Cette musulmane qui est à la tête des étudiants de J Street

Amna Farooqi, une Pakistano-Américaine vient d’être élue par une majorité d’étudiants juifs présidente de J Street U*. Ce qui, comme on s’en doute, a suscité des réactions plus que variées.

  Elle le reconnait d’emblée : « Je sais que je ne suis pas juive et que c’est très inquiétant pour beaucoup de monde et je le comprends d’une certaine façon ». Elle, c’est Amna Farooqi, 21 ans, qui n’a jamais dissimulé qu’elle était une musulmane pakistano-américaine. 

Ce qui ne l’a pas empêchée d’être élue  présidente de la branche étudiante de J Street*, devenant ainsi la 1ère musulmane à diriger une organisation juive pro-israélienne en expliquant : « Je suis là parce que je me soucie (…) des gens en Israël et en Palestine ».

Avant de préciser qu’elle n’entendait nullement se convertir au judaïsme mais qu’elle se considérait comme  « culturellement juive » pour avoir grandi dans une banlieue chic de la capitale, Washington (DC) qui compte une forte population juive.

Mais comment cette fille de parents pakistanais « assez religieux » en est-elle arrivée à J Street ? Tout a commencé par… une crise de larmes : « J’étais rédactrice en chef du journal de mon lycée et je voulais écrire un éditorial soutenant l’entrée de la Palestine à l’ONU.

Cela a entraîné une discussion puis une dispute avec une amie juive qui était contre. J’ai terminé en pleurs parce que je me suis rendue compte que je n’avais pas assez d’arguments à lui opposer.

Je soutenais la cause palestinienne parce que je suis musulmane mais sans vraiment savoir pourquoi ». A. Farooqi va donc aller plus loin que les arguments simplistes qu’utilisent les deux camps sur les réseaux sociaux.

Et se met à apprécier sans cesse davantage le judaïsme, puis, en lisant David Ben Gourion**, le sionisme et Israël. Du premier 1er Ministre de l’État juif, elle dit, de façon assez curieuse : « C’était un homme très raciste mais je me suis retrouvée dans sa manière de concevoir le peuple juif et son avenir.

C’était de cette façon là que je voyais mon identité musulmane ». Finalement, elle a décidé de passer un semestre à l’Université hébraïque de Jérusalem. « A l’aéroport Ben Gourion, raconte-t-elle en souriant, j’ai été honnête :

«Je leur ai dit : je veux aller en Cisjordanie. Il y a une occupation et je veux la voir » Résultat : sept heures de vérification…« Je me suis faite des amis israéliens et palestiniens. Je me suis souvent rendue dans les territoires occupés. Je voulais réellement les comprendre »,

A son retour, elle tombe sur le site de J Street : « ils cherchaient la paix, ils étaient pro-Israël et pro-Palestine, pour deux États et je me suis dit : c’est tout ce que je soutiens ». Elle s’est inscrite à J Street U et n’a pas tardé à s’y investir à fond, comme dans tout ce qu’elle entreprend.

« Une musulmane infiltrée pour attaquer Israël ».  

Et c’est ainsi  qu’en aout de cette année, elle a été élue par une forte majorité d’étudiants juifs présidente du mouvement. Une élection qui a suscité, pour utiliser un euphémisme, « des réactions diverses et variées ».

Du côté des pro-Palestiniens, elle a été aussi mal accueillie que l’organisation qu’elle préside désormais : «  La position de Farooqi sur le sionisme est aussi malavisée et hypocrite que celle de J Street.  Ils sont tous les porte-étendards d’une idéologie raciste ».

D’autres, plus virulents l’ont traitée « d’âne sioniste », de « traître », et autres amabilités.  Les sionistes de droite n’ont pas été en reste. Ils haïssaient déjà J Street (« méprisable association anti-israélienne » « lobby de la capitulation », lèche- bottes des terroristes »)

Ils ont vu en A. Farooqi la preuve de la « haine de soi » de ses membres.  Les plus modérés ont ricané : « Aucun Juif n’a voulu se présenter ?» (En réalité, il y a eu quatre candidats, deux juifs et deux non juifs).

Plus agressifs, d’autres ont vu en elle « une musulmane infiltrée pour attaquer Israël ».  Mais elle a aussi reçu de nombreuses marque de soutien des Juifs libéraux pro-israéliens : « elle démontre que l’attachement à Israël n’est pas que le fait des Juifs ».

Ou encore : « Il y a beaucoup apprendre de sa volonté de quitter sa zone de confort pour aller vers l’Autre ». Tout cela dans un contexte de plus en plus difficile pour Israël et ses soutiens dont A. Farooqi se dit fière de faire partie.

Car l’occupation prolongée des territoires, les violences et les crimes qu’elle engendre suscitent un rejet de plus en plus marqué chez les jeunes Américains, électeurs et leaders de demain. Y compris parmi les étudiants juifs qui, au mieux, se désintéressent  d’Israël et, au pis, s’engagent contre lui.

A. Farooqi : « J’ai très, très peur que nous arrivions à un point où il sera impossible d’être pro-israélien parce qu’Israël sera devenu le synonyme de l’oppression. Et je veux me battre pour rendre cela impossible »

Un combat sur deux fronts : dans sa 1ère déclaration de Présidente, elle a réaffirmé l’opposition de J Street au mouvement BDS, à l’organisation de « Semaine anti –apartheid israélien » et les autres événements du même genre

Mais elle a précisé que cette lutte sera inefficace si on n’aborde pas la question de l’occupation.  Elle n’a donc aucune intention de cesser ses virulentes critiques contre  B. Netanyahu et son gouvernement. Bref, des positions semblables à celles de ce site.

Et pourquoi pas ? Pourquoi une musulmane ne pourrait- elle être une sioniste de gauche ? Il y a bien une foule de chrétiens fondamentalistes qui sont des sionistes de droite. Et des plus extrêmes, encore….

*J Street est un groupe de pression fondé en 2008 en réaction à la dérive droitière des organisations juives des États-Unis. Pro-Israélien, il critique l’occupation de la Cisjordanie qui empêche une solution à deux États. Il compte à présent plus de 200.000 adhérents. Son mouvement étudiant, J Street U regroupe environ 5.000 étudiants, quasi tous Juifs, présents dans 128 universités.

 

 

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