Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de 5 ans et demi, une blondinette de 2 ans et 7 mois.
Le ptit gars : « C’est qui Balle ? »
Je me trouvais en pleine circulation, le journal radio de la voiture en bruit de fond, quand le ptit gars me sortit de mes pensées : « C’est qui Balle ? », m’a-t-il demandé. Et j’ai mis du temps avant de comprendre qu’il avait, une fois encore, capté un mot chargé de symboles, mais dont il ne connaissait pas encore le sens. Une femme s’était fait tuer par balle. Qui pouvait être cet affreux bonhomme ?
Pas toujours facile de savoir s’il faut laisser les journaux télévisés défiler devant nos petits bouts, s’il faut constamment surveiller ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent et les protéger de cette violence quotidienne qui risque, selon certains, de les traumatiser.
Car on peut le dire, la violence est partout. Et pas toujours causée par Balle. Lors du tremblement de terre à Haïti, les terribles scènes de détresse avaient déjà interpellé notre garçon. Ainsi, aux commentaires du journaliste évoquant la tragique pauvreté des habitants, le ptit gars -heureusement plus absorbé par ses legos que par les insoutenables images de la télé- s’était écrié : « La pauvreté, la pauvreté, mais ça,c’est vraiment drôle hein, la pauvreté ! », suscitant notre malaise. Vite dissipé. Il avait juste préféré se référer à la sonorité du mot, plutôt qu’à son sens, encore étranger.
Si nous tenons à l’œil les émissions que nos enfants regardent à la télé, préférant les « Oui-Oui » et « Tchoupi » aux monstres mangas, nous gardons aujourd’hui la liberté de regarder le JT, quitte à y ajouter à leur attention quelques explications. Histoire de leur éviter des cauchemars et de nous assurer de meilleures nuits.
Pas de déguisement militaire en revanche, ni de pistolet, tout au plus à eau, parmi nos cadeaux. Même si nous ne pouvons empêcher la réalité de parfois dépasser l’imagination. Comment, par exemple, expliquer aux plus jeunes la présence de tous ces militaires en Israël ? Par des mots simples s’entend, sans entrer dans les causes et conséquences complexes du conflit. Pour notre grande chance, le ptit gars a flashé sur les nombreuses jeeps et les camions de l’armée (je ne suis pas sûre qu’elles auront le même succès auprès de la blondinette). Mais il semble avoir plus du mal à comprendre ce que font exactement ces militaires armés à Tel-Aviv, Jérusalem, en service comme en permission, sur les plages comme dans les supermarchés et les cafés. Il y a quelques mois, à l’entrée de Rosh Hanikra, superbe site au nord d’Israël, à la frontière du Liban, le ptit gars n’a pas manqué de nous interroger. Parce que nous, parents, nous avons une réponse à tout. « Il y a des ours dans cette grotte ? », nous a-t-il lancé. En souriant, nous lui avons répondu par la négative. « Pourquoi les militaires, là, ils ont des fusils alors ? ». Rien ne vaut parfois le silence.
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