Cinq ans après, que reste-t-il du mouvement des Indignés ?

A l’été 2011, Israël a connu un mouvement de protestation sociale sans précédent contre la vie chère. Mais cinq ans plus tard, le bilan de la révolte des tentes est mitigé.

Le 14 juillet 2011, une jeune vidéaste de Tel Aviv, Daphni Leef, plantait sa tente sur le Boulevard Rothschild, une artère cossue de la capitale économique, pour protester contre la vie chère et le coût élevé du logement. Cette activiste n’était pas la première à monter au créneau. Quelques semaines auparavant, un résident de Bnei Brak (près de Tel-Aviv), Itzik Alrov, avait mené campagne sur Facebook contre le prix excessif du « cottage cheese ». Un aliment de base emblématique de la flambée des prix, et de l’existence des monopoles industriels.

Mais le geste symbolique de Daphni Leef a servi de catalyseur, devenant le coup d’envoi d’un mouvement de protestation sociale, d’une ampleur sans précédent dans l’histoire récente d’Israël, puisque la « révolte des tentes », qui a fait fleurir des milliers de campements dans l’ensemble du pays, a aussi fait descendre dans les rues plus de 450.000 Israéliens lors de la manifestation phare organisée à la fin de l’été. 

Cinq ans plus tard, quel bilan peut-on dresser du mouvement des Indignés israéliens ? Selon une étude publiée récemment par le quotidien économique The Marker, la révolte des tentes a surtout eu un impact lors des douze mois suivant les manifestations de l’été 2011. Un an après le déclenchement du mouvement social, le coût du logement n’avait, en effet, progressé que de 1,3%. Mais cette augmentation s’est élevée à 32% sur la période 2011-2016, contre une  hausse des salaires réels limitée à 12%.

Du côté des produits alimentaires, les prix ont diminué de 2% un an après l’été 2011, avant que cette tendance ne s’inverse, avec une hausse de 11% des prix des produits frais, ou un bond de 8% des prix de la viande sur les cinq dernières années. En revanche, l’augmentation du prix du « cottage cheese », fabriqué par le consortium industriel Tnuva, a été limitée à 2% sur la période… Dans l’ensemble, les produits laitiers sont aujourd’hui 3% moins onéreux, tout comme les prix des articles dans le secteur textile, qui ont chuté de 11% sur la période.

Toutefois, l’effet de ce « Bastille day » israélien ne se mesure pas uniquement à la lecture des tickets de caisse, selon les commentateurs. Moins d’un an après le début du mouvement des Indignés israéliens, les pouvoirs publics ont décidé de déréguler le secteur des télécom, diminuant de 26% la facture des abonnés israéliens dans le domaine de la téléphonie mobile, même si cette revendication ne faisait pas partie de l’agenda des protestataires… tandis que plusieurs leaders de la révolte des tentes ont entamé une carrière politique, à l’image de la député travailliste Stav Shaffir, devenue la nouvelle égérie de la liste « Union sioniste ».

Certes, selon un récent sondage, 50% des Israéliens estiment que la protestation de l’été 2011 « n’a rien changé ». Mais ils sont 24% à considérer que le mouvement des Indignés a réussi à imposer une véritable prise de conscience. In fine, cette mobilisation citoyenne a bel et bien obligé le gouvernement israélien à introduire plus de concurrence, tant au niveau de l’industrie alimentaire qu’au sein du système bancaire. Seul véritable point noir : le problème du coût du logement qui reste encore à ce jour la première préoccupation de 32% des Israéliens…

]]>