Coalition ‘Biberman’ : B. Netanyahou est vraiment un politicien hors pair

En faisant liste commune avec Avigdor Lieberman, l’actuel Premier ministre israélien démontre, une fois encore, ses qualités de tacticien politique. Comme stratège et homme d’Etat, c’est une autre histoire.

Si cela ne va pas au centre, il n’y a qu’à essayer à droite. Après son mariage raté avec le parti centriste Kadima, B. Netanyahou a décidé d’unir son destin avec la formation ultra-nationaliste Israël Beteinou  (I.B.)

Les deux partis feront donc liste commune pour les élections à la Knesset du 22 janvier 2013, formant ainsi ce qu’on surnomme déjà la coalition « Biberman »  (« Bibi » + « Lieberman »).  Un basculement qui, contrairement aux apparences, est tout à fait cohérent.

M. Netanyahou n’a rien changé à son programme idéologique : rester Premier ministre (ce qui est, au demeurant, la moindre des choses pour un politicien). L’idée a par ailleurs plusieurs avantages, entre autres d’assurer la stabilité du gouvernement.

Car, si la majorité actuelle compte 66 députés sur 120, elle est composée de cinq formations, dont plusieurs partis ultra-orthodoxes qui n’ont cessé de se tirer dans les pattes ces quatre dernières années. 

Rien qu’en conservant ses sièges actuels, la future liste, qui pourrait s’appeler « Likoud Beteinou » (« Le Likoud, notre maison ») disposerait d’un socle puissant de 42 sièges (28 Likoud et 15 I.B.), sans même évoquer d’éventuelles progressions.  

Elle diminuerait le poids des petits partis, ouvrirait la porte au remplacement de la proportionnelle intégrale par un scrutin majoritaire qui amènerait à terme la constitution de deux grands blocs : droite/extrême droite contre centre/gauche.

C’est ce à quoi appelle au demeurant l’opposition. Un peu trop même. La dirigeante du Parti travailliste, Sheli Yachimovich, a déjà invité les partis centristes et les modérés du Likoud à s’unir sous sa direction.

Sauf que, de son côté, Shaul Mofaz, président de Kadima invite le « centre israélien » à se rallier à lui. L’ex-Premier ministre Ehoud Olmert et l’ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni font de même, mais autour d’eux. Bref, ce n’est pas gagné.

D’autre part, il n’est pas non plus évident que l’affaire soit pliée pour M. Netanyahou. Si certains sondages prédisent jusqu’à 51 sièges à sa nouvelle coalition, d’autres ne lui en donnent que 33, soit 9 de moins que si Likoud et I.B.se présentaient séparés.

Nombre de commentateurs rappellent qu’en effet,  par le passé, la fusion de plusieurs listes a entraîné leur amoindrissement. D’autre part, les mêmes sondages notent une progression des Travaillistes (autour de 24 sièges).

De même, le nouveau parti centriste Yesh Atid de Yaïr Lapid bondirait à 14 sièges. Certes, « Likoud Beteinou », avec ses 33 députés deviendrait la 1ère formation du pays, mais elle aurait de fortes difficultés à former une majorité : les partis ultra-orthodoxes détestent Lieberman.

Une coalition « viande de porc »

Non parce qu’il est d’extrême droite, mais parce qu’il se proclame laïque et que la nouvelle coalition ne peut que reprendre une partie de son programme : service militaire pour les étudiants religieux, diminution des pouvoirs des rabbins et fin de la proportionnelle.

Bien sûr, ces profondes divergences pèseront moins aux yeux des rabbins que les plantureux avantages que leur offre le pouvoir, mais tout de même… D’autre part, cette alliance risque de réveiller les vieilles querelles entre Ashkénazes et Sépharades.

Car les électeurs Likoudsont en majorité des Sépharades plutôt religieux. Ils risquent de ne pas apprécier une liste comprenant autant d’Ashkénazes (l’électorat de M. Lieberman est surtout composé d’ex -Russes) aux tendances laïques.

Cette idée de coalition pourrait aussi poser problème à B. Netanyahou à l’intérieur même de son parti : d’une part, il risque de perdre son aile modérée, certes réduite, mais composée de personnalités très populaires, comme Réouven Rivlin Benny Begin ou Dan Méridor.

Plus inquiétant encore pour lui : son aile droite qui « pèse » 30% des voix au Comité central du Likoud. Ses membres n’apprécient pas non plus cette coalition de « viande blanche » (la viande de porc), comme ils l’appellent.

Sans parler qu’elle risque de ne plus mettre nombre de ces « jeunes loups » en position éligible… Reste que l’habile Premier ministre actuel semble estimer qu’il peut gagner tous ces paris et convaincre militants et électeurs de lui donner une majorité.

S’il y parvient, B. Netanyahou aura confirmé ses capacités de tacticien. Et ses limites de stratège. Une fois encore, sa vision aura été étroite et limitée au futur le plus proche. Pour conserver le pouvoir, il s’apprête à faire d’un extrémiste excité le numéro 2 du pays.

Dès lors, il ne pourra plus, comme lors de la législature précédente, expliquer au reste de la planète que les délires ultra-nationalistes d’A. Lieberman n’engagent que lui. Il ne pourra pas davantage l’empêcher d’imposer ses idées racistes et anti-démocratiques au Parlement.

Ni, à moyen terme, de se voir en prochain « Roi d’Israël ». Par ailleurs, tout le flou artistique que B. Netanyahou entretient sur sa volonté de négocier avec les Palestiniens sera dissipé. Il est vrai qu’en échange, il aura les mains plus libres vis-à-vis de l’Iran…

M. Netanyahou veut croire qu’il parviendra à dissoudre le poison Israël Beteinou dans son propre parti. Il est certes possible qu’il y parvienne. Mais ce sera alors pour constater que l’union avec l’extrême droite est comme la Cisjordanie. L’avaler n’est pas très difficile, mais la digérer, c’est une autre histoire…

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