Coming out ou clarification d’Ecolo

 Dans un dossier intitulé « Pourquoi les Juifs de Belgique ont peur » paru dans le Vif-l’Express début décembre 2011, Ecolo est présenté comme un parti prônant le boycott d’Israël et assimilant ce pays au l’Afrique du Sud de l’apartheid. Présentation que les Ecologistes contestent vigoureusement dans une mise au point qui a le mérite de la clarté.

Dans la communauté juive de Belgique, on s’était depuis longtemps résolu à l’idée que les Ecologistes belges avaient définitivement adopté un parti pris hostile à Israël. S’il y avait des manifestations ou une des actions anti-israéliennes qui s’organisaient, on s’attendait à les voir mêlés à celles-ci. Et le dossier récemment publié dans le Vif-l’Express traduit à nouveau cette impression largement diffuse. Nous serions-nous trompés ?

« Ecolo ne prône pas le boycott d’Israël et n’assimile pas l’Etat juif à un régime d’apartheid. Ecolo ne se définit pas par rapport au sionisme ou à l’antisionisme, mais par rapport à un droit international et à une légalité internationale », indique le droit de réponse d’Ecolo. Et d’ajouter ensuite : « Ecolo estime qu’un boycott indiscriminé de l’Etat d’Israël en tant que tel n’est ni légal ni politiquement constructif et qu’il serait incohérent d’imposer à Israël des sanctions collectives auquel cet Etat a lui-même recours dans les territoires occupés et que nous dénonçons par ailleurs. Dès lors, Ecolo considère comme légal et légitime, non pas « le boycott à l’égard des produits d’Israël » mais un « boycott ciblé », c’est-à-dire limité aux activités et produits israéliens issus de la colonisation des territoires palestiniens occupés depuis 1967 ».

« Une histoire de fous »

Il faut reconnaître que la position d’Ecolo n’était pas clairement énoncée jusqu’à présent. L’article du Vif-l’Express leur a permis de la clarifier, quitte à semer le trouble auprès des militants les plus radicaux de la cause palestinienne. « La question que nous avons toujours posée à ces militants est de savoir ce qu’ils veulent exactement et quelles sont les motivations qui les animent », insiste Olivier Deleuze, député fédéral Ecolo. « Le boycott généralisé et indiscriminé d’Israël est une histoire de fous. A partir de ce moment-là, on doit leur demander pourquoi ce pays et pas un autre. Et on voit bien que ce boycott devient une action dont on ne perçoit pas toutes les couches et même tous les relents nauséabonds ».

Un conseiller Ecolo pour les questions de politique internationale confirme le propos d’Olivier Deleuze en abordant d’emblée la question de l’antisionisme. « Si l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme, on sait très bien qu’un bon paquet d’antisionistes bouffent du Juif ou n’ont tout simplement pas résolu leurs problèmes d’antisémitisme. On ne se mêle pas à ces gens; ce n’est pas une question d’image, mais tout simplement parce que nous inscrivons notre action dans le champ politique », précise-t-il.

Cette mise au point écologiste porte également sur une autre problématique agitant énormément la nébuleuse pro-palestinienne radicale : l’assimilation d’Israël au régime d’apartheid. On aurait pu s’attendre à nouveau à ce qu’Ecolo joigne sa voix à celle du Tribunal Russell sur la Palestine; ce n’est pas le cas : « Dans l’état actuel de la situation, Ecolo n’établit pas d’analogie entre l’apartheid sud-africain et les politiques discriminatoires de la puissance occupante israélienne dans les territoires occupés. En Afrique du Sud, le régime d’apartheid était fondé sur une discrimination raciale absolue imposée à l’ensemble des citoyens sud-africains définis selon leurs races supposées », rappelle le droit de réponse. Et d’ajouter plus loin : « Selon le droit international, les activités de colonisation (implantation de ressortissants israéliens, édification d’un mur de séparation dans les territoires occupés, érection de barrages et construction d’infrastructures réservées aux ressortissants israéliens) relèvent du crime de guerre et non du crime d’apartheid ».

Ne soyons pas naïfs. Au sein d’Ecolo, des militants continueront de défendre le boycott généralisé d’Israël et se retrouveront dans les actions les plus virulentes contre ce pays. Si certains militants écolos vont dans un supermarché pour participer à une action boycott de produits israéliens, que se passera-t-il s’ils brandissent des calicots Ecolo ? A titre individuel, ils font ce qu’ils veulent, mais désormais ce parti devra, tout aussi clairement que ce droit de réponse, prendre ses distances et ne pas cautionner ce type d’actions par le silence.

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