Christian Israël et Marianne Berenhaut au Musée juif de Belgique

Du 7 mars au 15 juin 2014, le Nouvel Espace Contemporain (NEC) du Musée juif de Belgique vous invite à découvrir deux expositions simultanées aux titres des plus intrigants : « Warsawarsaw » de Christian Israël et « La robe est ailleurs » de Marianne Berenhaut. Tout un programme.

Le titre à lui-même est déjà tout un voyage : « Warsawarsaw ». De par les deux composantes de son nom, Christian Israël n’a jamais cessé de rapprocher ce qui s’éloigne, de réconcilier l’irréconciliable, tout en nous faisant revivre une histoire liée à son passé. Il s’y exerce cette fois encore dans cette nouvelle exposition qu’il nous présente au Musée juif de Belgique. Son travail métaphysique, cérébral, est très différent de celui de Marianne Berenhaut, « La robe est ailleurs », intimiste, tout en poésie. Les deux pourtant se rejoignent dans leur « installation », cette occupation temporaire ou définitive d’un espace par différentes techniques d’expression, impliquant un rapport participatif du visiteur. « Comme dans la vie, on peut passer à côté, ou s’arrêter et être curieux, chercher dans l’œuvre une nouvelle lecture, un autre sens, une autre accroche. Le spectateur est libre et capable d’y voir ce qu’il veut », souligne Marianne Berenhaut. Chaises, tapis, porte de jardin, carton ondulé, « tout est sage, comme il faut, et cependant petit à petit ou est-ce tout d’un coup, étrangement ces objets ordinaires nous chuchotent ou nous hurlent des choses… », assure celle qui décrit ses deux petites chaises d’enfants posées l’une contre l’autre comme deux personnages complices se murmurant, qui sait, un secret à l’oreille. L’artiste nous dévoile des œuvres créées principalement ces trois dernières années, « deux d’entre elles ont à peine quinze jours », se réjouit-elle, en désignant cette échelle de bois apposée contre un mur, avec sur l’un des barreaux, un petit tronc, grimpant les échelons, et donnant à l’œuvre son nom, « Pas à pas ». « J’ai hésité à installer celle-ci », pointant une autre établie au deuxième étage, et représentée par une pelle aux côtés de deux petits chaussons rouges. « Tragique », exprime une visiteuse, y voyant une évocation des camps. « Si vous le dites », lui répond Marianne Berenhaut, songeuse. L’étincelle entre l’œuvre et le spectateur visiblement opère, presque en silence.

L’histoire, partout

Pendant ce temps, Christian Israël poursuit de son côté sa visite guidée. « Le premier contact esthétique du public avec l’œuvre suffit parfois », confie-t-il. « Mais plus le spectateur regarde, plus il va être déstabilisé et sera amené à réfléchir ». Affirmer la vision d’un regard fictif vers un regard réel par une réflexion sur l’image, telle est la démarche de cet artiste conceptuel qui choisit le plus souvent les chiffres et les lettres comme trames graphiques. Rassemblant des œuvres des années 90 à 2014, photos, œuvres graphiques, textes, films, « Warsawarsaw », par ce mot double, évoque non seulement la ville de Varsovie, mais aussi l’image de la guerre, le Pacte de Varsovie, la destruction de la ville, l’insurrection du ghetto et sa liquidation, devenant un véritable témoignage de guerre. Les combinaisons de formes et de chiffres stylisés nous replongent dans l’actualité de 1961, année de naissance de l’artiste certes, mais aussi celle de l’assassinat de Lumumba. Entre autres. La dimension historique, au-delà de la dimension personnelle. Le travail se fait avec les interstices, le vide, des rangées de lettres pareilles à des rangées d’immeubles, voire à des troupes au front… L’histoire est partout. Dans ce face à face avec ces sept photos d’enfants orphelins de guerre au regard confiant -« On ne sait plus qui regarde qui », insiste Christian Israël-, dans ces portraits de Churchill, Roosevelt et Staline à Yalta en février 45, comme dans quatre autres conférences des alliés prises entre 1943 et 1945 de Casablanca au Caire, en passant par Téhéran et Postdam et remises en scène grâce à une subtile combinaison de lettres; ou encore dans ces photos historiques dont le sujet principal est absent, n’étant suggéré que par le titre de l’œuvre, telles ces seules lunettes à grosses loupes, image phare du procès d’Eichmann à Jérusalem.

Marianne Berenhaut nous emmène elle sur une plage, où une famille, des amis (faits d’outils de soudure) se retrouvent, l’un est fatigué, allongé, « pour un instant, ou pour toujours », propose-t-elle.

Simplicité de moyens, comme dans ces maisons inversées de Christian Israël, ou ce matériel qui a su trouver chez Marianne Berenhaut une seconde vie. Associations d’idées. Entre tragique et comique. Avec l’étrangeté pour raison d’être. Ironie. Amour. Clin d’œil. Dialogue, échange complice entre les personnages. « L’artiste doit nous étonner, nous émouvoir, nous donner un chemin vers la réflexion, la réflexion sur nous-mêmes, mais aussi sur le temps passé, le temps présent, et à plus long terme », introduisait le président du Musée juif, Philippe Blondin. Auprès des férus d’art contemporain, Christian Israël et Marianne Berenhaut semblent y être parfaitement arrivés.

L’exposition de Christian Israël et Marianne Berenhaut est accessible du 7 mars au 15 juin 2014 au Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles.

Infos : 02/512.19.63 – www.mjb-jmb.org

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