852 et détruite durant la guerre d’Indépendance. Et il a aussi payé deux millions € pour la construction d’une menorah d’une demi tonne recouverte de 45 kg d’or.

Comme on ne se refait pas, V. Rabinovich l’a faite installer dans  un square de la Vieille Ville de Jérusalem qui porte son nom depuis 2012. Un cadeau de son ami le maire Nir Barkat .Mais comme souvent aussi, ses projets n’ont qu’une durée de vie limitée.

 Car, par ignorance, on veut le croire, N. Barkat avait outrepassé ses pouvoirs : il est interdit de donner à des rues ou des places de la Ville Sainte le nom de gens morts après… 1.500 de notre ère.  Depuis le square a été rebaptisé et la menorah déplacée vers le Mur des Lamentations….
 

C’est ainsi : comme « Le Parrain » de Francis Ford Coppola, tout ce que Rabinovich crée tourne mal. Autre exemple : la télévision  « totalement indépendante » et diffusant 24h sur 24 qu’il a lancée fin 2011 : Jewish News One (JN1).

Supposée concurrencer Al Jazeera, elle vivote à présent en mettant en ligne des vidéos. La plus récente date du 30 décembre 2013….  Le même sort attend très certainement sa candidature à la présidence de l’Ukraine.

L’essentiel de l’argumentaire  que propose Vadim Rabinovich aux électeurs se résume à : « Je veux briser le mythe selon lequel l’Ukraine est antisémite, qui se propage dans le monde entier », allusion aux attaque de V. Poutine contre « les antisémites et les néonazis » au pouvoir à Kiev

Sans connaître l’Ukraine -ni même en parler la langue- on peut tout de même estimer que l’Ukrainien moyen a en ce moment quelques préoccupations plus importantes : rester indépendant, se nourrir et se chauffer correctement, par exemple.

Et c’est fort dommage : celui lui aurait fait un réel plaisir, à V. Rabinovich, d’ajouter l’Ukraine à la liste de ses présidences….

* « Russie- Ukraine, c’est la guerre ! Entre les Juifs en tous cas ». http://www.cclj.be/article/3/5382

A lire sur le sujet : «Le Parlement juif, de Disneyland à Bruxelles » http://www.cclj.be/article/3/2396

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