Comment les « hommes en noir » pourrissent la vie des autres croyants. Et surtout des croyantes.
«Prostituées ! Provocatrices ! C’est vous qui retardez la venue du Messie ! C’est à cause de vous, impudiques, qu’il y a le terrorisme et le Hamas !» Tiens, des ultra-orthodoxes. Et contre qui s’énervent-ils cette fois ? Contre des femmes bien sûr, qui d’autre ?
Variante : cette fois, ils ne s’en prennent pas à des dépravées qui osent marcher à leurs côtés dans la rue ou à des gamines habillées de façon indécente. Non, l’objet de leur rage, ce sont des femmes croyantes, habillées selon les règles de la « modestie », et venues pour prier.
Mais cela se passe devant le Mur des Lamentations où ne prie pas qui veut ni n’importe comment. Car le lieu le plus emblématique du judaïsme est sous la coupe d’orthodoxes particulièrement ultras.
Et ceux-ci au travers de la « Fondation du patrimoine du Mur occidental » y appliquent un précepte de la Torah* : « Tu ne seras pas détourné de ta prière » interprété comme « Moins il y a de femmes dans le coin, mieux les hommes prient ».
Donc, dès l’entrée sur la grande place située devant le Mur, celles-ci sont éloignées des mâles. Elles doivent bien sûr porter une tenue « décente », y compris les fillettes sur qui des « hôtesses » se jettent afin de couvrir leurs épaules
Quant aux adultes, elles doivent porter un foulard, bien que ce ne soit prescrit nulle part. Et au pied du « Kotel, les ¾ des places sont réservées aux mâles. Explication d’un rabbin : « les femmes préfèrent rester à la maison, alors elles ont besoin de moins de place pour prier».
Qui plus est, si le foulard est imposé aux femmes, pas question pour elles de porter un châle. De prière (« talith »), s’entend. Strictement réservé aux hommes. Porter ou lire un rouleau de la Torah ? Interdit. Prier à voix haute ? Interdit. Chanter ? Interdit.
Faire sa « bat mitsvah » (« première communion » pour les filles) ? A votre avis ? C’est ainsi qu’un des mouvements les plus rigides d’un des courants du judaïsme impose son monopole sur un lieu sacré pour l’ensemble des Juifs croyants.
Pourquoi ? Cette question ! Les partis orthodoxes sont quasi incontournables pour obtenir une majorité au Parlement… ou au conseil communal de Jérusalem. Tout irait donc bien pour eux n’était un problème de taille :
Leur interprétation de la tradition est loin d’être majoritaire en diaspora. Notamment aux Etats-Unis où ce sont les courants « Réformé » et « Massorti » qui dominent. Lesquels, tout en respectant strictement la loi juive, prennent en compte l’évolution du monde.
Les maux de tête de B. Netanyahou
Entre autres, ils rejettent la ségrégation : chez eux, les femmes prient avec les hommes et de la même façon. Elles peuvent aussi devenir rabbins. Et ces gens goûtent assez peu de se faire cracher dessus quand ils/elles prient devant un Mur qui leur appartient autant qu’aux orthodoxes.
Ces courants s’implantent d’ailleurs de plus en plus dans un Israël excédé par les outrances des ultra-orthodoxes, Et ils ont entamé le combat pour la liberté et l’égalité religieuses. Ils ont également porté plainte devant la Cour suprême.
Ils réclament la dissolution de la « Fondation du patrimoine du Mur occidental » et son remplacement par un organisme où les différents courants du judaïsme seraient représentés avec équité.
Et, en attendant, un groupe, « Women of the Wall » (« Les femmes du Mur ») ont décidé de passer outre aux interdictions des ultras et de se réunir chaque 1erdu mois pour y prier et lire la Torah. D’où les insultes et les menaces citées en début d’article.
Plus scandaleux : Nir Barkat, le maire -laïque- de Jérusalem, a mis la police de la ville aux ordres des ultra-orthodoxes. Des femmes sont ainsi traitées comme de dangereuses criminelles pour « port de châle de prière » ou pour « refus de ranger un rouleau de la Torah ».
Elles sont interpellées, menottées, amenées au commissariat, fouillées intégralement et gardées en cellule pour 24h. Après quoi, elles sont relâchées… sans qu’aucune plainte ne soit déposée contre elles.
Normal : il n’existe aucun motif d’inculpation car elles n’ont rien commis d’illégal. De son côté, la police, qui n’en peut mais, explique qu’elle fait respecter un arrêt de la Cour suprême de 2003.
Celui-ci interdit aux femmes de prier à haute voix devant le Mur pour « raison de sécurité et d’ordre public ». Dit autrement, l’Etat, plutôt que de sévir contre les violences des « hommes en noir » préfère priver les femmes de leur liberté religieuse.
En attendant, l’affaire empoisonne le gouvernement israélien au point que le Premier Ministre a demandé à l’ancien dissident soviétique et actuel président de l’Agence juive, Natan Sharansky, de tenter une médiation.
Lequel risque de vite regretter d’avoir quitté les geôles du KGB : les ultra-orthodoxes ont déjà annoncé qu’ils rejetaient d’avance tout compromis, si limité ou provisoire soit-il. Certes, N. Sharansky, s’il a d’autres défauts, possède un robuste sens de l’humour
Ainsi, en acceptant cette mission, a-t-il expliqué que « Benjamin Netanyahou a trop de maux de tête alors, il essaie d’en donner aux autres. ». Mais cela lui suffira-t-il pour survivre à des discussions prolongées avec les ultra-orthodoxes ?
*On n’a pu retrouver le texte exact. Si un internaute érudit pouvait…
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