Au mois de mai dernier, le maire de Megiddo passait quelques jours en Belgique pour concrétiser avec la commune d’Ixelles un jumelage trop longtemps suspendu. L’actualité redevenue plus calme, la coopération entre les deux entités a pu être relancée. Pour aboutir, qui sait, à un jumelage tripartite.
C’est en toute décontraction, vêtu d’un jeans et d’une chemise couleur bleu Hashomer Hatzaïr, que Chanan Erez, maire de Megiddo, nous rejoint dans le cabinet de l’échevin ixellois du jumelage, Pierre Lardot. Outre ses retrouvailles avec la députée bruxelloise Viviane Teitelbaum et le bourgmestre d’Ixelles Willy Decourty qui n’en sont qu’un aperçu, le programme de ses quelques jours à Bruxelles devrait bientôt trouver des résultats concrets.
Le début de l’histoire remonte à 2003, date de lancement du jumelage entre la commune d’Ixelles et Zababdeh (Cisjordanie). Celui-ci donnera lieu à une soirée de découverte de la culture palestinienne un an plus tard et à l’accueil d’une équipe de jeunes footballeurs de Gaza pour des rencontres sportives avec les jeunes du quartier Matongé. Mais les élections palestiniennes et la suspension des relations internationales avec l’Autorité palestinienne rendent impossible la suite des échanges.
En 2008, le projet européen à la fois éducatif et artistique intitulé « L’Eautre découverte », lancé par la commune d’Ixelles sur la thématique de l’eau, permet de renouer le contact avec Zababdeh, en incluant d’autres partenaires, Megiddo (Israël), cinq villes européennes et Kalamu (Kinshasa). L’extension du projet à des partenaires extérieurs, sans se limiter aux relations israélo-palestiniennes, aura sans conteste permis la bonne évolution de la situation.
Avec ses 13.000 habitants pour 31 villages (moshava, moshavim et kibboutzim), la municipalité de Megiddo, dirigée par Chanan Erez depuis 1985, domine la vallée de Jezréel, au nord d’Israël, et jouxte la région de Jénine, à une quinzaine de kilomètres de Zababdeh. S’il n’y a pas à l’heure actuelle d’acte officiel de jumelage entre Ixelles et Megiddo, la collaboration entre les deux municipalités s’est renforcée au fil des ans, avec l’espoir de conclure un jour un jumelage tripartite, tel que l’avait proposé en son temps Shalom Archav.
Ancien du mouvement de jeunesse Hashomer Hatzaïr, ancien secrétaire général du MAPAM (parti sioniste marxiste), Chanan Erez était parmi les premiers, à la demande d’Yitzhak Rabin, à rencontrer Yasser Arafat alors qu’il était à Tunis. Il fait partie de cette « minorité », qui doit se battre pour ses opinions et son choix de deux peuples, deux Etats. Il revient sur les difficultés qui ont entravé le projet de jumelage avec Zababdeh. « Nous avions beaucoup de mal à créer des contacts directs avec les Palestiniens, nous étions en pleine période de construction du mur et nous ne souhaitions pas qu’ils ressentent une pression supplémentaire », confie-t-il. « Ixelles a joué le rôle de relais ». Une délégation de Megiddo vient à Bruxelles pour le concours d’artistes proposé par « L’Eautre découverte » qui souhaite s’étendre à d’autres thématiques, en incluant à nouveau les Palestiniens. Cela ne se fera finalement pas.
Chacun à son niveau
La commune d’Ixelles envisage à présent deux nouvelles actions : un appel à projets de l’Union européenne, centré sur la sensibilisation aux objectifs du millénaire des Nations Unies, avec une plus grande participation des partenaires, des rencontres d’experts et des animations à Ixelles. Le second projet vise les jeunes, avec des rencontres qui devraient une fois encore se dérouler à Ixelles, les contacts sur place entre Israéliens et Palestiniens restant difficiles.
Chanan Erez voit dans le jumelage « un traité d’amitié entre municipalités », à l’image de celui conclu dans les années 50 entre Montbéliard (France) et Ludwigsburg (Allemagne), le premier rapprochement franco-allemand d’après-guerre. « Nous voulons que les citoyens s’investissent au maximum, c’est ce qui a justifié notre participation à L’Eautre découverte », poursuit le maire, pour qui l’environnement reste une vraie préoccupation.
Reconnue comme réserve de biosphère par l’UNESCO, Megiddo ambitionne de maintenir cet équilibre entre la vie humaine et la nature, « en sensibilisant la population au problème environnemental, un problème qui touche tout le monde. La solution doit donc être valable pour tous, et pour cela nous devons travailler en étroite collaboration avec l’armée, le KKL, le Ministère de l’Education… ».
A la question de savoir comment le projet de jumelage tripartite avec Zababdeh et Ixelles est perçu par les autorités israéliennes, le maire de Megiddo répond en toute franchise : « Le gouvernement n’exerce aucune pression sur une municipalité qui décide de développer des liens avec l’étranger. Il n’y a d’ailleurs rien d’illégal ou de dangereux dans ce projet, et Benjamin Netanyahou, s’il veut promouvoir la paix, doit être cohérent. Le gouvernement israélien est capable d’apprécier ce travail et n’hésite pas à nous rejoindre dans certaines de nos initiatives ou pour relayer nos demandes, comme il l’a fait auprès de l’UNESCO ». Il conclut : « Israël est une démocratie forte qui n’a pas peur de ces relations. Y mettre fin serait antidémocratique. Chacun à son niveau, et c’est le propre de la politique locale, peut tenter de faire changer les choses en faisant ce en quoi il croit. On peut déjà faire beaucoup pour préparer les gens à penser autrement ».
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