Journaliste et romancière, Colombe Schneck fouille son passé familial pour élucider le mystère de la petite Salomé. Elle découvre une lignée de femmes, confrontées au drame de la Shoah. Leur choix : la vie ou la mort ?
L’écriture est-elle « une réparation » ?
Oui et non… Ecrire ce livre m’a permis de mettre des mots sur une blessure. Grâce à eux, j’ai pu redonner une existence aux disparus, même s’il n’y a pas de réparation possible pour les morts. Ma génération est composée des enfants de « la réparation », celle qui cherche à savoir et à transmettre l’Histoire. Dans mon cas, c’était trop tard pour interroger ma famille, or j’ai longtemps eu peur de questionner les survivants. On doit parfois oublier le passé et la culpabilité pour poursuivre sa vie. Il ne restait donc quasiment rien de la petite Salomé, même les dates de sa naissance et de sa mort étaient approximatives. Pour recomposer cette histoire cachée, j’ai dû apprendre à écouter. Ecrire est toujours un miracle, car on se dirige vers un mystère inconnu. J’ai fait ce livre pour moi et pour mes enfants. Il m’a changée et apaisée, tant j’ai l’impression d’avoir accompli quelque chose. Ce récit a contribué à enterrer mes morts, tout en m’aidant à continuer à vivre.
Qu’est-ce qui vous a le plus ému dans cette histoire ?
A travers le récit des miens, je voulais montrer les moments heureux avant la guerre. C’est si triste de constater qu’une communauté juive, aussi riche que celle de Lituanie, a été décimée à 95%. Lorsque je me suis rendue sur place, j’ai pu constater à quel point il n’en reste plus la moindre trace. Il m’a fallu trouver la force pour faire face au silence familial. Ce livre m’a permis de mieux saisir la tristesse de ma mère. Cachée dans un couvent, pendant la guerre, elle a beaucoup souffert. Elle a perdu une partie de sa famille, mais on ne lui a jamais dit ce qui s’était réellement produit. La Shoah a brisé sa joie de vivre… Je pense qu’aujourd’hui, elle serait contente de savoir que le fantôme de sa petite nièce, Salomé, est présent grâce à la littérature. D’autant que c’est le prénom que j’ai donné à ma fille. Bien qu’ayant bénéficié d’une éducation laïque, je me rends compte que tous mes livres ont un lien avec la culture et l’histoire juive.
Est-ce un hymne à la vie ?
C’est effectivement la victoire de la vie sur la mort. Dans mon roman Val de Grâce, j’avais recréé le monde de mon enfance, après la disparition de mes parents, parce qu’il y avait quelque chose d’inacceptable dans ces morts terribles. Mon père a été caché pendant la guerre. Alors que certains gardent la mort en eux, lui voulait vivre à tout prix. Mes tantes -dont je retrace l’existence ici- ont été dévastées intérieurement, mais elles ont trouvé la force de se reconstruire. Elles ont fait preuve d’un courage inouï et tabou en affrontant l’impossible « choix de Sophie », celui de la vie face à la mort. Or c’est l’option de l’avenir. Celle de se remarier, de recomposer une famille et de s’installer en Israël. Il n’en a pas été de même pour ma grand-mère et ma mère, qui n’avaient peut-être rien à rebâtir.
Quel est le rôle de l’amour ?
Il est très fort ! Après la Shoah, mes tantes sont tombées amoureuses d’hommes qui avaient, eux aussi, perdu leurs enfants. C’est précisément l’amour qui leur a donné la force de se reconstituer. Tant qu’on est en vie, on peut aimer. Il n’existe rien de plus puissant, même en revenant de la mort !
Synopsis
Alors que Colombe Schneck est enceinte, sa mère la prie d’appeler le bébé Salomé. Qui est cette enfant tombée dans l’oubli ? « Etre juif, c’est avoir peur ». C’est aussi bien souvent se taire après la guerre. L’auteure sent qu’il est temps de se pencher sur l’histoire de sa famille. Elle la déterre, petit à petit dans ce « roman vrai ». Sa branche maternelle vient de Lituanie, mais qu’a-t-elle vraiment vécu ? « Je veux tout savoir ». Raya, Macha ou Ginda renaissent sous sa plume et la confrontent aux pires choix de la Shoah. Plus que la survie, le livre interroge la puissance de la vie et de l’amour. Pourquoi certains optent-ils pour l’ombre et d’autres pour la lumière ?
Colombe Schneck, La réparation, éditions Grasset
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