Charles Michel : ‘Nous sommes debout et nous nous sentons tous Juifs’

A l’occasion d’une cérémonie du souvenir de la Shoah organisée le 26 janvier 2015 à la Grande synagogue de Bruxelles, le Premier ministre Charles Michel a prononcé un discours dans lequel il a tenu des propos très clairs sur l’antisémitisme et sur les craintes des Juifs de Belgique. 

Il y a 70 ans, les Alliés découvraient avec stupeur l’horreur indicible des camps de la mort. La Shoah n’a pas d’équivalent dans l’histoire pourtant riche en atrocités.

C’est un crime industriel, planifié et méthodique.  C’est un crime contre l’essence même de l’homme. C’est un crime qui entendait dénier à une partie de l’humanité le droit d’en faire partie.

C’était il y a septante ans. C’était hier.

Aujourd’hui, je me tiens devant vous pour commémorer ce tragique événement. Je me tiens devant vous pour rendre hommage à ces six millions de Juifs exterminés durant la guerre.

Je me tiens devant vous pour réaffirmer notre condamnation de ce crime à jamais impardonnable. Pour ces raisons, je serai demain à Auschwitz  Je participerai aussi le 5 mai au train des 1000.

Mais aujourd’hui, je suis là également pour vous exprimer la solidarité du Gouvernement envers votre communauté à nouveau frappée par la haine antisémite.

Je vous le dis avec force: notre solidarité est absolue. Notre solidarité ne souffre d’aucune ambiguïté. (…)

Selon une récente enquête menée auprès de 5800 personnes dans les 28 pays de l’Union Européenne, 76% estiment que l’antisémitisme s’est aggravé depuis 5 années. Et près de 40% des Juifs interrogés en Belgique envisagent de quitter le pays.

La lutte contre l’antisémitisme est donc un échec. Les lacunes sont criantes dans notre apprentissage de la citoyenneté et dans la transmission des valeurs universelles auprès des jeunes générations.

Je refuse que vous vous sentiez contraints de faire ce choix. Aucun Belge ne doit se voir contraint de faire un tel choix. Pour paraphraser le Premier Ministre français : « La Belgique sans les Juifs ne serait plus la Belgique ». L’Europe sans les Juifs ne serait plus l’Europe.

Dans l’immédiat, le gouvernement a renforcé le niveau d’alerte et a adopté 12 premières mesures contre le terrorisme et le radicalisme.

Le recours à l’armée pour renforcer la surveillance de certains sites sensibles, le renforcement des moyens pour nos équipes de renseignement et de sécurité, le durcissement de l’arsenal pénal contre le radicalisme et le terrorisme et, la mise en place d’un Conseil national de sécurité constituent quelques-unes des mesures opérationnelles déjà décidées.

Mais nous devons aussi nous attaquer plus spécifiquement et plus durement à l’antisémitisme. Je veux faire de la lutte contre l’antisémitisme une cause nationale.

Evidemment, l’antisémitisme est déjà pénalement punissable. Mais nous entendons désormais appliquer une politique de « tolérance zéro ». Nous voulons que les policiers actent toutes les plaintes, que ces dernières soient communiquées à la justice et que la justice les poursuive.

Et, nous n’entendons privilégier des victimes par rapport à d’autres. Quand un acte antisémite est commis en Belgique, ce n’est pas seulement les Juifs qui sont atteints. C’est la société belge toute entière qui est agressée.

Je pense aussi à ce texte célèbre du pasteur allemand Martin Niemöller et je cite :

Quand ils sont venus chercher les communistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,

Et il ne restait personne pour protester.

S’attaquer à Charlie Hebdo, c’est s’attaquer à la liberté d’expression, c’est s’attaquer à la liberté de penser, et c’est s’attaquer au socle des libertés et des valeurs démocratiques.

S’attaquer aux Juifs, c’est s’attaquer à la différence, c’est s’attaquer à la diversité, c’est s’attaquer à la tolérance. C’est s’attaquer  notre société toute entière.

Je veux un Etat debout et ferme qui agit sans faillir et sans trembler dans sa mission de gardien de la sécurité et de la liberté.

(…)

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, nous sommes tous unis contre le radicalisme, le fanatisme et le terrorisme. Nous sommes unis et déterminés contre l’antisémitisme..

Aujourd’hui, nous sommes rassemblés contre l’oubli.

Aujourd’hui, nous sommes debout. Et nous nous sentons tous Juifs.

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