Cinéma : « Le temps qu’il reste » d’Elia Suleiman

Dans Le temps qu’il reste (2009), le réalisateur palestinien Elia Suleiman dresse avec un humour décalé le portrait de la vie quotidienne des Arabes israéliens. Ce film sera projeté gratuitement le 13 juillet 2010 dans le cadre du festival « Bruxelles fait son cinéma », organisé par Libération Films.

Né à Nazareth en 1960 de parents arabes, devenus citoyens israéliens après la création de l’Etat d’Israël, Elia Suleiman est ce qu’on appelle un « Arabe israélien » ou Palestinien d’Israël, c’est à dire ni réellement israélien, ni plus totalement palestinien. Il a vécu à New York de 1981 à 1993 où il réalise ses deux premiers courts métrages. En 1994, il s’installe à Jérusalem où la Commission européenne le charge de créer une section cinéma à l’Université de Birzeit. Son premier long métrage, Chronique d’une disparition, a obtenu le premier prix au Festival de Venise en 1996. Son deuxième long métrage, Intervention divine, a obtenu le prix du jury au Festival de Cannes en 2002. Elia Suleiman vit actuellement entre Paris et la Palestine.

Souvent comparé à Jacques Tati et à Buster Keaton, Elia Suleiman manie le burlesque et la sobriété avec la même poésie. A partir d’un récit autobiographique simple, Il réussit dans son troisième long métrage, Le temps qu’il reste, à raconter une histoire du Proche-Orient impressionnante. Le film s’articule en trois parties : il remonte d’abord à 1948, au moment où ses futurs parents se retrouvent étrangers dans leur propre pays au lendemain de ce que les Palestiniens nomment la Nakba (la catastrophe). Fouad, le père d’Elia, s’est d’abord battu dans les rangs de l’Armée de libération nationale palestinienne, il passe de nombreuses années en prison et manque de peu d’être exécuté. Puis viennent les années 60, l’enfance et l’adolescence dans une certaine tranquillité. Le père, magnifiquement interprété par Saleh Bakri, est pourtant toujours sous surveillance, ce qui ne l’empêche pas d’aller avec un ami pêcher la nuit sur une plage israélienne.

Lorsque Elia Suleiman atteint l’âge adulte, il revient sur les lieux de son enfance où presque rien n’a changé. Il retrouve les mêmes situations et croise les fantômes des parents et amis d’hier. Il nous montre quelques touches d’espoir, telle la cohabitation d’un policier israélien avec une femme de ménage philippine.

Le désespoir des victimes

Plutôt que de se lamenter sur son sort, Suleiman préfère la dérision, comme cette soirée de danse illégale où la sono recouvre les vociférations des militaires. Il souligne toujours avec subtilité l’absurdité de la guerre et le désespoir des victimes. Ainsi, la scène d’un voisin qui tente de s’immoler sans parvenir à allumer l’allumette nous émeut profondément.

Tourné entièrement en plans fixes, Le temps qu’il reste nous plonge dans un univers d’immobilité et de réflexion. A ceux qui ne connaissent pas la Palestine, bien des choses seront incompréhensibles : l’univers de Suleiman est encore plus hermétique, plus refermé sur des intérieurs que dans Intervention divine. Il y a moins de fantaisies visuelles, plus de sobriété et d’économie dans l’image.

Pour écrire son scénario, Suleiman s’est appuyé sur des notes rédigées par son père dans un carnet et les lettres que sa mère adressait à la partie exilée de sa famille. Sur ce matériau existant, le cinéaste pose un regard de fils aimant et mélancolique.

Lorsque Elia Suleiman revient à Nazareth à presque 50 ans, son père est mort, mais sa mère très malade vit encore. Elle décèdera quelques mois plus tard. Le titre du film n’en est que plus bouleversant. A sa manière, le cinéaste témoigne de son amour et de son attachement pour les siens et pour son pays. Le film n’est pas une retranscription historique, mais une parole parmi d’autres qui aujourd’hui, plus de 50 ans après, devrait inciter ceux qui hésitent encore, à se « battre » pour que les Palestiniens puissent enfin marcher dans leur pays la tête haute.                 

Mardi 13 juillet 2010

Dans le cadre de « bruxelles fait son cinéma » : « Le temps qu’il reste » d’Elia Suleiman

A partir de 20h, stands gourmands de la Méditerranée. Vers 22h15, projection du film sur le parking de la médiathèque communale

Place de l’Amitié 6, 1160 Auderghem.

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