Circoncis, et alors ?

Maman : trentenaire un peu débordée.

Enfants : un ptit gars de 6 ans et une blondinette de 3 ans qui s’entretiennent de leur anatomie.

Le ptit gars : « Mon copain aussi, il a le zizi coupé ! ».

Il y a peu, j’assistais à la Brith mila du petit-fils d’une amie à la synagogue. Une première pour moi qui ai choisi de faire circoncire notre fils à l’hôpital, y voyant plus de cohérence avec nos convictions juives laïques et même l’occasion de partager, le temps de quelques heures dans la salle d’attente, une expérience commune avec d’autres familles juives, chrétiennes et musulmanes.

Alors que je repensais aux festivités qui suivent généralement l’événement, qu’il soit laïque ou plus traditionnel, voire strictement religieux, à la joie des familles et amis heureux de se retrouver, de danser, de s’amuser, pendant que le bébé, quelque peu amorti par la goutte de vin anesthésiante, tente de se remettre de ce qui lui est arrivé, le ptit gars a tenu à me faire part d’une nouvelle amitié : « Tu sais, au stage, je me suis fait un nouveau copain. Il parle en hébreu et il a aussi le zizi coupé ! ». A quoi la blondinette, interloquée, a renchéri : « Quoi, le zizi coupé en deux ? On t’a mis un nouveau zizi alors, un zizi complet ? ».

Sans entrer dans les détails et en mots simples, j’ai rétabli quelque peu la vérité en rassurant mon public, particulièrement intéressé… A défaut de couper la moitié de l’organe, ce qui serait tout de même sacrément handicapant, on se contente en langage plus scientifique de « l’ablation totale ou partielle du prépuce, laissant ainsi le gland du pénis à découvert ». Si la coutume relève pour beaucoup de la tradition, elle constitue une mesure d’hygiène pour d’autres, ce qui n’empêche pas cette pratique de continuer à faire débat, y compris en Israël, où certains milieux militent désormais pour le droit au corps, sans distinction de sexe.

Alors que le ptit gars était encore bébé, je me demandais déjà comment je lui expliquerais plus tard la situation. Comment en invitant ses copains et les voyant prendre le bain ensemble, il réagirait en réalisant sa différence. Après quelques rires visiblement partagés, et après avoir largement devancé ses amis au concours du pipi le plus lointain -la circoncision a des vertus que l’on ignore !-, il semble finalement avoir accepté son anatomie avec philosophie et humour. Avec beaucoup plus de spontanéité que ce que je m’étais imaginé.

Et quand, dans un bref récapitulatif, le ptit gars a rappelé que lui et sa sœur avaient de toute façon « les mêmes petites fesses derrière », la blondinette a paru soulagée. Et son inquiétude, exprimée quelques minutes plus tôt, envolée. 

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