Dans Au nom du Temple (éd. Seuil), Charles Enderlin décrit la montée en puissance du sionisme religieux et du fondamentalisme messianique en Israël. Correspondant de France 2 en Israël, il montre comment l’idée de l’Etat unique binational s’impose au détriment du compromis fondé sur la formule « Deux peuples, deux Etats ». Charles Enderlin nous en parlera au CCLJ le 23 octobre 2014.
L’idéologie sioniste religieuse est-elle partagée par la majorité des Israéliens aujourd’hui ?
Je le pense. Avec la victoire de la guerre des Six Jours en juin 1967, on a assisté à l’essor du sionisme religieux et du messianisme juif. A partir de cette date charnière, le judaïsme est subitement et concrètement confronté aux lieux de l’histoire biblique comme Sichem, Hébron, Jéricho, Bethléem et le mont du Temple de Jérusalem. L’idéologie sioniste religieuse du rabbin Zvi HaCohen Cook, prônant le Grand Israël et le retour des Juifs sur ces terres bibliques (Cisjordanie et Jérusalem-Est), a commencé à imprégner l’ensemble de la société israélienne. Aujourd’hui, Israël est présidé par Reuven Rivlin, un homme politique non religieux opposé à la création d’un Etat palestinien, même s’il assume démocratiquement cette position en considérant qu’après avoir imposé la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie, il faut accorder aux Palestiniens tous les droits civils et politiques. Moshé Arens, ancien ministre Likoud de la Défense, partage ce point de vue. Uri Ariel, ministre du Logement (parti Habayit Hayehoudi) du gouvernement actuel déclare aussi qu’il faut imposer la souveraineté israélienne sur l’ensemble de la Cisjordanie et accorder tous les droits aux Palestiniens, s’ils le souhaitent.
La question démographique n’inquiète-t-elle pas les tenants du Grand Israël ?
Pas du tout. Ils répondent à ceux qui leur opposent le problème démographique que le peuple juif a réussi à traverser des crises autrement plus graves tout au long des trois mille ans de son histoire. Tout indique donc que l’idée de l’Etat unique binational est bien ancrée dans l’esprit de la droite israélienne. Danny Dayan, principal responsable du mouvement colon, ajoute que l’idée même d’un accord avec les Palestiniens disparaît progressivement. C’est d’ailleurs l’argumentation à laquelle se rattache aujourd’hui le gouvernement Netanyahou. Le Premier ministre a déclaré que du point de vue sécuritaire, Israël ne peut renoncer à la Judée-Samarie.
Pourtant Benjamin Netanyahou s’est toujours montré flou en ce qui concerne l’annexion de la Cisjordanie. Quelle est sa position sur cette question ?
Pour ma part, je suis convaincu qu’il a toujours fait preuve de clarté justement. Il suffit de lire les ouvrages qu’il a publiés pour savoir qu’il s’est toujours prononcé contre la création d’un Etat palestinien. Dans Au nom du Temple, j’en reproduis d’ailleurs de larges extraits. Je regrette que les responsables de la gauche israélienne n’aient jamais lu ses livres ni ceux de son père Bentzion Netanyahou, historien et idéologue de la droite nationaliste israélienne. Pour ces deux hommes, le peuple juif est constamment menacé par des ennemis animés par la destruction du peuple juif. Pour faire face à ces ennemis, les Israéliens doivent conserver le plus de territoires possible, selon cette vision historique.
Quelles sont les causes de la dernière guerre à Gaza entre le Hamas et Israël ?
Personne n’a cherché à comprendre les raisons du déclenchement de cette guerre. En réalité, tout a commencé en Egypte avec la chute des Frères musulmans et du Président Morsi. Considérant les Frères musulmans comme une organisation terroriste, l’armée égyptienne a commencé par détruire les tunnels entre la frontière égyptienne et Gaza (à Rafah). Le Hamas (branche palestinienne des Frères musulmans) a découvert il y a six mois qu’il avait perdu 85% de ses rentrées avec la dîme qu’il prélevait sur tous les produits passant par ces tunnels. Du jour au lendemain, le Hamas s’est retrouvé sans moyen d’existence. Il s’est d’abord tourné vers l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas pour payer ses fonctionnaires et ses combattants. Abbas a refusé parce qu’il n’en a ni les moyens ni la volonté. Il y a eu ensuite l’enlèvement et l’assassinat des trois jeunes Israéliens en Cisjordanie. Les Israéliens ont réagi par une vaste campagne d’arrestations de militants du Hamas en Cisjordanie. De plus en plus affaibli, le Hamas à Gaza a commencé par lancer des missiles sur Israël, et le ton est monté. Benjamin Netanyahou a été le premier à proposer tout de suite l’arrêt des tirs et des représailles avec sa proposition « le calme en échange du calme », mais le Hamas a décliné cette offre en poursuivant le combat. La suite, tout le monde la connaît.
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