Comment, Bugs Bunny, vous êtes juif ?

Même un journal aussi sérieux que Haaretz ne peut pas traiter QUE de l’incompétence du gouvernement ou du fascisme rampant des colons. C’est pourquoi le quotidien israélien a décidé de parler d’un sujet un peu plus léger : la judéité de Bugs Bunny. Mal lui en a pris.

C’est fin décembre 2013 que, après enquête, Haaretz a dévoilé à un univers stupéfait son scoop sur  Bugs Bunny* : le lapin à l’immortelle interpellation : « Eh ? Quoi de neuf docteur ? » était juif ! Démonstration :

Dans les 1er épisodes, il habite le quartier juif de Brooklyn et, jusqu’à la fin  des années 1980, il s’exprime avec un accent judéo-newyorkais. Normal puisque c’est alors le célèbre doubleur de dessins animés Mel Blanc (Melvin Jérôme Blank) qui lui prête sa voix

D’autre part, son premier producteur s’appelait Léon Schlesinger. Par ailleurs, notre lapin se tire de pas mal de situations grâce à sa vivacité d’esprit et son humour. Sans compter que, dès l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, il s’en prend aux nazis, faut voir comme.

Qui plus est, ce n’est pas par hasard si Bugs Bunny est un lapin (« rabbit ») et non un chien ou un furet. Car qu’obtient-on si on ôte le « t » final ? On ne vous le fait pas dire. Et, last but not least: qui est son ennemi juré ?

Le dénommé « Porky Pig » (« Cochonnet » en français), voilà qui. Il vous faut un dessin ? Aïe, l’argument de trop. Le web mondial a retenti de correctifs, récriminations et autres démentis.

Bref, non sans courage, le journal s’est fendu d’un rectificatif : « Une version précédente de l’article établissait par erreur que le plus célèbre ennemi de Bugs Bunny était Porky Pig. Même si les deux sont connus pour se chamailler régulièrement, ils sont en fait de bons amis. »

Notons que ce genre de démonstration, parfois contestable sinon contestée, a été faite pour nombre de héros ou super-héros, y compris le plus célèbre d’entre eux : Superman. Et, dans son cas, les arguments ne manquent pas. 

Déjà, sur sa planète natale, Krypton, Superman se nomme Kal-El. Un prénom typiquement hébreu, comme Dani-El ou Samu-El.  Et un bébé abandonné dans un berceau pour échapper à la mort et recueilli par de braves gens, cela ne vous rappelle personne ?

Plus tard,, Superman cherche à s’assimiler, il change de nom et se fond dans la masse en devenant Clark Kent. Cette double identité en fait un « étranger en terre étrangère » passablement angoissé.  C’est assez juif pour vous ?

Il devient pour l’humanité un protecteur tout puissant et indestructible. Le dernier dans ce genre, cela avait été le « Golem » de Prague, crée par le rabbin de la communauté juive locale pour protéger les siens.

Quand on a un nom qui se termine par « man »…

Au demeurant, que fait Superman ? Il sauve le monde du mal, il l’améliore, il le « répare ». Une démarche qui renvoie à la notion juive de « tikkun olam », la « réparation du monde ».  Sans oublier quelques points plus anecdotiques :

-En 1940, un journal nazi a traité Superman de « Juif physiquement et intellectuellement circoncis ». –L’homme d’acier n’est attiré que par des non-Juives (Lana Lang, Loïs Lane…) -Et enfin, ce point peu contestable : quand on porte un nom qui se termine par « man », il y a de fortes chances que…

D’autre part, selon les auteurs d’un site amusant -quoiqu’un peu frappé- qui recensent la religion des super-héros, Superman est plutôt méthodiste. Tout comme Spiderman et Captain América.  Hulk est catholique et Iron Man, laïque.

Comme juif, ils ne voient qu’un des 4 Fantastiques : « Thing » (La Chose), Benjamin Jacob Grimm de son vrai nom, qui, il est vrai, ressemble vraiment à l’image qu’on se fait d’un Golem.  Et tout le monde sait que Magneto, l’adversaire des X-Men est un Juif polonais, survivant d’Auschwitz.

En fait, il est assez futile de chercher à voir si sous son flamboyant costume, tel ou tel super-héros est circoncis alors qu’il suffit de se reporter aux années 1930 et 40 pour découvrir que les 1ers  « comics » ont été dessinés en bonne part par des Juifs.

Ceux-ci étaient tous issus de familles d’immigrants arrivés au début du siècle et, même s’ils étaient nés en Amérique, ils souffraient de l’antisémitisme virulent qui y sévissait alors. Rejetés de partout, ils se réfugièrent dans le monde des « cartoons » qu’ils transformèrent de fond en comble.  

Tous les héros ou super héros qu’ils créèrent alors avaient donc un côté juif visible non dans leurs tenues mais dans les combats qu’ils menaient. Ce fut le cas  du 1er super-héros, Superman que Jerry Siegel et Joe Shuster créèrent en 1938 pour lutter contre les nazis.

Tout comme en 1939 le Batman de Robert Kahn (alias Bob Kane) ou le Captain América (1941) de Joe Simon et  Jack Kirby (Jacob Kurtzberg). Ce dernier s’associa en suite avec Stan Lee (Stanley Lieber) pour créer Hulk, Thor, Spider Man, Daredevil…

Bien plus tard, au début des années 1960, les mêmes donnèrent le jour aux 4 Fantastiques puis aux X-Men qui menèrent, eux, de nouveaux combats : non plus contre les nazis mais pour les droits civiques, la justice, la tolérance….

Depuis, la liste des dessinateurs juifs de par le monde est devenue d’une longueur impressionnante. Et même si leurs personnages ont rarement un côté « de chez nous », ils défendent quasi tous ces valeurs humanistes que nous aimons appeler « juives ».

*http://www.haaretz.com/jewish-world/jewish-world-news/1.565544

** »The Religious Affiliation of Comic Book Characters », (http://www.comicbookreligion.com)

]]>